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Nos routes en déroute: les automobilistes ont raison de se plaindre, selon trois experts

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 Si nos routes sont en mauvais état, ce n’est certainement pas parce que le Québec manque d’expertise en la matière.

 Notre Bureau d’enquête a consulté trois sommités en conception et en entretien routier, pour qu’elles répondent aux questions que tout le monde se pose. Elles s’entendent pour dire que les automobilistes ont raison de se plaindre, et qu’on ne doit plus nous servir la fameuse excuse du climat.

 Guy Doré

 Ingénieur et professeur au Département de génie civil de l’Université Laval

 Hussein Farhat

 Ingénieur en structures et chargé de cours en construction et restauration des chaussées à Polytechnique

 Richard Gagné

 Ingénieur et professeur au Département de génie civil et de génie du bâtiment à l’Université de Sherbrooke

 A-t-on raison de trouver que nos routes sont pires qu’ailleurs ?

 Oui, selon deux de nos experts. 

 « On voit que [notre réseau] est toujours sur la limite inférieure de ce que l’on peut considérer comme acceptable », explique Guy Doré. 

 Selon Hussein Farhat, la Belle Province ne tient pas la comparaison avec les États américains voisins. « On peut facilement voir la différence », dit-il. 

 De son côté, Richard Gagné est plus nuancé. Il affirme avoir observé des routes dans l’État de New York ou du Connecticut qui étaient dans un état lamentable et bien pire que les nôtres. 

  • ÉCOUTEZ l'entrevue de la porte-parole de CAA-Québec Annie Gauthier à QUB radio:

 Pourquoi a-t-on autant de nids-de-poule au Québec ?

 Une route bien construite, à la fondation épaisse et solide, résiste mieux aux écarts de température et donc aux nids-de-poule. Or, souvent, les grands axes routiers ne sont réparés que de manière cosmétique alors qu’une réfection plus importante, au niveau de la fondation, serait nécessaire. 

 « À titre de comparaison, c’est comme appliquer de la peinture sur une planche pourrie. La maison a l’air propre un an ou deux. Mais après ça, tous les problèmes réapparaissent, car on n’a pas réglé le problème de départ », souligne M. Doré. 

 Le climat a-t-il vraiment un impact sur l’état des routes ?

 En partie. Seulement de décembre à février dernier, Environnement Canada a recensé 31 cycles de gel-dégel. 

 Mais la météo peut également servir d’« argument commode » aux autorités pour expliquer le délabrement des routes, selon M. Doré qui affirme que les cycles de gel-dégel sont normalement pris en compte lors de la conception des routes. 

 M. Gagné abonde dans le même sens. « Ça ne peut pas être une excuse », dit-il. 

  • ÉCOUTEZ l'entrevue avec le chef de notre Bureau d'enquête, Jean-Louis Fortin, au sujet des routes:

 A-t-on les moyens de construire de meilleures routes ?

 Selon nos experts, le Québec n’a pas toujours les moyens de ses ambitions. « Nous ne sommes pas beaucoup d’habitants pour un aussi grand territoire et on peut ajouter un 30 % de surcoût pour la gestion hivernale. On a un fardeau financier qui est beaucoup plus élevé que ce qu’on peut retrouver en Ontario ou aux États-Unis », dit M. Gagné. 

 Et encore faut-il s’assurer que la construction soit à la hauteur de la conception, selon M. Farhat. « Est-ce qu’on a un bon contrôle de qualité ? Est-ce que les entrepreneurs font leur job comme il faut ? Est-ce qu’ils sont bien supervisés ? » énumère-t-il. 

 M. Doré rappelle pour sa part qu’il y a encore de nos jours un « bon décalage » entre les avancées techniques les plus récentes et la manière dont certains chemins sont construits. « Il y a encore bien des municipalités au Québec qui travaillent avec des techniques des années 1960-1970. [...] Ils ne voient pas la nécessité d’évoluer », dit-il. 

 Devrait-on faire les chaussées en béton ou en asphalte ?

 Sur papier, le béton fait rêver. Il est deux fois plus durable que l’asphalte, mais il est plus cher. L’asphalte est abordable et plus facile d’utilisation, mais offre une moins grande résistance aux infiltrations d’eau, selon nos experts. 

 M. Doré croit que le béton est la solution idéale pour les autoroutes au trafic intense, mais il serait en revanche inutile et trop cher sur les sections moins achalandées. 

 M. Gagné est du même avis. « Sur l’autoroute 10 entre Montréal et Marieville, il y a beaucoup de camions. C’est prévu que cette section sera refaite en béton. Mais pas entre Marieville et Sherbrooke, ça ne serait pas justifié de le faire. »