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Cette partisanerie à outrance qui tue la politique

Periode des questions
Photo Agence QMI, Simon Clark Le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette, jeudi, lors de la période des questions à l’Assemblée nationale.

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L’Assemblée nationale est le forum le plus approprié pour nos débats démocratiques. Elle est le témoin vivant de tous les événements marquants de notre histoire.

Il arrive parfois que des fins de sessions parlementaires ne soient pas de tout repos. Nous en avons eu une petite idée récemment.

Pour avoir présidé les travaux de l’Assemblée, à titre de première vice-présidente, durant des périodes très houleuses, faire cesser les invectives partisanes est un exercice de haute voltige.

On le voit encore, la tension a monté d’un cran ces dernières semaines, et les accusations aussi. Rien pour rétablir le lien de confiance des citoyens à l’égard de leurs élus. C’est que la partisanerie à outrance tue la politique.

Le Bâillon

Il fallait s’y attendre. L’obstruction systématique en commission parlementaire n’a pas laissé grand choix au gouvernement Legault. D’où le recours aux mesures d’exception, pour faire adopter, sous le « bâillon », deux projets de loi au cœur de ses orientations politiques, l’un sur l’immigration et l’autre sur la laïcité de l’État.

Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit de deux engagements électoraux largement débattus en campagne électorale. Les citoyens l’ont élu là-dessus. Pour une fois qu’un gouvernement dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit, il n’est sûrement pas en déficit de légitimité.

Le projet de loi 21 sur la laïcité de l’État, par exemple, a été déposé à l’Assemblée, le 28 mars dernier, mais ça fait plus de six ans que la CAQ en a annoncé les couleurs, alors qu’elle était dans l’opposition.

En effet, le 26 août 2013, elle avait déposé un projet de loi où elle énonçait déjà l’interdiction du port des signes religieux aux personnes en autorité dans l’exercice de leurs fonctions, incluant les enseignants et les directeurs des écoles primaires et secondaires publiques.

M. Legault estimait alors que les enseignants représentaient une figure d’autorité. « Quand on est à l’école, l’enseignant a valeur de modèle », avait-il déclaré. Le projet de loi 21 est venu préciser davantage ces balises.

La clé, c’est l’intégration

Il en va de même pour la réforme du système d’immigration que propose le projet de loi 9 « visant à accroître la prospérité socio-économique du Québec et à répondre adéquatement aux besoins du marché du travail par une intégration réussie des personnes immigrantes ».

La preuve est faite, et la vérificatrice générale l’a démontré, en 2017. Le système de sélection et de francisation des immigrants est défaillant.

Le processus de sélection selon le premier arrivé, premier servi, a démontré ses limites. Les 18 000 immigrants coincés dans un pipeline bureaucratique, certains depuis cinq ans, c’est un legs du gouvernement libéral.

Il a créé de faux espoirs et des déceptions à des milliers d’immigrants qualifiés qui se retrouvent, en grand nombre, au chômage, alors qu’on leur avait promis l’eldorado.

Combien de fois j’ai soutenu des immigrants qui avaient tout sacrifié pour venir améliorer leurs conditions de vie et offrir un meilleur avenir à leurs enfants. Ils avaient fait le deuil de leur pays, de leur famille et de leur réseau d’appuis.

Hélas, ils sont tombés de haut après avoir épuisé leurs économies. Certains nous ont quittés pour les autres provinces, d’autres sont retournés chez eux.

Si le processus de sélection que propose le ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette permet un meilleur arrimage de ces travailleurs qualifiés au marché du travail, s’il leur offre une francisation adéquate et un encadrement personnalisé, qui pourrait raisonnablement s’y opposer surtout dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre ?