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Iran, du simple dérapage au capotage complet

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Photo AFP « Si l’Iran veut se battre, ce sera la fin officielle de l’Iran. Ne menacez plus jamais les États-Unis ! » –Donald Trump

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Il ne faut pas rater un moment des tensions dans le golfe Persique et tout autour de l’Iran. Ce ne sera peut-être qu’une série de pétarades, finalement sans conséquence. Ou bien nous regarderons derrière, un jour, et constaterons que les accrochages du printemps 2019 auront, en fait, été le véritable début d’une guerre que personne, au départ, ne voulait livrer.

On peut toujours écarter comme de la fanfaronnade insignifiante les propos que John Bolton, l’actuel conseiller à la Sécurité nationale du président américain, avait tenus à l’été 2017 – il y a à peine deux ans – à un groupe d’opposants iraniens réunis à Paris : « Le comportement et les objectifs du régime (des ayatollahs) ne vont pas changer et, par conséquent, la seule solution est de changer le régime lui-même. [...] Et c’est pourquoi, avant 2019, c’est à Téhéran que nous célébrerons ! »

On peut aussi mettre au compte des quotidiennes exagérations de Donald Trump son tweet du 19 mai dernier où il promettait que « si l’Iran veut se battre, ce sera la fin officielle de l’Iran. Ne menacez plus jamais les États-Unis ! » C’est vrai qu’elles valent... ce qu’elles valent, les promesses de Trump.

Il avait aussi promis, dans son premier discours à la tribune de l’ONU, que « si les États-Unis sont obligés de se défendre, nous n’aurons d’autre choix que de totalement détruire la Corée du Nord ». Depuis, Trump répète à qui veut l’entendre qu’à la suite de sa rencontre avec Kim Jong-un à Singapour, « we fell in love ».

QUAND TOUT SE MET À DÉGÉNÉRER

Les Américains croient – et ce n’est probablement pas faux – que les Iraniens sont étouffés par les sanctions maximales imposées au régime. Leur riposte, pour s’en sortir, passe par ces attaques ici et là et les menaces – selon les services de renseignement américains – contre les troupes et les ressortissants des États-Unis au Moyen-Orient.

Imaginons le pire, que d’autres superpétroliers, par exemple, soient visés par des attentats et que dans un cas, une immense marée noire s’étale dans le golfe Persique ou le golfe d’Oman. Tout ce secteur, où de 25 à 30 % de la production mondiale circule, pourrait être paralysé, provoquant une envolée délirante des cours du pétrole et, par extension, des prix de l’essence. On pourra dire adieu, à l’échelle de la planète, à la croissance économique.

Encore aujourd’hui, les Américains ont toujours un peu plus de 5000 soldats en Irak. Imaginez qu’un convoi soit pris pour cible par des miliciens chiites encadrés par les Iraniens et qu’il y ait des morts. En représailles, Washington pourrait décider d’utiliser les bombardiers B-52, déployés dans la région depuis la mi-mai, et frapper des installations pétrolières iraniennes ou encore des infrastructures essentielles, tels des ports.

UN EFFET « BOULE DE NEIGE »

Téhéran pourrait choisir de puiser dans son vaste arsenal de missiles balistiques et s’en prendre aux bases américaines à Bahreïn, au Qatar, au Koweït ou en Arabie saoudite. Dans l’escalade, Israël pourrait devoir plonger dans la bataille si le Hezbollah – soutenu, entraîné et financé par l’Iran – recevait l’ordre d’attaquer. Du même élan, le Liban et la Syrie seraient aussi aspirés par le conflit.

Heureusement, nous n’y sommes pas. Si les États-Unis se préparaient à une guerre, l’afflux de troupes et d’équipement militaire dans la région serait beaucoup plus spectaculaire. Et en avril, le secrétaire d’État, Mike Pompeo, un autre dur dans l’entourage du président Trump, admettait à des membres de la communauté américano-iranienne que les États-Unis n’allaient pas militairement renverser le pouvoir à Téhéran.

La méfiance entre les dirigeants des deux pays a toutefois atteint un tel niveau qu’une simple erreur de communication, une simple méprise dans les intentions de l’autre risque de provoquer la proverbiale étincelle qui enflammera tout le Moyen-Orient.