/weekend
Navigation

Métier: maman

Pour l’amour de ma  mère et pour remercier les mamans
Photo courtoisie Boucar Diouf
Pour l’amour de ma mère et pour remercier les mamans
Éditions La Presse

Coup d'oeil sur cet article

Le culte de la mère est universel, mais il varie en intensité selon les pays. Pour Boucar Diouf, né au Sénégal, l’amour maternel est sacré. Sans maman, pas de transmission de la sagesse, cet art de vivre et d’affronter le destin.

La mère de Boucar a été marquée, dès sa naissance, par le destin plus ou moins tragique de sa mère. Sa mère est morte en lui donnant la vie. On l’appellera Gaskel, qui signifie « celle qu’on va bientôt enterrer », ce qui veut tout dire. Selon Boucar, Gaskel sera donc considérée « comme un souffle revenu sur terre en empruntant le ventre de ma grand-mère maternelle que je n’ai pas connue ».

Pour les uns, cette mère sera « la méchante âme », pour d’autres, elle représentera un puits de sagesse et d’amour.

Pour Gaskel, les liens affectifs qui lient les membres d’une même famille doivent pouvoir se montrer et non se dire. « C’est le pied et non la bouche qui trace le chemin de la parenté. Quand on aime quelqu’un, il faut se déplacer pour aller le voir », répétait Gaskel très souvent. On peut alors se passer de parole.

Boucar en profite pour dénoncer le gavage des femmes africaines, une pratique tout aussi sadique que l’excision, qui s’attaque à l’intégrité physique de la personne. Cette pratique abominable, qui avait surtout cours chez les femmes de Mauritanie, était une autre forme de contrôler les femmes « sous le couvert du respect des coutumes et des lois divines ».

Vertus

Entendre la mère de Boucar, à 75 ans, refuser le confort de la modernité, avec son eau courante, l’électricité avec l’air conditionné et ses appareils électroménagers, et le lit douillet nous fait réfléchir sur notre besoin maladif de consommation et de confort absolu. Depuis quelques années, malheureusement, sa mère flirte avec la maladie d’Alzheimer, elle retourne à l’enfance tranquillement. « La vie, c’est maman qui pousse le bébé qui finira par pousser maman. »

Boucar raconte comment sa mère poussait les vertus du partage jusqu’à ses extrêmes limites. Elle offrit un fils, le frère de Boucar, en adoption à une tante qui ne pouvait avoir d’enfants. Celle-ci comblait d’attentions le jeune frère, à tel point que Boucar l’enviait. Cette adoption lui ira si bien qu’il deviendra ingénieur en exploitation minière.

Tout scientifique qu’il est, Boucar ne peut s’empêcher de croire aux vertus protectrices d’une chemise « antinostalgie » que lui a donnée sa mère avant son départ pour Rimouski. Ce bout de tissu, fait de fibres naturelles, lui sauvera la vie, même si cela ne peut être démontré.

« Il y a des mystères de la vie que la science ne pourra jamais expliquer », conclut-il.

Boucar plaide en faveur du chouchoutage des enfants. Les orphelins qui n’ont pas connu les attentions d’une mère sont les plus à plaindre. Ceux-ci présentent bien souvent de graves problèmes de motricité et d’élocution, « surtout si une figure maternelle de remplacement n’est pas au rendez-vous ».

Molécule de l’attachement

Pendant toute la durée de la grossesse, la mécanique maternelle fonctionnera à la perfection : cordon ombilical, placenta, liquide amniotique, jusqu’à la fabrication de l’ocytocine, cette molécule qui annonce qu’il est maintenant temps d’expulser le fœtus. Boucar est persuadé que cette hormone ou molécule dite de l’attachement « agit comme un système wifi hypersophistiqué » qui maintient les bébés en communication avec leur maman par la pensée.

Ce nouvel ouvrage, consacré surtout à sa mère, nous fait également part de moments intimes de la vie selon Boucar. Il s’explique, entre autres, sur son handicap à la jambe droite, à la suite d’une attaque de paludisme. Une infirmière incompétente a touché, avec une seringue, à son nerf sciatique, causant ce malheureux handicap à la jambe. Mais c’est aussi grâce à cette infirmité qu’il est devenu un humoriste apprécié. Et sa mère de conclure qu’il devrait « remercier secrètement cette incompétente infirmière » qui lui a infligé ce handicap.