/news/society
Navigation

Michel Laplante: la vie à 100 milles à l’heure

Michel Laplante croit que trop souvent, les jeunes sportifs ne s’imprègnent pas suffisamment de la culture des lieux où ils ont la chance de jouer. « Ça permet de s’ouvrir à plein de choses », souligne-t-il.
Photo Stevens Leblanc Michel Laplante croit que trop souvent, les jeunes sportifs ne s’imprègnent pas suffisamment de la culture des lieux où ils ont la chance de jouer. « Ça permet de s’ouvrir à plein de choses », souligne-t-il.

Coup d'oeil sur cet article

Parsemée d’événements incroyables, la vie de Michel Laplante, ex-joueur de baseball professionnel et président des Capitales de Québec, est tout simplement digne d’un roman.

Il n’a même pas 50 ans, mais Michel Laplante a vécu tant de péripéties qu’on pourrait presque le croire éternel. « L’homme le plus intéressant au Québec », comme l’a déjà qualifié un journaliste, a en effet beaucoup d’anecdotes à raconter. La plupart sont toutes plus captivantes les unes que les autres, sauf une, des plus tragiques, mais qui, dans son cas, tient quasiment du miracle. Nous y reviendrons.

Ses yeux bleus reflètent une grande humanité, un amour inébranlable des siens et de son prochain. Ses parents leur ont appris, à ses trois frères et lui dans leur Abitibi natale, qu’ils avaient le droit de se coucher en rêvant. Il s’est fait un devoir de transmettre cette belle idée à ses propres enfants, qu’il a eus avec Francine, son amour de toujours.

Le président des Capitales a travaillé d’arrache-pied pour que le projet de dôme au Stade Canac se concrétise.
Photo d'archives, Pascal Huot
Le président des Capitales a travaillé d’arrache-pied pour que le projet de dôme au Stade Canac se concrétise.

Hyperactif à ses heures, du plus loin qu’il se souvienne, Michel Laplante a toujours eu mille et un projets. À Val-D’Or, lorsqu’il était enfant, il n’y avait à peu près aucune infrastructure sportive. Il aimait le hockey, le tennis, le baseball, donc ce désavantage le frustrait.

« J’ai 12 ans. Mes amis et moi, à partir de la fonte des neiges, on s’est mis en tête d’aménager un terrain pour pouvoir jouer au baseball pendant l’été », se souvient-il.

Après l’école, avec leurs pelles, ils creusent, jusqu’à ce que la police les intercepte. Ils avaient besoin de la permission de la Ville. Ils se rendent donc au conseil, plan en main. Les conseillers ont refusé... et ont plutôt aménagé des balançoires.

« Les traces du terrain sont encore là, 30 ans plus tard. La tourbe est encore relevée. J’ai vu ces gens-là à Val-D’Or, récemment, et ils m’en ont reparlé. »

Le sportif aura l’occasion de se reprendre pour cette occasion manquée, des années plus tard à Québec. Il contribuera à l’ouverture d’un centre de soccer et de baseball à ExpoCité, d’un stade à L’Ancienne-Lorette, sans oublier celui des Capitales. Ce dernier, agrémenté d’un terrain synthétique et d’un dôme l’hiver, a été complètement métamorphosé grâce, en bonne partie, à ses efforts.

Talent naturel

Pour en revenir à sa jeunesse, Michel Laplante était déjà amoureux de la femme de sa vie dès le primaire. Rares sont ceux qui se sont connus enfants, qui s’aiment toujours depuis et continuent d’avoir du plaisir ensemble. C’est le cas pour sa chère Francine et lui.

En revanche, le jeune sportif n’avait aucune idée de ce qu’il allait faire dans la vie plus tard. « Je trouvais ça stressant. Je me suis senti emprisonné par cette pression jusqu’à mes 18-19 ans, où j’ai compris que lorsque ça bout en dedans, c’est là qu’il faut foncer. Et ça fait 30 ans que je fais ça. »

L’entreprise B-45, qui fabrique des bâtons de baseball, a été cofondée par Michel Laplante. Il a vendu la compagnie à l’ex-lanceur Éric Gagné il y a quelques années.
Photo d'archives, Annie T. Roussel
L’entreprise B-45, qui fabrique des bâtons de baseball, a été cofondée par Michel Laplante. Il a vendu la compagnie à l’ex-lanceur Éric Gagné il y a quelques années.

Cette période a aussi coïncidé avec son inscription au baseball, comme lanceur, grâce à des infrastructures sportives construites à Val-D’Or pour les Jeux du Québec. « Le responsable du baseball mineur m’a dit : “Michel, il faut que tu fasses quelque chose avec ce talent-là.” »

Il est invité au camp d’entraînement des Bisons de Granby, à la mi-septembre. Il n’y a là-bas que des joueurs de bon calibre, qui ont évolué dans le baseball depuis qu’ils sont tout jeunes. Mais pas lui. « Sur le formulaire, on demandait pour qui on avait joué la saison précédente : dans mon cas, c’était pour le Dépanneur des Pins », se souvient-il en riant.

Puis, tout a déboulé en trois ans. Il a déménagé à Saint-Eustache, avec l’idée de vouloir découvrir le monde. Il joint la Ligue de baseball Montréal junior Élite, devient membre de l’Équipe nationale du Canada, est repêché par les Pirates de Pisttburgh, joue au niveau AA, pour ensuite intégrer le AAA pour les Expos de Montréal et les Braves d’Atlanta. Puis il est devenu une vedette dans une équipe de Taïwan pendant un an (voir ci-dessous).

Appelons ça un talent naturel...

« Ça fait drôle à dire, mais le pire, c’est que le baseball n’a pas été la priorité dans tout ça, expose Michel Laplante. C’était avant tout pour la culture, parce que je pouvais voyager, apprendre des langues, et le baseball me permettait ça. »

Aventure des Capitales

Le sportif et voyageur s’en est donné à cœur joie jusqu’en 1998, où il a reçu une offre très particulière. Il évoluait alors dans une équipe de Madison, au Wisconsin, et le propriétaire de l’équipe, l’Américain Miles Wolf, a sollicité son aide dans le but de créer une équipe professionnelle à Québec.

« Sur le coup, j’ai vu ça un peu comme une claque dans la face, un peu comme s’il me disait que je n’étais plus bon pour jouer, alors qu’avec mon côté rêveur, je me voyais retourner au AAA et atteindre les majeurs. »

Michel Laplante croit que trop souvent, les jeunes sportifs ne s’imprègnent pas suffisamment de la culture des lieux où ils ont la chance de jouer. « Ça permet de s’ouvrir à plein de choses », souligne-t-il.
Photo Stevens LeBlanc

Sa conjointe était alors enceinte de sept mois. M. Wolf lui avait promis « le meilleur des deux mondes », car il pourrait jouer. La petite famille a donc déménagé à Québec. Dans les années qui ont suivi, Michel Laplante a aussi accédé à la présidence de l’équipe, dont l’aventure se poursuit, 21 ans plus tard.

Le président de l’équipe souligne qu’avec une centaine de personnes de plus par match, l’équipe serait rentable. « C’est un beau succès, dit-il, mais il faut dépasser la barre de rentabilité. On est juste sur la ligne, on a la chance d’avoir un propriétaire majoritaire (Jean Tremblay, du Groupe Vertdure) qui a vraiment acheté ça pour les bonnes raisons, qui aime le baseball et l’ambiance dans le stade. »

Encore cette année, les Capitales aligneront des joueurs cubains, grâce aux démarches initiées par Michel Laplante avec les autorités là-bas, il y a quelques années. L’équipe nationale cubaine effectuera aussi la tournée de la Ligue Can-Am.

Accident tragique

L’homme aux mille et un projets carbure à la passion, animé par des principes bien ancrés et des causes qui lui tiennent à cœur. Il voudrait faire encore plus pour les jeunes, entre autres.

« Avec le temps, par contre, je perds un peu de ma naïveté dans mes projets. Il y a de moins en moins de rêves. J’ai toujours cru que l’homme était fondamentalement bon, mais je me suis rendu compte avec les années qu’il y a vraiment des gens méchants. »

Michel Laplante croit que trop souvent, les jeunes sportifs ne s’imprègnent pas suffisamment de la culture des lieux où ils ont la chance de jouer. « Ça permet de s’ouvrir à plein de choses », souligne-t-il.
Photo Stevens LeBlanc

Michel Laplante est revenu à maintes reprises sur l’accident d’hélicoptère survenu en septembre 2016 au Nouveau-Brunswick, dont il s’est sorti à peu près indemne, mais qui a coûté la vie à deux amis, Bob Bissonnette et le pilote Frédérick Décoste.

Il ne garde aucun souvenir de la catastrophe, si ce n’est lorsque les secouristes l’ont pris en charge. Il ne souffre pas non plus du syndrome du survivant, qui le ferait sentir coupable de s’en être tiré. « On était tellement dans le bonheur, et il faisait super beau », se souvient-il.

Il a reçu tant de témoignages concernant ses amis, depuis, qu’il s’estime encore plus chanceux de les avoir connus. Il n’a pas l’intention de retourner sur les lieux ni d’embarquer de nouveau dans un hélicoptère, « par respect pour ses proches ».

« On me dit souvent de profiter de la vie, mais je ne peux pas faire ça, parce que j’ai l’impression que j’en dois une [...] C’est comme si j’avais eu une carte au Monopoly pour m’en sortir. Je suis plus dans un mode d’appréciation... et je pense avoir développé un peu plus d’impatience. »

Clairement, Michel Laplante est encore bien loin d’avoir dit son dernier mot.

 

En rafale

Mariage spécial

À la Saint-Valentin il y a trois ans, la fille de 17 ans de Michel Laplante et Francine, sa complice de toujours – ils sont inséparables depuis l’âge de 8 ans – leur a fait une annonce très spéciale. « Elle nous a dit : “Restez bien assis, car j’ai quelque chose pour vous autres. J’ai décidé de vous marier. Ça va faire 30 ans que vous êtes ensemble, vous ne vous occupez de rien, c’est mon affaire.” » Le mariage en question est même devenu le projet de fin de secondaire de leur fille, laquelle a gardé le plus grand secret sur les préparatifs, et ce, jusqu’au grand jour. « On s’est présenté à l’église ici à côté, il y avait une centaine de personnes, puis la réception avait lieu à l’auberge. » Ce fut une magnifique soirée dans une « place de rêve », dit-il en référence à l’Auberge Saint-Antoine, propriété de son ami Evan Price.

Vedette à Taïwan

« Je peux prendre ton calepin ? », me demande Michel Laplante avec un grand sourire, lorsque je lui demande de me raconter comment il a bien pu devenir une grande vedette à Taïwan. Sur la page lignée, il signe son nom en mandarin, en une série de symboles qui signifient : « Heureux à tourner le ciel à l’envers », du nom d’une figure divine représentant le bonheur. « Là-bas, ils ne t’appellent pas Laplante, mais ils te trouvent un nom d’après l’image que tu représentes. Ils m’ont appelé comme ça parce que je souriais tout le temps. » Ce sourire et cette bonne humeur, ses yeux bleus – et aussi le fait qu’il savait signer son nom en mandarin – en ont fait une vedette pendant l’année où il a évolué dans l’équipe de baseball. Il fouille dans son téléphone intelligent pour retrouver la vidéo comique où on l’aperçoit dans une version taïwanaise du style de Jeopardy. « Ç’a été une catastrophe et le propriétaire était furieux contre moi parce que j’avais mal fait paraître l’équipe. Je n’avais pas répondu une seule fois. Imagine, je ne comprenais pas un mot et ils n’avaient pas pensé à un interprète. »

Bâtons de bouleau

L’homme d’affaires a souvent été « le fou du village », laisse-t-il tomber en référence à de multiples projets nés d’une idée folle. Il pense notamment à B-45, une entreprise qu’il a cofondée et qui fabrique des bâtons de baseball en bouleau jaune. L’idée d’un ingénieur, qui paraissait farfelue au départ, s’est vite transformée en grand succès, alors qu’une quarantaine de joueurs professionnels ont adopté le produit. Par manque de temps, Michel Laplante a vendu l’entreprise il y a quelques années à l’ex-joueur Éric Gagné, et il se réjouit de voir que le succès non seulement se perpétue, mais grandit.