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Projet de loi sous bâillon: les libéraux n’oseront pas modifier la loi sur la laïcité, croit Legault

Projet de loi sous bâillon: les libéraux n’oseront pas modifier la loi sur la laïcité, croit Legault
Photo Stevens Leblanc

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Aux prochaines élections, les libéraux n’oseront pas contester l’interdiction de signes religieux aux employés de l’État en position d’autorité, a prédit François Legault, peu avant le début de l’adoption sous bâillon de son projet de loi sur la laïcité.   

La clause dérogatoire, que le gouvernement Legault utilisera pour soustraire le projet de loi 21 aux chartes québécoise et canadienne des droits et libertés, doit être renouvelée au bout de cinq ans. 

Pour cette raison, le premier ministre François Legault reconnaît que le débat risque de ressurgir dans la prochaine campagne électorale, alors que le Parti québécois souhaite aller plus loin et que le Parti libéral du Québec s’oppose aux interdictions. «On a cinq ans devant nous», tempère-t-il toutefois. 

«Moi, ma prédiction, c’est que les libéraux, le PQ, n’importe qui – je ne pense pas qu’ils vont être au pouvoir d’ici cinq ans –, mais ils ne changeraient pas cette loi-là», a-t-il ajouté. 

Comme il l’avait fait lors de son bilan parlementaire vendredi, le premier ministre Legault a réitéré qu’il s’attend à ce qu’un candidat défende l’interdiction de signes religieux dans la future course à la chefferie du PLQ. «Parce que, se mettre à dos 80% des Québécois, je ne vois pas comment on peut faire ça, pour un parti politique qui aspire à gouverner», a-t-il commenté. 

Jusqu’ici, le Parti libéral avait évité de s’engager à envoyer à la déchiqueteuse le projet de loi 21, s’il devait prendre le pouvoir en 2022. Mais, pour la libérale Hélène David, «il y a de fortes chances qu’on voudrait abroger» la future loi. 

Retrait du crucifix au Salon bleu

Ironiquement, les parlementaires adopteront le projet de loi sur la laïcité sous le regard du Christ en croix qui trône toujours au-dessus du président de l’Assemblée nationale au Salon bleu. Le crucifix, installé sous le règne de Maurice Duplessis pour symboliser l’alliance entre l’État et l’Église, sera toutefois retiré sous peu pour être exposé ailleurs dans le parlement. 

Le gouvernement Legault présente le retrait du crucifix comme un «compromis», un signe de bonne foi de l’État québécois. «Moi, j’aurais préféré le garder», dit M. Legault, qui y voit un symbole patrimonial. 

Le retrait du crucifix surviendra «probablement pendant l’été», a précisé le premier ministre. «Quand personne ne regarde», a fait valoir un journaliste. Avec un grand sourire, François Legault s’est abstenu de commenter.  

Nouveau marathon parlementaire

Après un premier marathon parlementaire qui s’est terminé vers 4 :00 ce matin pour faire adopter la réforme de l’immigration, les élus entreprendront une nouvelle journée de travaux qui devrait les mener à un vote en pleine nuit sur le projet de loi 21. 

Celui-ci prévoit que les policiers, procureurs, juges, gardien de prison et les enseignants ne pourront porter de signes religieux dans le cadre de leurs fonctions. Une clause grand-père protégera toutefois les employés actuels tant qu’ils occuperont le même poste.  

S’il s’attend à certaines réactions négatives, François Legault croit que la nouvelle loi s’appliquera sans heurts. La nouvelle risque toutefois d’engendrer des commentaires critiques dans le reste du Canada, où on retrouve une vision plus multiculturaliste des droits et libertés. «Comme premier ministre du Québec, c’est ma responsabilité de défendre les valeurs du Québec devant le reste du Canada», a répondu M. Legault en réponse à une question en anglais. 

Lebel appuie la laïcité

Discrète sur la question jusqu’ici, la ministre de la Justice Sonia Lebel a profité de la dernière période de questions avec l’adoption du projet de loi 21 pour offrir son appui au principe de laïcité. 

Jusqu’ici, celle qui occupe également le rôle de Procureur générale du Québec, disait devoir observer un devoir de réserve. C’est pourtant sa prédécesseure, Stéphanie Vallée, qui avait piloté un projet de loi sous le gouvernement Couillard pour obliger la prestation et la réception de services publics à visage découvert.   

Tout en se gardant de faire un commentaire sur les aspects juridiques du projet de loi, Mme Lebel a dit appuyer son principe. «Pendant plus de 25 ans, j’ai été procureure de la couronne dans une salle de cour. J’ai occupé, cette position, a-t-elle rappelé. Jamais, je n’aurais pu concevoir afficher mes couleurs ou porter un signe religieux pendant que je plaidais contre la liberté d’un citoyen.» 

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