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Retour aux sources

Le retour à la terre
Photo courtoisie Retour à la terre Tome 6
Jean-Yves Ferri, Manu Larcenet
Éd. Dargaud

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10 ans. C’est le temps qu’auront mis Manu Larcenet et Jean-Yves Ferri pour enfin rentrer aux Ravenelles retrouver Larsinnet, Mariette, Mme Mortemont, M. Henri et l’ermite dans ce délicieux sixième opus que nous n’espérions plus.

En 2002, Larcenet quitte la ville pour aller vivre à la campagne. Par amitié et pour le goût du jeu, Ferri lance l’idée de raconter les mésaventures de son collègue à la campagne. Plus précisément de son double de papier, Larsinnet. « L’aspect bio ou plutôt fausse bio, vient du fait qu’à l’origine, je m’inspire (un peu) du vrai caractère de Larcenet. Mais toutes les aventures je les raconte à ma manière, dans mon ton ... Et je puise donc forcément aussi dans mon vécu à moi. » Lance Ferri à l’autre bout du clavier. « Après, il peut arriver que certains des détails correspondent à la réalité de Larcenet. Dans ce tome, je lui fais abandonner la bd par exemple, ça, ça ressemble au vrai Manu... En revanche, son voisin n’est pas M. Henri et Mme Mortemont n’a jamais été la marraine de sa fille. Quant à l’ermite sur son arbre, c’est plutôt moi qui le connais ... »

Longue attente

Pourquoi 10 années d’attente ? Larcenet bouclait son chef-d’œuvre Blast – ou Plast de Larssinet, vous suivez ? – alors que Ferri planchait à titre de scénariste repreneur d’Astérix avec Didier Conrad, dont leur 4e tome intitulé La fille de Vercingétorix paraîtra cet automne. « On s’y est remis parce que d’un seul coup on y était prêts. Et parce que personnellement je sentais l’unité de cet album. Le Retour recouvre toujours 2 ou 3 pistes principales qui doivent pouvoir se tricoter ensemble. Il faut que je tienne ces pistes pour pouvoir me lancer. Et comme Larcenet était prêt à foncer aussi... C’est pour moi plus personnel qu’un scénario d’Astérix bien sûr. »

Sous des dehors humoristiques, ce nouvel album aborde avec beaucoup de doigté des thèmes denses (Vieillesse, modernisation, mondialisation, communication, amour, famille, parentalité/paternité) sous la forme de vignettes en six cases. « C’est mon format de prédilection. Assez long pour raconter une scène et suffisamment court pour donner le rythme. Et puis les ellipses sont nombreuses et permettent de sous-entendre pas mal de choses que le lecteur va déduire des “blancs” entre les scènes ».

« Haïkus »

Comme le veut la grande tradition du strip – Peanuts, Cul-de-sac, Calvin and Hobbes – leur Retour à la terre témoigne avec éloquence de l’époque à laquelle nous vivons. « C’est un peu la marque de fabrique de cette série. Une sorte de chronique intimiste faite de détails, des sortes d’instantanés, des “haïkus”. C’est ce que j’aime dans le strip. Mais c’est vrai, autour des Ravenelles, le monde objectif tourne et transparaît toujours au détour d’une case. Tous les personnages vont un peu plus loin dans ce tome et prennent de l’épaisseur ».

On retrouve la petite ménagerie de papier comme un être cher trop longtemps perdu de vue : le cœur gorgé d’une fébrilité vertigineuse. L’attente n’aura certes pas été vaine.

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Le musicien Robert Marcel Lepage (Un piano de neige, Mécanique générale, 2008 ; Le nerf initiatique, La Mauvaise Tête, 2016) apprend en 2017 qu’il est atteint d’un cancer. Il tronque alors sa clarinette et son piano pour ses carnets de dessin, nous racontant avec sensibilité, finesse et intelligence les aléas de son combat au quotidien. Je est un hôte est à n’en point douter l’album de sa carrière.

C’est avec la publication de ce bouleversant titre que s’éteint la structure éditoriale montréalaise La Mauvaise tête. Lancée en 2012, elle aura publié une vingtaine de titres, occupant une place unique dans l’écosystème du 9e art national de par son catalogue exigeant. Une bien triste nouvelle, d’autant que 2018 marquait une tonique reprise des activités avec les sorties de l’iconoclaste De concert de Jimmy Beaulieu, Vincent Girard, Sophie Bédard et Singeon (En lice pour les Bédéis Causa du Festival BDQuébec et aux Bédélys remis lors du Festival BD de Montréal) et de Je est un hôte (également en lice pour les Bédélys).