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La nouvelle guerre des classes

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Photo Agence QMI, Sarah Daoust-Braun

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L’autre jour, au lendemain de son décès, je vous disais toute l’admiration que j’avais pour Jean-Claude Labrecque.

Un artiste qui a passé sa vie à filmer le Québec « à hauteur d’homme ».

Cet homme discret et chaleureux aimait profondément le peuple québécois – comme la plupart des cinéastes de sa génération, les Perrault, Carle, Leduc, Lefebvre...

Ces créateurs ne se sentaient pas « à part » du peuple. Ils faisaient corps avec lui.

LES RAISONS D’UN DIVORCE

Je ne sais pas ce qui est arrivé, mais de nos jours, l’élite est complètement déconnectée du peuple.

Elle le regarde de haut, avec mépris.

Comme si le peuple n’était pas assez bien pour elle.

Qu’est-ce qui a causé ce divorce ? La défaite du premier référendum ?

Quand le peuple a dit Non à 59 % ?

Les artistes et les intellectuels se sont sentis trahis, c’est ça ?

Sophie et Richard ne sont pas bons aux fourneaux, mais ils savent cuisiner leurs invités! Invitez-vous à la table de Devine qui vient souper? une série balado originale.

Rappelez-vous Le Confort et l’indifférence, le fameux documentaire que Denys Arcand a sorti en 1981.

Les gens du « peuple » (filmés dans un salon de l’auto) étaient dépeints comme des gros quétaines incultes qui s’intéressaient plus au « tapis shag » de leur Winnebago qu’à l’avenir de la nation québécoise.

« Voici le peuple québécois dans toute sa splendeur, semblait dire Arcand. Voici pourquoi le Oui n’a pas gagné : parce que les Québécois vivent au ras des pâquerettes... »

À moins que ça ne soit tout simplement le passage du temps qui a fini par creuser un fossé entre l’élite et le peuple...

Comme je l’ai souvent écrit, aujourd’hui ce ne sont plus les mots « nation » et « identité » qui font vibrer les intellectuels, mais les mots « multiculturalisme » et « ouverture ».

Tout ce qui concerne de près ou de loin le « nationalisme » est maintenant considéré comme suspect.

Trudeau père a gagné.

De plus en plus d’intellectuels considèrent maintenant le peuple québécois comme un groupe parmi d’autres.

Comme les sikhs. Ou les trans.

Le bulldozer de la Charte a passé, et a écrasé tout le monde.

LES « POPULISTES »

On dit que la guerre des classes est dépassée.

C’est vrai et c’est faux.

Il y a encore une guerre des classes, mais elle n’oppose plus les riches et les pauvres, ou les exploiteurs et les exploités.

Elle oppose l’élite et le peuple.

Le peuple « bouseux » versus l’élite « éclairée ».

Les totons des régions contre les urbains à l’esprit fin.

Vous vous rappelez l’arrogance de Trudeau père ? Son mépris, sa condescendance lorsqu’il parlait des séparatistes et des nationalistes ?

Eh bien, de plus en plus d’intellectuels adoptent le style de Pierre Elliott Trudeau.

Ils ne se cachent même plus pour vomir leur mépris du peuple. Ils le font au grand jour – dans les journaux, à la radio et au petit écran.

Jadis admiré pour son « gros bon sens » (la fameuse « décence commune » chère à George Orwell, l’auteur prophétique de 1984), le peuple est devenu infréquentable.

On lui préfère la figure du marginal – l’immigrant, le trans, le musulman.

Et qu’est-ce qu’on dit lorsqu’un politicien parle au peuple ?

On le traite de « populiste ».

Avec un dégoût affiché.