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Ottawa devrait donner son aval au projet d'expansion de Trans Mountain

Oléoduc Trans Mountain
Photo d'archives, Kinder Morgan Energy Partners Le chantier de l'oléoduc Trans Mountain en 2012.

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OTTAWA – Tout indique que le fédéral donnera son feu vert à l’expansion de l’oléoduc Trans Mountain, mardi, «un calcul politique risqué» aux yeux d’experts.

«C’est un jeu d’équilibriste», résume Daniel Béland, directeur de l’Institut d’études canadiennes de l’Université McGill.

D’une part, il estime que M. Trudeau n’a pas bien le choix d’aller de l’avant puisqu'Ottawa a acheté le pipeline Trans Mountain et ses infrastructures d’agrandissement au coût du 4,5 milliards $.

Or, l’opposition au projet est encore vive en Colombie-Britannique et la grogne contre Trudeau est si forte en Alberta que donner le sceau d’approbation à l’expansion de l’oléoduc ne saura la calmer, relève-t-il.

Même son de cloche du côté de Nicolas Kenny, politologue de l’Université Simon Fraser (USF), en Colombie-Britannique.

«C’est un calcul très difficile parce que [...] sa cote de popularité est tellement basse en Alberta que même en annonçant ce projet, je doute qu’on y voit une résurgence des libéraux», explique-t-il.

Il signale en outre que les gains faits par les libéraux aux dernières élections dans la région de Vancouver risquent de s’effriter. Il s’agit du quartier général des principaux groupes environnementaux et communautés autochtones qui s’opposent à l’expansion de Trans Mountain.

«Pour Trudeau, il n’y a pas moyen de sortir gagnant alors je pense qu’il est en train de chercher la solution à moindre risque», analyse le professeur associé à l’USF.

Il estime ainsi que le premier ministre veut envoyer le message, à l’approche des élections fédérales d’octobre, qu’il a à cœur la croissance économique.

«Je pense que M. Trudeau sera content de laisser le vote purement environnementaliste se séparer entre le Parti Vert et le NPD et lui, je crois, va aller chercher des gens qui sont un peu plus au milieu et qui vont acheter son message [...] qu’on peut concilier développement énergétique avec responsabilité climatique.»

Daniel Béland juge toutefois qu’une éventuelle décision favorable à l’expansion de Trans Mountain pourrait faire perdre des plumes aux libéraux au Québec, où il y a eu une imposante fronde contre le projet d'oléoduc Énergie Est.

«Ce qui est certain, c’est qu’il va y avoir beaucoup de mécontents peu importe la décision», conclut l’expert.

Rappelons que le fédéral avait donné son aval au projet d’expansion de Trans Mountain en 2016. La Cour d’appel fédérale a toutefois ordonné la suspension des travaux, en août 2018, tranchant qu’Ottawa n’avait pas consulté adéquatement les Autochtones et que les impacts environnementaux du projet n’avaient pas bien été évalués.

Le gouvernement Trudeau a donc lancé un nouvel examen du projet qui s’est conclu le 22 février dernier. Ottawa avait ensuite 90 jours pour se prononcer sur l’avenir de Trans Mountain, mais a finalement repoussé sa décision à mardi.

Le projet d’expansion de Trans Mountain permettrait d’acheminer 890 000 barils de pétrole des sables bitumineux de l’Alberta vers la côte pacifique.