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Radio-Canada est avantagé injustement selon des spécialistes

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Alors que les diffuseurs privés ont dû procéder à des compressions majeures dans les derniers mois, Radio-Canada a connu sa deuxième année la plus dépensière de la dernière décennie. Devant deux réalités aussi différentes, certains spécialistes des médias pensent que l’on devrait revoir les règles entourant la société d’État. 

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«Que Radio-Canada cesse de concurrencer les médias privés à télévision et sur le web, ce serait une autre façon de leur donner de l’oxygène», a souligné Jean-Hugues Roy, responsable du programme de journalisme à l’UQAM, faisant référence à la grande place qu’occupent les émissions de variétés dans la grille de la chaîne publique, qui souhaite ainsi attirer des revenus commerciaux. 

Selon le rapport annuel de la Société Radio-Canada (SRC), les revenus publicitaires ont connu une importante hausse de 5,9 % en 2019, pour dépasser les 318 millions $. Chez les chaînes privées, ces revenus ont chuté de manière dramatique dans les dernières années à cause de de la publicité sur Internet. 

Malgré cette nouvelle réalité, la présidente de CBC/Radio-Canada, Catherine Tait, a affirmé à plusieurs reprises depuis le début de l’année qu’elle entend accaparer davantage de revenus publicitaires pour compléter les budgets de son organisation. 

La société d’État bénéficie en plus d’un important financement public, contrairement aux diffuseurs privés comme TVA, CTV et Global. Les fonds alloués à Radio-Canada/CBC par le gouvernement Trudeau s’élèvent à 1,2 milliard $, en hausse de 10 %. 

Pour une concurrence plus juste, le gouvernement devrait imposer des balises plus strictes à la société d’État, selon l’ancien directeur de la programmation de Radio-Canada, Claude Bédard. 

«Mais quel gouvernement aura-t-il le courage de faire ça? C’est ça le problème! » s'est-il exclamé. 

Jean-Hugues Roy, lui, va encore plus loin. 

«Je pense peut-être qu’il faudrait même recentrer la mission de Radio-Canada autour de l’information, parce que c’est cela qui disparaît», a laissé tomber le responsable du programme de journaliste à l’UQAM. 

Questionné sur le sujet par TVA Nouvelles, le ministre du Patrimoine, Pablo Rodriguez, refuse de se prononcer sur le mandat du diffuseur public. 

Le ministre a qualifié l’enjeu de «fondamental» pour l’industrie, mais refuse de se prononcer d’ici 2020, soit après la prochaine élection. 

Du côté de Radio-Canada, on justifie l’augmentation des dépenses, malgré le contexte de crise des médias, par les «investissements continus dans du contenu original et les capacités numériques». 

«Les activités visant à promouvoir le 150e anniversaire du Canada et le 375e anniversaire de Montréal et à soutenir diverses initiatives, comme la création du bureau de la commissaire aux valeurs et à l’éthique, ont également contribué à la hausse des dépenses», a fait savoir par courriel Kerry Kelly, porte-parole de la société d’État.