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Trop de territoire, pas assez de mémoire

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Photo commons.wikimedia.org

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Depuis le lancement de notre série sur les routes, samedi, une phrase de Mackenzie King m’est revenue en tête : « Trop de territoire. Pas assez d’histoire », disait-il au sujet du Canada.

Le premier ministre aurait en fait déclaré, dans un discours, le 18 juin 1936, il y a 83 ans jour pour jour : « If some countries have too much history, we have too much geography. »

Phrase géniale. Qui me rappelle une autre phrase forte, celle-là du philosophe Jacques Dufresne : « Le Québec dit : “Je me souviens”. Le Canada répond : “D’un océan à l’autre” ! Le premier est uni par le temps, le second par l’espace. »

Peu nombreux

Trêve de philosophie. Revenons au bitume.

« Trop de territoire », ça résume aussi assez bien le Québec, non ? Surtout quand on parle de ses routes.

L’expert en chaussées, Guy Bergeron, interviewé par notre Bureau d’enquête samedi, le disait clairement : « On ne peut pas refaire toutes les routes, il y en a trop, on n’a pas assez d’argent pour les reconstruire toutes. »

Nous ne sommes pas assez nombreux pour payer. Point. « Avec seulement huit millions d’habitants, le Québec doit gérer un réseau de plus de 30 000 km, l’un des plus vastes d’Amérique du Nord », dit Bergeron.

Ça fait 270 personnes par kilomètre. C’est 700 en Ontario. En Europe ? Environ 4000 par kilomètre ! Dans les vieux pays, ils peuvent bien rouler sur des tables de billard ! Les routes, en plus, sont souvent privées, financées par l’utilisateur via péage, choses prohibées ici il y a 40 ans.

Les trous, crevasses, ne sont pas le signe d’une sorte de faillite morale du Québec ; ni un mépris absolu pour l’automobiliste – ou le cycliste, car lui aussi se plaint des routes – forcé d’y rouler.

Toujours plus

C’est davantage une simple affaire de carence démographique et de surpoids géographique. Caricaturons : « Vous n’avez pas fait d’enfants ? Vous n’avez pas le droit de vous plaindre des nids-de-poule ! » L’autre carence, c’est celle de l’histoire, ou de la mémoire. Le « Je me souviens », nous ne l’appliquons pas en matière de planification routière. Car malgré tout ce qu’on sait... des routes, on en promet et on en repromet un peu partout sur notre territoire hypertrophié. On continue à en ajouter, constamment. Et à réclamer un prolongement ici, un autre là. La 35, la 20, la 19, etc. Et « 27 maires demandent le prolongement de la route 138 ». Et quoi encore ?

Et ça marche, politiquement ! La CAQ a promis un 3e lien à Québec et a été élue. Un coin de pays qui regorge pourtant déjà de kilomètres d’autoroutes et qui renferme une des seules villes de sa taille en Amérique du Nord n’étant pas dotée d’un système de transport digne de ce nom. Alors qu’est-ce qu’on fait ? On continue de rager contre l’état des routes et constamment allonger le réseau à entretenir ?

 

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