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Hélène Rowley Hotte Duceppe: l’insoutenable récit d’une mort tragique

Parc Jean-Duceppe
Photo d’archives, Pierre-Paul Poulin

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Depuis le dépôt mardi du rapport cinglant de la coroner Géhane Kamel sur l’atroce mort de Madame Hélène Rowley Hotte Duceppe le 20 janvier dernier, notre compassion va tout d’abord à sa famille éplorée, dont son fils, l’ex-chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe.  

C’est ensuite la colère, immense, qui nous envahit à la seule pensée de mourir ainsi, seule, de froid.  

Mme Rowley Hotte Duceppe était âgée de 93 ans. Femme brillante, encore active et allumée, elle était remplie de vie. En sa mémoire, le 22 janvier dernier, je revenais ici sur sa vie proprement fascinante. Pour que l’on sache qui elle était et non pas seulement, un nom relégué à une mort horrible.  

Nul besoin de revenir sur les détails de sa longue agonie en plein froid sibérien alors qu’elle s’est retrouvée prisonnière à l’extérieur de la cossue résidence pour personnes âgées Lux Gouverneur, située dans l’Est de Montréal.  

Si ce n’est pour l’essentiel : cet accident que l’on dit «évitable» n’en était pas un. Le rapport détaillé de la coroner le prouve.  

Des caméras de surveillance qu’aucun employé n’a surveillé. Des portes extérieures verrouillées sans que Mme Rowley Hotte Duceppe n’ait pu en ouvrir une seule. Des «responsables» de la Résidence qui, au lieu de demander pardon à la famille, blâment les pompiers.  

Les mêmes «responsables» qui, en plus, après le décès, juraient que Mme Rowley Hotte Duceppe s’était évanouie «quelques temps après être sortie». La vérité est plutôt qu’elle a agonisé pendant des heures au grand froid sous LEURS caméras.  

Un accident «évitable» n’est plus un accident. C’est de la négligence crasse. C’est de l’incompétence indicible. C’est déshumaniser ses propres résidents. C’est encaisser sans broncher les généreux chèques de ses résidents pour leur appartement de «luxe», mais sans leur offrir la sécurité qu’on leur avait pourtant promise.  

Avec raison, la famille Duceppe envisage des recours.  

Cette histoire abominable est aussi un rappel urgent d’un phénomène de plus en plus inquiétant. Soit que la vieillesse au Québec, du moins celle des gens mieux nantis, comme ailleurs en Occident, est aussi en train de devenir une très grosse business. Une grosse business très lucrative pour le secteur privé. De véritables empires immobiliers se créent dont la maximisation des profits, par définition, reste l’objectif ultime.  

C’est ça aussi, la vieillesse à «deux vitesses». Pour ne pas dire, trois, quatre ou cinq vitesses.  

Or, nantis ou pas, alors que nos gouvernements sous-traitent de plus en plus les personnes vulnérables, nanties ou pas, à des intérêts privés, payer cher pour une résidence de luxe ne semble pas être plus sécuritaire qu’il n’en faut.  

Dans une société se disant avancée, la sécurité, le bien-être, la bienveillance – oui, osons le mot -, ne devraient pourtant pas dépendre de la profondeur de son porte-monnaie. Que l’on soit aînés, malades, atteints de démence, d’Alzheimer, ou déficients intellectuels, car eux aussi, vieillissent...  

C’est pourtant bel et bien le cas. S’il y a un vrai débat de société à tenir, mais auquel on se refuse, c’est en effet celui-là.  

Un exemple parmi tant d’autres : dans la foulée de la mort gratuite de Mme Rowley Hotte Duceppe, Le Devoir rapporte aussi ceci.

«Des lacunes dans les systèmes de surveillance de résidences pour aînés ont maintes fois été signalées par divers coroners, mais l’histoire semble se répéter. Depuis 2010, une quinzaine de personnes âgées et vulnérables sont mortes de froid hors des résidences qui en avaient la garde, dans des circonstances rappelant le drame vécu par Hélène Rowley Hotte et la famille de Gilles Duceppe en janvier dernier. (...)  

Dans tous les cas observés par Le Devoir, ces résidents âgés ou atteints de démence ou d’autres troubles mentaux sont morts gelés à l’extérieur après avoir pu quitter leur résidence, parfois malgré la présence de portes « sécurisées », sans que leur absence prolongée soit rapidement signalée au personnel en fonction. (...)»  

Les rapports obtenus par la Loi d’accès à l’information démontrent que ce ne sont pas que les aînés qui font les frais du laxisme et des erreurs humaines observées dans certains centres d’hébergement, il y a aussi d’autres personnes vulnérables, souffrant de problèmes de santé mentale. Deux femmes souffrant de schizophrénie et un homme atteint de déficience intellectuelle sont aussi morts de froid après avoir erré plusieurs heures dehors par des températures glaciales en 2013 et en 2014, après avoir échappé aux personnes qui en assuraient la surveillance. Sous la protection  

du Curateur public, une femme psychotique, suivie par un CLSC de Drummondville, a même parcouru 32 kilomètres en plein hiver avant d’aller s’affaisser en plein champ près de 20 heures après avoir reçu son congé de l’hôpital.»  

Comment les «responsables» de ces résidences et nos pouvoirs publics peuvent accepter de tels drames humains, tous parfaitement «évitables» ? Comment fait donc tout ce beau monde grassement rémunéré pour dormir la nuit la conscience néanmoins tranquille ?