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La série «Fugueuse» regardée par des victimes et leur proxénète, selon Ian Lafrenière

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Si la série Fugueuse a pu éveiller les consciences de certains parents, elle n’a pas sorti les jeunes filles de la rue. Au contraire, des victimes d’exploitation sexuelle l’ont regardée avec leur proxénète, s'est désolé Ian Lafrenière.  

• À lire aussi: On va s'attaquer aux clients de l'exploitation sexuelle des mineurs  

«Vous savez, il y a une belle série qui a été faite à TVA, qui s’appelle Fugueuse et qui a été un électrochoc pour beaucoup de gens», a lancé l’adjoint parlementaire de la ministre de la Sécurité publique à l’émission Dutrizac de 6 à 9 sur QUB radio.   

«Mais, il y a un effet pervers aussi, a poursuivi le député caquiste de Vachon. De sources très sûres, il y a même des jeunes femmes qui l’écoutaient avec leur proxénète, cette série-là.»   

«Ça a réveillé les parents [la série Fugueuse], mais je ne peux pas vous dire que ça a sorti les filles de la rue», a ajouté l’ancien porte-parole du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), au micro de Benoit Dutrizac.   

L’élu a annoncé mardi la création d’une commission spéciale pour dresser un portrait de l'exploitation sexuelle des mineurs au Québec.   

Pas de la prostitution   

M. Lafrenière préfère d'ailleurs l'expression exploitation sexuelle des mineurs à l'expression prostitution juvénile qu'il ne veut plus utiliser.   

«Parce que prostitution juvénile, ça laisse présager qu’il y a une forme de volontariat. La jeune fille se prostitue. Premièrement, on lui donne l’étiquette de prostituée. Deuxièmement, c’est comme si elle avait accepté de faire ça. Et on parle de clients.»   

«Je m’excuse, mais quand on est avec une jeune fille de 14 ans, on n’est pas un client, on est un exploiteur, on est un individu sans scrupule et on mérite la prison», a-t-il renchéri.   

Au micro de Benoit Dutrizac, il a rappelé que la moyenne d’âge des filles mineures exploitées sexuellement au Québec est de 14 ans et que les plus jeunes sont âgées de 12 ans.   

«Ma fille à 11 ans. Je ne peux pas m’imaginer que quelqu’un va consommer les services sexuels d’une fille de 12 ans», a-t-il dit.   

Quelques citations clés

Sur l’accessibilité à des services sexuels de la part d’adolescente:

«Les gens commandent des filles comme des pizzas aujourd’hui. Ils regardent ce qu’ils veulent et ils peuvent l’avoir, ça va être livré chez eux. Moi, c’est un “prox” qui m’a raconté ça: “c’est comme une pizza, on va te la livrer comme tu la veux, à l’heure que tu la veux”.»

Sur les partys VIP:

«La grosse mode c’est les partys VIP. On loue un AirBnB, on installe des filles, on fait venir des clients pis on passe une journée, deux journées pis on change de place.»

Sur les revenus que génèrent les filles:

«Je ne peux pas m’imaginer que quelqu’un va consommer les services sexuels d’une personne de 12 ans. Je ne peux pas comprendre que quelqu’un va faire entre 150 et 200 000 $ sur son dos par année. Par fille!»

Sur les maladies:

«La nouvelle mode, ils les font travailler sans protection, parce que c’est plus payant. Les clients aiment ça avoir une fille, pas de condom, pas de protection. Pis si elle tombe malade, ben au pis aller, on va la vendre à quelqu’un d’autre.»

Sur la banalisation du mot «pimp»:

«Je ne veux pas faire de morale, mais le terme “pimper”, c’est banalisé. Tu “pimpes” ton char, tu “pimpes” ton garage. Pis si votre sauce à spaghatt est pas assez épicée, on va la “pimper”.»

Sur le renversement du spectre:

«Y’a des filles qui vont voir des “prox” pour leur dire: “je veux travailler pour toi”. Parce qu’on l’a glorifié, banalisé beaucoup. Et en plus y’a toute la notion d’argent. Aujourd’hui, avoir de l’argent, c’est super important.»