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[LETTRE OUVERTE] Le troisième lien: pourquoi pas chacun son pont?

Pont, Autoroute
Photo Le Journal de Québec, Stevens LeBlanc

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Tout le monde de la grande région de Québec et même du Québec a bien sûr entendu parler de la saga du troisième lien, ce pont ou ce tunnel que l’on construira à l’est entre les villes de Québec et de Lévis.  

L’INSOUCIANCE 

Nous ne pouvons taire notre surprise à l’effet que nos autorités compétentes aient déjà arrêté leur choix sur la localisation de ce lien sans faire connaître, du moins publiquement, les recommandations d’un comité d’experts de l’extérieur, indépendants et crédibles. Peut-être même que ces autorités n’ont pas eu le souci de franchir cette étape, pourtant usuelle, voire essentielle. Cela relèverait d’une insouciance inquiétante et amènerait à laisser douter du bien-fondé du choix retenu a priori.  

Dans le cas contraire, informés par la divulgation des avis des experts, les contribuables auront la satisfaction d’être témoins d’un processus marqué de transparence, plutôt que d’être amenés par les circonstances, que l’on connaît, à soupçonner que certains des tenants du choix du site jouaient dès le départ le rôle de juge et partie. 

LA PROPOSITION 

Inédite, notre proposition est de donner la priorité au TRANSPORT COLLECTIF tout en ne tassant pas de façon cavalière l’automobile et le transport lourd. Ce serait le cas si on devait utiliser le pont de Québec pour le transport collectif.  

Nous proposons que:  

  • LE PONT DE QUÉBEC soit réservé de façon prioritaire au transport lourd; 
  • LE PONT PIERRE-LAPORTE soit réservé exclusivement aux déplacements des automobilistes; 
  • LE PONT VERT, un nouveau pont réservé uniquement au transport collectif, pourrait être construit à environ un kilomètre en amont du pont Pierre-Laporte, soit un pont à deux voies pour les autobus électriques , le trambus ou le tramway. Un tunnel serait creusé en subsurface dans la falaise de la rive de Québec pour rejoindre le futur tunnel et l’édifice Le Phare. Une piste cyclable serait intégrée au pont vert..  

Les cosignataires estiment qu’il serait présomptueux de leur part de tenter de déterminer les aspects positifs et négatifs de leur proposition. Ils comptent qu’un comité indépendant procédera à une analyse de faisabilité et à une étude comparative réaliste et objective des mérites du troisième lien autoroutier de l’est et ceux de notre proposition. 

L’ABERRATION 

La récente enquête origine-destination est dévastatrice et sans équivoque pour les tenants d’un troisième lien à l’est. Par respect pour les contribuables, elle doit être interprétée dans son intégralité et conforme à son contenu. 

À l’encontre des conclusions de cette enquête, le gouvernement, par son ministre des Transports, laisse entier le problème actuel de la circulation à la tête des ponts. Le ministre aura beau tenter de redéfinir ce qu’est l’est et ce qu’est l’ouest et imaginer un nouveau découpage du flux important de la circulation réelle, le projet de construction d'un lien à l’est laisse entier le problème majeur qu’est la traversée à l’ouest. Par quelle ABERRATION nos autorités compétentes peuvent-elles agir ainsi? 

Posons franchement et simplement le problème; décider de solutionner une congestion intenable à la tête des ponts ou choisir la construction d’un troisième lien autoroutier à l’est qui sera, selon tous les experts, après quelques années, la cause d’une congestion encore plus importante. On léguera ainsi aux futures générations le gâchis de vivre dans une circulation impossible.  

IMAGINEZ: Construire un lien autoroutier ou un tunnel passant par l’île d’Orléans, joyau de Québec; refuser d’atténuer la congestion; défendre l’indéfendable, soit le statu quo à la tête des ponts, aucune nouvelle voie de circulation serait ajoutée; favoriser l’étalement urbain; aller de l’avant sans avoir préalablement, à notre connaissance, eu un seul avis favorable de scientifiques; contourner les constats de l’enquête origine-destination; faire fi des nombreux inconvénients, on préfère le silence à la transparence; dépenser des milliards dans un projet dont la performance sera loin des objectifs; être visionnaire pour un très court terme sans se soucier du bien être, pour des décennies, des générations futures...etc. 

LA CONCLUSION 

Quoi que l’on pense, quoi que l’on dise il y aura, dans une ville de l’importance de Québec, toujours trop d’automobiles pour répondre à la qualité de vie souhaitée par la population. Il ne faudrait tout de même pas que nos autorités compétentes se rendent complices de cette tendance nord-américaine, mais misent plus tôt sur un troisième lien á l’ouest ou le transport collectif sera la priorité. 

C’est la bioresponsabilité et non la congestion des routes qui mène au VIRAGE VERT. La démocratie exige d’être bien informé, pas être convaincu. L’acceptabilité sociale en serait d’autant plus crédible. L’aurait-on oublié? Espérons que c’est accidentel. 

– Lucien Huot, Doyen de la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval (1977-1985) 

– Jean-Louis Lavoie, Vice-doyen de la Faculté des sciences et de génie de l’Université Laval (1989-1993) 

– Robert Ledoux, Directeur du Département de géologie et génie géologique à l’Université Laval (1971-1977)