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Milieu de l’humour: l’inquisition

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Depuis lundi, un courriel absolument dégoûtant circule dans le milieu de l’humour.

Un courriel anonyme, signé simplement « Regroupement humour », contenant des allégations diffamatoires sur 21 humoristes québécois, soupçonnés de harcèlement ou d’agressions sexuelles, a été envoyé à des dizaines de destinataires travaillant dans l’industrie de l’humour (agents, producteurs, relationnistes, etc.).

C’est comme ça que ça se passe en 2019 ? Caché derrière son clavier, n’importe qui peut écrire à n’importe qui, et accuser n’importe qui de n’importe quoi ? Et boum, des vies, des carrières sont brisées ?

RIEN DE DRÔLE

Avant, il fallait que la dénonciation se fasse à visage découvert, que la présumée victime détaille ses allégations. Maintenant ? Pffffft, au diable la précaution ! Aux poubelles la présomption d’innocence ! Dérapage désolant dans la foulée du mouvement #metoo.

J’ai abondamment écrit sur l’importance de la présomption d’innocence dans le dossier de Gilbert Rozon. Personne ne doit subir son procès dans l’opinion publique. Les seules accusations valables sont celles qui sont portées par notre système de justice, même si on le trouve trop lent ou trop biaisé.

Ne comptez pas sur moi pour dévoiler le nom des humoristes visés par ce courriel nauséabond. Même en privé, jamais je ne ferais circuler des accusations aussi graves basées sur... rien.

« Voici une liste minutieusement dressée par des femmes et des alliés du milieu québécois de l’humour. Ce n’est pas une liste exclusive (...). Ce sont ceux que nous avons pu identifier grâce à des témoignages directs », affirment les pleutres signataires qui avancent masqués. Ils accusent 21 personnes, sans autre forme de procès, de gestes graves allant d’attouchements sexuels à agressions sexuelles, en passant par l’exposition des parties génitales ou la sollicitation de faveur sexuelle en échange d’un travail.

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« Pour le moment, nous allons taire qui est coupable de quelle infraction afin de protéger les victimes qui ont eu le courage de parler. »

C’est dégueulasse ! Non seulement ce courriel dégoûtant entache d’un seul clic la réputation de 21 personnes, mais on les condamne toutes collectivement sans pouvoir rattacher une action à un individu.

Ce n’est plus « Balance ton porc », c’est « Balance toute une gang sans faire de distinction, de toute façon ils sont tous des porcs ».

Des intervenants en humour m’affirment que certains humoristes auraient déjà été convoqués par des producteurs, en présence d’avocats, pour être confrontés à ces soupçons anonymes. « Les producteurs ont peur de prendre la défense de leurs artistes », me dit-on. Je n’ai qu’une chose à dire à ce sujet. Si des individus ont été victimes d’actes criminels, ils et elles doivent aller à la police.

Ces vendettas anonymes, diffamatoires, n’ont pas leur place dans une société démocratique comme le Québec.

La justice, c’est pas juste pour rire. C’est sérieux.

CHASSE AUX SORCIERS

Que cherchent les personnes qui lancent ces allégations ?

Qui nous dit que ce n’est pas un humoriste qui se cache derrière ce courriel puant ? Quelqu’un de frustré, fâché de voir que des humoristes à la main baladeuse s’en tirent bien pendant que Gilbert Rozon (qui bénéficie toujours de la présomption d’innocence) a perdu son empire et sa réputation ?

Les auteurs du courriel confondent dénonciation (ce qui est souhaitable) et délation (ce qui est détestable).

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