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Pour l’amour du kayak et des gens

Chronique Oxygène du 20 juin
Photo courtoisie, François Ozan Le Défi Kayak Desgagnés propose une épopée de 250 kilomètres en kayak, accessible, que l’on aborde en peloton, en formule solo ou tandem, complète ou à relais.

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Il y a de ces défis sportifs qui laissent des marques qui n’ont rien à voir avec les courbatures du lendemain ou la médaille souvenir accrochée au mur. Dans moins de deux mois, la 5e édition du Défi Kayak Desgagnés sera lancée. Rencontre avec Rock Robitaille, un de ses bénévoles dévoués.

« En solo, et même en petit groupe, peu de gens oseraient partir de Montréal vers Québec, en kayak, dit Rock Robitaille, kayakiste passionné et encadreur du Défi. Ils sont pourtant plus d’une centaine à réussir, année après année, à pagayer des journées de fou. Une forme de magie s’installe sur le fleuve. »

Pour y avoir goûté en 2017, je peux en témoigner. Tu prends une personne assez en forme, qui a pagayé, tout au plus, peut-être une dizaine de fois, et jamais plus d’une dizaine de kilomètres, et puis la voilà qui pagaie du matin au soir, pendant quatre jours... et qui en rêve encore deux ans plus tard. Qu’est-ce qui s’est passé ?

L’effet du fleuve

Rock Robitaille, 59 ans, fait du fleuve son quotidien depuis près de 30 ans. Le résident de Boucherville rentre du boulot, puis il marche trois cents pieds, son embarcation sur les épaules, avant de la mettre à l’eau. Il pagaie ensuite sur le fleuve, une ou deux heures, douze mois par année.

Pas plus compliqué (ou presque) que de sortir faire son jogging dans le quartier. Or, pour le commun des Montréalais, le fleuve est plutôt une apparition ici et là, et si elle est quotidienne, c’est souvent pour l’automobiliste condamné à le traverser en pestant sur l’état de la circulation sur les ponts.

Puis, un bon matin, on a la chance de délaisser le boulevard Notre-Dame à l’aube pour se retrouver une centaine de mètres plus loin. Le fleuve nous accueille ; la fatigue et le stress dus aux tracas quotidiens restent sur la rive. L’énergie peut (enfin !) se concentrer sur une seule chose : pagayer. Le travail est technique et répétitif - la tête s’éloigne de son éparpillement régulier.

C’est fascinant à quel point un effort peut être fatigant... et reposant. Les effets bénéfiques de la nature sur notre état psychologique ont été maintes fois démontrés. Sur l’eau, la nature, on y baigne, carrément. Une sensation dont on ne se lasse pas. Et cette envie de la retrouver plus souvent, dès la sortie de l’eau.

Être tous dans le même bateau

Autour de nous, le fleuve à perte de vue, mais aussi des kayakistes, dont on ne connaît pas grand-chose a priori, mais dont on saisit l’essentiel : on est tous là, ici, dans le même bateau.

On ne s’attarde pas à l’uniforme et à l’agenda. Sous la casquette, des yeux rieurs, dans lesquels on peut lire l’essentiel. Quatre jours de simplicité sans artifices - ça aussi, ça fait du bien.

Bien entendu, il y a en plus les encadreurs, comme Rock, qui sont là pour des raisons de sécurité, mais dont les sourires et encouragements servent en sus de bouées. « Tiens, prends cette pagaie, et fais des plus petites tractions dans l’eau », me disait-il. J’entendais « tu es capable, et tu n’es pas seule. »
On est loin des défis d’endurance où l’on se retrouve seul avec soi-même. On puise dans ses réserves, on se perd dans sa tête au besoin, mais on se sent la part d’un tout plus grand que soi.

Le Défi n’est pas une course : le Défi nous éloigne de la course quotidienne dans laquelle on s’essouffle et on s’isole.
 
Une gang de fous — encadrée

« Quand Mathieu des Jeunes musiciens du monde m’a parlé de la première édition du Défi qu’il souhaitait organiser, je lui ai dit que c’était une idée de malade. Que c’était impossible de prendre des néophytes en kayak et de leur demander de pagayer 250 kilomètres... », raconte Rock Robitaille.

Le passionné a l’habitude des défis fous en kayak. Il a enchaîné les coups de pagaie partout à travers le monde, il a participé à des compétitions en eau libre d’envergure, il a traversé le Québec en kayak, en solo. Il sait ce que ça prend pour pagayer pendant des heures, et des heures, jour après jour.

Puis, il a appris, par le Défi, la puissance que peut avoir l’effet de groupe quand une gang de motivés se retrouvent sur l’eau à puiser dans leurs réserves vers un but commun.

Il parle de magie. Peut-être ! Mais je suis convaincue que sa source n’a rien de surnaturel, bien au contraire. Et une fois qu’on a vécu une telle connexion avec soi, les autres, la nature, elle nous habite, longtemps.
  • Jour 1 | Montréal, Verchères, Sorel-Tracy
  • Jour 2 | Sorel-Tracy, Louiseville, Trois-Rivières
  • Jour 3 | Trois-Rivières, Batiscan, Portneuf
  • Jour 4 | Portneuf, Neuville, Québec

LA 5e ÉDITION DU DÉFI KAYAK DESGAGNÉS

  • Du 15 au 18 août 2019
  • De Montréal à Québec
  • 250 kilomètres
  • En solo, en tandem ou en équipe (à relais)
  • Journée complète (64 km) ou demi-journée (32 kilomètres)
  • 480 kayakistes ralliés à la cause depuis 2015
  • 150 kayakistes sur l’eau tout au plus
  • 50 bénévoles
  • 509 500 $ récoltés depuis la première édition du Défi pour les Jeunes musiciens du monde, un organisme qui visent à favoriser le développement personnel d’enfants et d’adolescents issus de milieux à risque au moyen d’activités musicales offertes gratuitement.

► Pour s’inscrire ou faire un don, rendez-vous ici : www.jedonneenligne.org/jeunesmusiciensdumonde/campagne/DefiKayak