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Réseau routier: la danse des souris

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Notre dossier sur l’état du réseau routier québécois délie les langues et fait émerger un portrait global.

Comme le résume un lecteur, nous avons trois problèmes criants.

Diagnostic

Le premier problème est que le devis n’est pas assez exigeant en termes de qualité.

Le devis, c’est l’accord sur les spécifications techniques et sur le coût conclu entre le donneur d’ouvrage et celui qui fera le boulot.

Ce dernier construit « cheap » parce qu’on ne lui en demande pas davantage.

Le second problème est que la réalisation des travaux est peu surveillée, ou est surtout surveillée... par celui qui fait l’ouvrage.

Devinez quoi : il risque fort de trouver que tout est « ben correct ».

Non seulement on lui permet de construire « cheap », mais comme il est peu ou pas surveillé, il coupera les coins ronds pour empocher la différence entre le coût officiel et le coût réel.

Le troisième problème est qu’on entretient trop peu. Chez vous, vous nettoyez les gouttières et vous refaites occasionnellement la toiture, non ?

L’entretien est négligé depuis si longtemps que, comme le montrait l’article de Marc-André Gagnon dans notre édition d’hier, nous nous sommes collectivement piégés.

On priorise les réparations sur les routes en plus mauvais état. On laisse ainsi se détériorer plus vite les routes en bon état.

Pendant qu’on fait passer les premières de minables à médiocres, on laisse les secondes passer de correctes à médiocres.

En bout de course, l’ensemble du réseau oscille entre le médiocre et le minable.

Tout cela confirme le vieil adage : « cheap is expensive ». L’aubaine à court terme est un piège à long terme.

La politique du plus bas soumissionnaire est une pilule empoisonnée.

Le prix devrait être un des critères dans une approche plus globale et totalement repensée.

Certaines anecdotes donnent envie de rire pour ne pas pleurer.

Vous avez connu ces jeunes Français qui débarquent chez nous émerveillés, les yeux ronds, la tête remplie de mythes pittoresques sur « l’Amérique ».

Il leur faut quelques jours pour réaliser que nos autochtones roulent maintenant en Ford F-150 et que le Québécois ordinaire n’est plus un coureur des bois.

Un lecteur me raconte qu’il va chercher un groupe de jeunes Français à l’aéroport.

Sur le chemin du retour, un jeune pensait que les soubresauts systématiques sur l’autoroute étaient des ralentisseurs de vitesse, des dos-d’âne installés délibérément.

Pour parler à la française, « le mec trouvait ça vachement cool » ! Très « civique » !

Imputabilité

Les trois problèmes identifiés plus haut sont cependant les conséquences d’un problème plus fondamental, souterrain en quelque sorte, qui les relie.

Pourquoi est-on si peu exigeant, si peu surveillant et si peu prévenant ?

Parce qu’il n’y a pas de prix à payer, pas de conséquences négatives pour ceux qui sont théoriquement responsables.

Un devis bancal ? Pas de conséquences. Un travail bâclé ? Pas de conséquences. Un entretien négligé ? Pas de conséquences.

Quand le chat est parti, les souris dansent...