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C’est le début de la fin pour les Rays

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Photo d'archives Les Rays de Tampa Bay ont une excellente équipe, mais les gradins sont vides.

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Partons du commencement. L’idée d’un partenariat entre Tampa et Montréal pour la garde des Rays n’est pas à l’état de projet. D’un côté comme de l’autre, on tient le même langage. Que ce soit Stuart Sternberg à Tampa ou Stephen Bronfman à Montréal, les deux hommes d’affaires ont dit par communiqué que le concept mérite d’être exploré.

Et vous, chers amateurs de baseball québécois qui souhaitez le retour d’une équipe des ligues majeures, pensez-vous que ç’a du sens ?

Pensez-vous que ça pourrait fonctionner ?

Enfin, la question la plus importante.

L’idée vous plaît-elle ?

À ces trois questions, je réponds non.

Première étape à un retour

Je crois plutôt qu’il s’agit d’une première étape qui va conduire à la renaissance d’une équipe à temps plein à Montréal. Pas une équipe à temps partiel. C’est le début de la fin pour les Rays.

L’histoire des Rays fait penser aux dernières années des Expos. C’est un roman-savon rempli de bouleversements et de jeux de coulisses.

Lorsque Jeffrey Loria et son homme de main Dave Samson ont terminé leur travail de destruction avec les Expos, ils sont partis avec 120 millions $ dans les poches, qu’ils ont utilisés pour acheter les Marlins.

Les Expos sont tombés sous la tutelle des 29 autres équipes de la MLB, qui, pendant deux ans, ont payé les factures avant de trouver des investisseurs intéressés à Washington.

La dernière saison (2004) avait été pathétique. L’équipe ne valait pas un clou et la population ne voulait plus rien savoir. L’assistance moyenne aux 80 matchs présentés au Stade olympique fut de 9 369 spectateurs.

C’était pire encore que ce qu’on observe chez les Rays actuellement. Leur moyenne d’assistance s’élève à 14 545 spectateurs.

Une bonne équipe qui n’attire pas

Pourtant, ils forment une bien meilleure équipe que les Expos de 2004. Ça ne se compare même pas.

Avant d’affronter les A’s d’Oakland hier soir, les Rays présentaient une fiche de 12 matchs supérieure à ,500. Ils n’étaient qu’à trois matchs et demi des meneurs de la division est de la Ligue américaine, les Yankees de New York, avec leur formation bondée de joueurs vedettes.

À Montréal, on s’excitait le poil des jambes quand il y avait au moins apparence de course au championnat.

Revenons à notre point de départ.

Iriez-vous voir les Rays en sachant qu’ils ne seraient pas tout à fait votre équipe ?

Comment appellerait-on cette équipe hybride ?

Quel surnom porterait-elle ?

Des gens suggèrent le prénom ExRays dans les réseaux sociaux. Il y en a encore qui ont un beau sens de l’humour.

Questions complexes

Mais ce n’est qu’une question banale dans la situation qui nous intéresse. Le partage des Rays plongerait les copropriétaires de la concession et le baseball majeur dans une position qui soulèverait un tas de questions sur le plan logistique.

Ainsi, les Rays projettent toujours d’avoir un nouveau stade. Comment arriveraient-ils à trouver le financement qui leur manquerait pour la construction d’un stade qui ne servirait que pour une quarantaine de matchs au lieu de 81 ?

La même question se pose pour le Groupe de Montréal. Le groupe d’investisseurs dirigé par Stephen Bronfman serait-il prêt à bâtir un stade au bassin Peel en sachant qu’il irait chercher moins de revenus ?

Les joueurs diraient non

Parlons des joueurs.

Seraient-ils ouverts à partager leur emploi entre deux villes qui sont loin d’être à proximité ? Tampa, ce n’est pas comme si c’était à Laval.

Les joueurs devraient payer des impôts aux deux endroits. Un ancien lanceur, Brad Ziegler, qui a joué dans les majeures de 2008 à l’an dernier et qui fut représentant syndical des joueurs, a émis son opinion sur le sujet sur Twitter.

« Pour un joueur, partager sa saison dans deux villes pour la même équipe serait un cauchemar. Ça voudrait dire qu’il lui faudrait potentiellement déménager sa famille aller-retour, trouver des pédiatres, des médecins et des vétérinaires dans deux villes, payer des loyers dans deux villes, et ce, même si on n’y est pas dans l’une. Non merci. »

Quand on connaît la force de l’Association des joueurs des ligues majeures, il y a lieu de penser qu’elle ferait tout en son pouvoir pour que l’idée ne devienne pas réalité.

Toronto n’a pas voulu des Bills

Ça ne fait pas professionnel ni majeur d’une ligue dont ce mot figure dans sa raison sociale.

L’expérience n’a jamais été tentée non plus. Il y a bien eu des équipes qui ont disputé des matchs locaux dans d’autres villes. Mais jamais sur une base permanente et dans un contexte où l’organisation impliquée appartenait à un propriétaire dans chaque ville.

De 2008 à 2012, les Bills de Buffalo ont disputé sept matchs au Rogers Centre, à Toronto. On pensait bien que l’expérience serait un succès. Les amateurs de la NFL de Toronto, de Hamilton et des villes de la péninsule du Niagara se rendaient en grand nombre aux rencontres locales des Bills. Le trajet se fait en 1 h 45 en voiture.

La présentation de matchs des Bills à Toronto n’a toutefois pas eu les résultats escomptés. Au début, il devait y avoir huit rencontres, mais le calendrier a été réduit à sept. Les amateurs aimaient aller à Buffalo pour le plaisir d’assister à des matchs de la NFL, mais ils ne s’identifiaient pas nécessairement aux Bills. Il y avait des partisans des Patriots de la Nouvelle-Angleterre, des Giants de

New York ou de plusieurs autres équipes.

Aller à Buffalo était une journée de plaisir. C’était le tailgate party dans le stationnement du stade qui est situé en banlieue. Le Rogers Centre étant dans un milieu urbain, ce n’est pas possible.

Mais le plus gros point était que les Torontois ne voyaient pas les Bills comme leur équipe.

Ce serait la même chose avec les Rays à Montréal. Le Canadien est l’équipe des Montréalais. On tape dessus à qui mieux mieux, mais le CH fait partie de notre ADN.

Ça ne pourra pas être différent pour les Expos.