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Dramatique, la survie des Petits Chanteurs du Mont-Royal

Periode des questions
Photo Simon Clark

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Plusieurs articles et opinions ont été récemment consacrés aux Petits Chanteurs du Mont-Royal dans Le Devoir, comme celui-ci : « La survie des Petits Chanteurs compromise » (Le Devoir, 26 mars 2019).  

Avant de penser à la supposée survie de ces 200 aimables Petits Chanteurs du Mont-Royal, commençons à penser à la survie de nos systèmes de santé et d’éducation publics.   

Comme le titre le dit, leur survie est menacée si la Commission scolaire de Montréal (CSDM) met simplement fin à une iniquité flagrante et coupe court à leurs privilèges et vaches sacrées qui ont trop longtemps duré. Gros passe-droit octroyé à ces 200 petits chanteurs, dans le sens que c’est la CSDM qui doit obligatoirement prendre des montants d’argent à même son budget de financement des écoles secondaires publiques, déjà limité, et payer des milliers de dollars chaque année au Collège privé Notre-Dame. La CSDM offre aux 200 Petits Chanteurs un programme particulier en chant choral à l’école publique, mais ils ont opposé une fin de non-recevoir à cette offre jugée inacceptable et presque vexatoire. Nos Petits Chanteurs, leurs parents et le président de leur conseil d’administration tiennent à continuer à fréquenter l’école privée sur notre bras. Une chance que le ridicule ne tue pas! Et dire que l’on fait tout un plat avec ça...  

La puissante école privée dicte ses conditions  

Je dis « bravo » à la présidente de la CSDM, madame Catherine Harel-Bourdon, de vouloir mettre fin à cette patente qui a trop longtemps trainé. Il était grand temps. C’est drôle, le Parti libéral du Québec, dans sa quête effrénée et maladive d’appliquer des mesures d’austérité, a coupé des milliards de dollars dans les services de santé et d’éducation, mais pas une cenne dans les énormes subventions aux écoles privées et encore moins aux accommodements publics faits aux Petits Chanteurs du Mont-Royal.

Beaux exemples de démocratie et d’égalité des chances  

L’école privée n’a de privé que le nom : « Les écoles privées financées à 75 % par l’État révèle un comité » (La Presse, 12 juin 2014). Et plus de 75 % si on ajoute les fondations privées de ces écoles dont les dons et les contributions sont déductibles d’impôt. En gros, ça veut dire que ce sont les parents qui « daignent » envoyer leurs enfants à l’école publique que subventionnent les autres parents qui choisissent l’école privée pour leur progéniture. Le Québec est peut-être moins riche que les autres provinces canadiennes, mais c’est lui qui subventionne le plus l’école privée. L’Ontario ne verse aucune subvention aux écoles privées. Je ne suis pas contre l’école privée, je suis radicalement contre les subventions publiques aux écoles, cliniques et hôpitaux qui se prétendent « privés » même s’ils sont financés abondamment par des fonds publics. En Ontario, seulement 5 % des élèves fréquentent l’école secondaire privée contre 20 % au Québec. Et : « Six fois moins d’élèves défavorisés dans les écoles privées du Québec » (Journal de Québec, 9 septembre 2018). C’est comme pour la santé dite privée : on « dump » les cas problématiques et coûteux au public.   

Beaux exemples d’égalité des chances, de liberté et de démocratie que ce financement public massif des écoles privées par nos élus quand l’on sait que : « Près de 75 % des Québécois contre le financement public des écoles privées » (TVA Nouvelles, 30 janvier 2018). Deux questions : Des politiciens au service de qui? La priorité est donnée à l’intérêt général ou à l’intérêt particulier?  

Le ministre de l’Éducation s’en mêle et s’emmêle  

« Les Petits Chanteurs, un “joyau” aux yeux de Roberge. Le ministre caquiste de l’Éducation invite la CSDM à plus de flexibilité » (Le Devoir, 23 mai 2019). Belle neutralité de Jean-François Roberge qui affuble nos 200 Petits Chanteurs, qui nous coûtent cher, de rien de moins que de « joyau » et qui demande à la présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM) de faire preuve de plus de « flexibilité » dans le sens de continuer à financier, à l’aide de fonds publics, les Petits Chanteurs pour qu’ils conservent leurs « droits » de fréquenter l’école privée, quitte à couper dans les fonds alloués à l’école publique.   

Tant qu’à y être, pourquoi ne pas lancer une initiative humaniste de type « GoFundMe » pour les Petits Chanteurs ou de créer à leur nom un organisme de bienfaisance qui ferait que les dons des bienfaiteurs seraient déductibles d’impôts? Que de débats futiles pour seulement mettre fin à une iniquité en faveur de privilégiés de la société!   

Avant de privilégier les privilégiés  

Avant de penser à ce qu’il se lancer à l’aide inutile et superflue aux Petits Chanteurs, il me semble que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, il me semble qu’à ce titre, il devrait avoir les priorités à la bonne place. À titre d’exemple :  

- « Des élèves se font couper les vivres. Dix écoles de l’Île de Montréal perdront l’aide alimentaire aux enfants dont les parents ont un faible revenu » (Le Journal de Montréal, 29 mars 2019);  

Je mets au défi la CAQ de mener un sondage sérieux auprès de la population ou de tenir un référendum afin de savoir si la population est favorable à maintenir les privilèges accordés à ce « joyau » que sont les Petits Chanteurs du Mont-Royal. Plus facile de « moderniser » le monde ordinaire afin de les sortir de leur « immobilisme » et de bûcher dans leurs services publics que de s’attaquer aux vaches sacrées, comme les paradis fiscaux, de l’élite et de sa progéniture.