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Des belles routes avant un 3e lien

Ponts
Photo d'archives, Simon Clark Une vue du pont Laporte et du pont de Québec.

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Les Québécois s’entendent là-dessus et en ont assez de cette situation : les routes québécoises sont mal construites et mal entretenues.

Or, il y a un élément de notre dossier « Nos routes en déroute » qui a été très peu repris par les différents intervenants. C’est qu’avec 8 millions d’habitants et 31 000 km de routes, seulement pour le réseau provincial, les Québécois en ont déjà beaucoup sur les épaules.

Nous avons un kilomètre de route pour 270 personnes. En comparaison, en Ontario, c’est 700. En Europe, ça peut aller autour de 4000.

Pourtant, beaucoup de gens réclament qu’on augmente ce fardeau.

Coûteux

Dans la région de la Capitale-Nationale, proche du pouvoir et électoralement importante, nous avons les routes qui sont dans le meilleur état de tout le Québec, selon les informations du Journal. La population réclame néanmoins la construction d’un tunnel entre Québec et Lévis.

On spécule sur les coûts, évalués à 4 milliards par une étude récente, mais on insiste peu sur ce qu’il en coûterait pour entretenir ce fameux troisième lien.

Vingt-trois millions par année, dont 10 pour l’opération de la structure et 13 pour le maintien de l’actif. En dollars d’aujourd’hui.

Mais bon, à en juger par la priorité absolue accordée à ce projet par François Legault, qui admet pourtant que nos routes sont en mauvais état, il paraît qu’on en a les moyens.

Contradictoires

Les gens veulent souvent des choses qui sont contradictoires. Les contribuables voudraient payer moins d’impôts et sont inquiets de la dette, mais ils veulent aussi plus de routes.

À un moment donné, quelqu’un finit par payer et c’est généralement ceux qui en sont écœurés.

Ça fait par ailleurs partie des coûts de l’étalement urbain, que plusieurs s’obstinent à voir comme du simple développement économique. Les gens s’éloignent des centres pour avoir des terrains moins chers et réclament ensuite qu’on leur amène l’aqueduc, l’électricité, une nouvelle école, un aréna et évidemment des routes qu’il faudra déneiger et réparer. Nous finançons collectivement le droit individuel d’avoir une cour.

Et on ne parle même pas encore de l’empreinte environnementale de cet anti-aménagement du territoire. Ne serait-ce que pour des raisons économiques, ce n’est pas soutenable.

Responsable

Le gouvernement de la CAQ se dit fiscalement rigoureux, soucieux de l’intérêt du contribuable et désireux de lutter contre les changements climatiques.

En conséquence, l’attitude responsable à adopter serait d’annoncer un moratoire sur le développement de tout nouveau lien routier tant que les routes déjà existantes n’auront pas été remises à niveau.

Et, oui, ça vaut pour le troisième lien aussi.

De nombreux projets

Le premier budget de la CAQ a fait passer de 69 % à 73 % la part du Plan québécois des infrastructures consacrées au maintien et au développement du réseau routier, le reste allant au transport en commun.

Oubliez donc le traité de Paris, la prétendue guerre à l’auto ou la simple logique économique. La construction de nouvelles routes qu’il faudra éventuellement entretenir ne recule pas au Québec. Elle avance.

À venir

Ainsi, en cours de réalisation, on est en train d’élargir l’autoroute Henri-IV, toujours à Québec, qui continuera de mener au même pont déjà congestionné. On est également en train de prolonger la 35 vers la frontière américaine.

En planification, il y a le prolongement de l’autoroute 70 entre La Baie et Grande-Anse, un très court segment. On compte également élargir la 20 à Lévis et prolonger la 19 entre la 440 et la 640, des mesures confirmées dans le dernier budget. Il y a aussi la réfection des ponts Pierre-Laporte et Honoré-Mercier et du pont-tunnel Louis-Hyppolite-La Fontaine. Et, évidemment, le fameux 3e lien.

À l’étude, on parle depuis des années de développer la 170 et la 169 de Saint-Bruno à Alma. On doit refaire le tablier du pont de Québec. On parle également d’élargir la 30 entre la 10 et la 20 sur la Rive-Sud de Montréal. On prévoit aussi une intervention sur la 13, annoncée également dans le dernier budget.

On envisage aussi un pont entre Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac au-dessus du Saguenay, mais ce n’est pas demain la veille que ça se fera, si vous voulez mon avis. Dans le même esprit, on entend dire que le prolongement de la 138 sur la Haute-Côte-Nord est au ballotage, et le prolongement de la 20 vers Rimouski est dans les limbes.

Plus d’étalement urbain

Notre approche du développement de notre réseau routier et de l’aménagement de notre territoire vise moins son occupation qu’un étalement urbain, qui prend l’allure d’un trou sans fond.

Vivement qu’on change de stratégie, parce qu’on n’a pas fini de payer et d’avoir des routes médiocres.