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Lutte au décrochage: l'incroyable tour de force d'une commission scolaire

Le taux d’abandon dans Charlevoix était trois fois plus élevé il y a quelques années

Lutte au décrochage: l'incroyable tour de force d'une commission scolaire
Photo JEAN-FRANCOIS DESGAGNES

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En cette fin d’année scolaire, la petite Commission scolaire de Charlevoix peut bomber le torse : ses élèves seront nombreux à obtenir leur diplôme puisque son taux de décrochage est maintenant le plus bas de la province, alors qu’il était trois fois plus élevé il y a cinq ans seulement.

Une équipe qui analyse régulièrement les résultats des élèves, afin d’intervenir rapidement auprès de ceux qui risquent d’échouer. Des membres du personnel dévoués envers leurs élèves, qu’ils suivent à la trace. Et l’implication de partenaires de la communauté, mobilisés autour d’un même objectif.

Voilà en quelques mots les ingrédients-clés du succès de la Commission scolaire de Charlevoix, selon sa directrice générale, Martine Vallée.

Comme une famille

Des élèves et des membres du personnel du Centre éducatif Saint-Aubin, à Baie-Saint-Paul, ont pu en témoigner un peu plus tôt cette semaine, lors du passage du Journal dans cette école secondaire de 460 élèves.

«Les profs sont tous là pour nous autres, je me sens ici comme si j’étais entouré de ma famille», lance Michel, un élève de cinquième secondaire qui a travaillé très fort pour terminer son secondaire.

Isabel Bhérer.
Enseignante
Photo JEAN-FRANCOIS DESGAGNES
Isabel Bhérer. Enseignante

«Ce sont les élèves de tout le monde. Jamais un prof ne va refuser un élève en récupération, même si ce n’est pas son élève», affirme l’enseignante de français, Isabel Bhérer.

Dans cette école, les enseignants ne comptent pas leurs heures, et les coups de fil aux parents sont fréquents, raconte la directrice, Chantale DeBlois. «J’ai moi-même enseigné à peu près à tous les parents, alors c’est sûr que ça facilite la relation», lance Mme Bhérer en riant.

Un élève qui décide de lâcher l’école aura aussi droit à plusieurs appels de la conseillère en orientation, Mélanie Buteau, reconnue pour sa ténacité.

À la fin de l’année, Mme Buteau appelle un à un les élèves qui sont en échec pour les inciter à s’inscrire à un cours d’été ou à un examen de reprise. Elle ne raccroche pas avant d’avoir trouvé une solution, explique-t-elle.

Un travail d’équipe

Les acteurs du réseau scolaire peuvent aussi compter sur une précieuse collaboration avec les intervenants régionaux, réunis depuis plusieurs années autour d’une même table et portant un seul objectif : augmenter la réussite scolaire.

Les étudiants Gabriel Martin-Horik, Dina Boivin-Tremblay, Michel Lachance, Michel Kamel, Alexandra Vigneault et Julie Desmeules au Centre éducatif Saint-Aubin, dans Charlevoix, lundi dernier.
Photo JEAN-FRANCOIS DESGAGNES
Les étudiants Gabriel Martin-Horik, Dina Boivin-Tremblay, Michel Lachance, Michel Kamel, Alexandra Vigneault et Julie Desmeules au Centre éducatif Saint-Aubin, dans Charlevoix, lundi dernier.

Des intervenants de Maisons des jeunes sont notamment présents dans les écoles secondaires de la région, ce qui permet aux jeunes d’avoir accès à davantage de ressources pour leur venir en aide.

«C’est un travail collectif, dit Mme Vallée. Nos jeunes sont à l’école 180 jours par année, mais ils sont aussi ailleurs pendant 185 jours.»

Commission scolaire de Charlevoix

Taux de décrochage

  • Juin 2012: 14,6 %
  • Juin 2017: 4,4 %

La moyenne provinciale est de 15,1 % pour le réseau public en 2017

La directrice va chercher un élève pour qu’il passe son examen

Au Centre éducatif Saint-Aubin, le personnel est prêt à tout pour faire réussir les élèves. L’an dernier, la directrice est même allée chercher un élève à la maison pour le ramener à l’école, afin qu’il fasse son examen de fin d’année en mathématique.

Le père de l’élève avait laissé un message à l’école pour dire que son fils serait absent ce jour-là, sans savoir qu’il avait un examen ministériel à passer.

Connaissant le potentiel de l’élève malgré son manque de motivation, la directrice Chantal DeBlois n’a pas hésité à sauter dans sa voiture. «Je suis partie et je suis allée le chercher à la maison. Je l’ai ramené, je l’ai assis à son examen et il est allé chercher 80 %. Si je ne l’avais pas fait, il aurait été en échec», raconte-t-elle.

La directrice a aussi fait des pieds et des mains pour entrer en contact avec une autre élève qui ne s’était pas présentée à son épreuve ministérielle d’anglais. Incapable de la joindre à la maison, par téléphone, elle a demandé à sa fille du même âge de contacter l’élève sur Facebook, pour lui dire de l’appeler.

L’élève a contacté la directrice, qui l’a convaincue de se présenter à son examen, qu’elle a réussi.

En plus d’être tenace et de croire au potentiel des élèves, le personnel du Centre éducatif Saint-Aubin a développé il y a plusieurs années une alternative au secteur régulier qui permet à des jeunes démotivés de réussir : l’unité de rattrapage.

Formule rare

Il s’agit d’une formule plutôt rare dans le réseau scolaire, qui permet à une vingtaine d’élèves de progresser à leur rythme dans les matières de base. Ce parcours individualisé s’apparente à la formule en place à l’éducation aux adultes, mais avec tout l’encadrement que peut offrir une école secondaire régulière. Pour des élèves, ce programme fait de «petits miracles», grâce à des enseignants dévoués qui ont à cœur la réussite de leur école, affirme Mme DeBlois.

Trois exemples de persévérance du Centre éducatif Saint-Aubin

Alexandra Vigneault, 16 ans

Alexandra a lâché l’école cet hiver, pendant deux mois, alors qu’elle était en quatrième secondaire.

«Je voulais faire un DEP [diplôme d’études professionnelles] pour être préposée aux bénéficiaires et j’avais mon secondaire trois, c’est tout ce que ça me prenait», raconte-t-elle.

Mais les appels reçus à la maison par une intervenante de l’école et la directrice ont réussi à la faire changer d’idée.

Puisqu’elle avait accumulé du retard pendant cette longue pause, Alexandra craignait d’échouer son année si elle était revenue au régulier.

Elle a été admise dans une classe spéciale appelée «unité de rattrapage» (voir autre texte), qui lui a permis de reprendre ses études à son rythme.

La jeune fille a pu rattraper son retard et réussir son année scolaire.

Elle réintégrera le secteur régulier l’an prochain et compte bien obtenir son diplôme d’études secondaires «pour avoir plus d’options» de choix de carrière.

Michel Lachance, 17 ans

«Dans ma carrière, qui est assez longue, j’ai rarement vu un élève avec autant de détermination à réussir [à obtenir] son diplôme», lance l’enseignante de français Isabel Bhérer.

Au cours de la dernière année, Michel Lachance a passé quatre midis sur cinq en récupération, en plus d’être un habitué des séances d’aide aux devoirs après l’école.

«Là où j’ai vraiment de la misère, c’est le français. Je ne comprends pas. J’ai pas le choix de faire de l’aide aux devoirs et d’aller en récupération presque tous les jours, sinon je ne réussis pas», affirme le jeune homme.

Même s’il commencera bientôt un diplôme d’études professionnelles qui nécessite d’avoir complété sa quatrième secondaire, Michel tenait mordicus à obtenir son diplôme.

«Dans la vie, je suis fier de ce que je fais et c’est une fierté pour moi d’avoir mon secondaire 5. Je suis content de tous les efforts que j’ai faits», lance-t-il.

Julie Desmeules, 17 ans

Julie ne l’a jamais eu facile à l’école. Elle a commencé son secondaire dans une classe d’adaptation scolaire, puisqu’elle n’avait pas les acquis du primaire en français et en mathématique.

Elle a donc dû faire une année de «mise à niveau» avant de commencer sa première secondaire au régulier.

En secondaire trois, elle cumulait les échecs et les absences, parce que la motivation n’y était plus.

Cette année, Julie a intégré l’unité de rattrapage, qui a fait toute la différence.

La jeune fille a terminé deux années en une, en réussissant son français et ses mathématiques de troisième et de quatrième secondaire. Elle espère bien terminer son secondaire l’an prochain.

«C’est extraordinaire comme parcours», lance la directrice, Chantal DeBlois.