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[PHOTOS] Voici 10 épisodes de la Saint-Jean-Baptiste à Québec au fil du temps

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Depuis la nuit des temps, on a toujours célébré le solstice d'été, le jour le plus long de l'année. Par une pirouette religieuse, cette fête est devenue celle de saint Jean-Baptiste, puis chez-nous, celle des Canadiens-français et finalement des Québécois. Voici l'histoire de la Saint-Jean-Baptiste en 10 épisodes.  

1. Le solstice d'été   

Feu de la fête nationale sur les plaines d'Abraham
Photo d'archives, Le Journal
Feu de la fête nationale sur les plaines d'Abraham

Depuis des temps immémoriaux, aussi loin que l'Antiquité et dans toutes les contrées, les hommes et les femmes de toutes les civilisations ont fêté le solstice d'été, le 21 juin, le jour le plus long de l'année.    

Curieusement, pour souligner l'événement, tous allumaient un grand feu sur une colline ou en bordure de la mer.    

Au IVe siècle, l'Église récupère cette fête païenne et la dédie à saint Jean-Baptiste dont la fête est le 24 juin. La célébration sera dès lors commémorée par une messe, mais le feu fera toujours partie de la fête.   

2. La Saint-Jean en Nouvelle-France   

Le gouverneur Charles Huault de Montmagny
Photo d'archives de la Ville de Montréal
Le gouverneur Charles Huault de Montmagny

Les pionniers de la Nouvelle-France apportent avec eux la coutume de la Saint-Jean-Baptiste.    

La plus ancienne mention d'une célébration de cette fête chez nous provient des Relations des Jésuites.    

Le père Lejeune y raconte qu'en 1636, à Québec, le 23 juin au soir, le gouverneur Montmagny invite la population à un grand feu.    

Après la bénédiction du bucher, il l'enflamme. Suivent cinq coups de canon et quelques salves de mousquet.    

Une tradition venait de naître.   

3. La baignade   

Plage du Foulon vers 1945
Photo Collection initiale, BAnQ
Plage du Foulon vers 1945

Outre le feu, la baignade faisait également partie de la fête.    

Autrefois, on accordait à «l'eau de Pâques» et à la première pluie de mai des vertus curatives. Il en était ainsi pour l'eau de la Saint-Jean-Baptiste.    

Ce matin-là, on se jetait à l'eau courante pour s'y baigner. Elle guérissait les baigneurs de tous leurs maux et leur assurait la santé pour l'année à venir.    

C'est de cette pratique qu'est née la tradition de l'ouverture de la saison de la baignade le 24 juin.    

Les plus vieux se souviendront qu'anciennement, beau temps, mauvais temps, c'est à la Saint-Jean-Baptiste qu'on pouvait enfin commencer à se baigner.   

4. La fête des Canadiens-français   

Ludger Duvernay
Photo BAnQ
Ludger Duvernay

En 1624, les Récollets désignaient saint Joseph comme saint patron du Canada.    

Néanmoins, le 24 juin 1834, Ludger Duvernay, journaliste du journal La Minerve, organisait à Montréal un grand banquet pour fêter la Saint-Jean-Baptiste.    

À cette occasion, il décrétait que dorénavant, ce jour serait la fête des Canadiens-français. Il ne voulait pas être en reste avec le St. George des Anglais, le St. Patrick des Irlandais, le St. Andrew des Écossais et le St. David des Gallois.    

Il faudra attendre jusqu'en 1925 avant que le gouvernement ne fasse de cette fête un jour férié. Malgré tout, la Saint-Jean demeurait essentiellement une fête religieuse.    

Ce n'est qu'en 1977, dans la foulée de l'élection du Parti québécois, que par un arrêté ministériel du premier ministre René Lévesque, le gouvernement faisait du 24 juin la fête nationale du Québec.   

5. Les défilés   

Défilé de la Saint-Jean-Baptiste de 1892, char allégorique représentant la Société des Ouvriers Travaillant le Bois
Photo fonds Philippe Gingras, BAnQ
Défilé de la Saint-Jean-Baptiste de 1892, char allégorique représentant la Société des Ouvriers Travaillant le Bois

Dès que les Canadiens-français auront leur fête, les festivités populaires seront élargies.    

En effet, autour de la célébration d'une messe et de la tradition du bucher s'ajouteront les pique-niques et surtout les grands défilés.    

Les rues sont d'abord décorées de drapeaux, de sapins, d'arcs de triomphe et de lanternes et les gens y paradent joyeusement.    

Par la suite, dans les années 1870, apparaissent les chars allégoriques.    

Il s'agissait de voitures tirées par des chevaux et décorées pour représenter diverses scènes historiques ou de la vie quotidienne.    

Plusieurs de ces chars étaient commandités par des regroupements de métiers qui mettaient en valeur «leur art».    

Avec le temps, des dignitaires prendront part à l'événement, question de bien se mettre en évidence pour être associés à cette fièvre patriotique momentanée.   

6. Le petit saint Jean-Baptiste   

Défilé de la Saint-Jean-Baptiste de 1930, Limoilou
Photo WB Edwards, fonds Michel Lessard, BAnQ
Défilé de la Saint-Jean-Baptiste de 1930, Limoilou

Le défilé du 24 juin aurait pu être associé à n'importe quelle fête. Il fallait donc la personnaliser.    

C'est ainsi que dans les années 1880, un petit saint Jean-Baptiste y fait son apparition.    

Il s'agissait d'un enfant choisi à titre de récompense, souvent le fils d'un notable. Il prenait place dans un char qui lui était dédié et particulièrement bien décoré. Il devenait le héros de la fête, le clou du défilé.    

On choisissait généralement un enfant aux cheveux bouclés qu'on enveloppait dans une peau de mouton blanc. Il prenait les airs d'un chérubin, d'un agneau immaculé.    

Dans les années 1950, le chanteur Robert Charlebois a incarné le petit saint Jean-Baptiste dans un défilé montréalais. Il faut dire qu'il avait la tête de l'emploi.   

7. Une fête patriotique   

Célébration de la Saint-Jean-Baptiste à la place Jacques-Cartier en 1933
Photo WB Edwards, fonds Michel Lessard, BAnQ
Célébration de la Saint-Jean-Baptiste à la place Jacques-Cartier en 1933

Au-delà de la fête religieuse, la Saint-Jean-Baptiste était devenue une fête patriotique.    

Plusieurs orateurs en profitaient pour prononcer de grands discours vantant les mérites de la patrie.    

La célébration devenait l'occasion de grands rassemblements où les membres de toutes sortes de groupes et d'associations pouvaient revêtir leurs plus beaux atours.    

Ils étaient souvent associés à l'Église, tels les Zouaves pontificaux, les scouts ou des membres des gardes paroissiales. Le patriotisme devenait parfois ambigu.    

Ainsi, dans les années 1930, alors qu'on célébrait le cousin de Jésus, on se rassemblait dans le quartier Saint-Roch pour déposer des couronnes de fleurs au pied du monument de... Jacques Cartier.   

8. Une fête malgré tout religieuse   

Vue aérienne du Congrès eucharistique sur les plaines d'Abraham, 1938
Photo CCBN
Vue aérienne du Congrès eucharistique sur les plaines d'Abraham, 1938

Dès l'Antiquité, l'Église avait fait de la fête du solstice d'été une célébration religieuse.    

Néanmoins, elle n'en avait pas le monopole et cela pouvait parfois agacer les membres du haut clergé. Lorsqu'elle en avait l'occasion, elle tentait de redevenir le centre d'attention.    

Ainsi, en 1938, la ville de Québec est l'hôtesse d'un important congrès eucharistique qui se tient du 22 au 26 juin.    

Le moment fort du rassemblement a lieu dans la nuit du 23 au 24 juin alors qu'une messe de minuit est célébrée sur les plaines d'Abraham, sur l'actuel terrain des sports.    

Pour l'occasion, on avait construit un gigantesque reposoir.    

On estime que 100 000 personnes s'étaient déplacées pour assister à cette célébration eucharistique durant laquelle on avait rappelé aux fidèles que le patriotisme devait être avant tout profondément chrétien.    

On rappelait ainsi les brebis, comprendre les fêtards païens, à l'ordre.   

9. La fête du drapeau   

Défilé de la Saint-Jean-Baptiste en 1940, Saint-Pascal-de-Maizerets
Photo SHQ
Défilé de la Saint-Jean-Baptiste en 1940, Saint-Pascal-de-Maizerets

Le 21 janvier 1948, le gouvernement de Maurice Duplessis adopte officiellement le fleurdelisé comme drapeau national de la province de Québec.    

Ce jour-là, il était hissé pour la première fois au mât de la tour Jacques-Cartier de l'Hôtel du Parlement.    

Lors de la Saint-Jean-Baptiste qui suit, on assiste pour la première fois à des déploiements de drapeaux et à leur bénédiction. La température est toutefois inclémente.    

L'année suivante, on veut souligner l'adoption récente du nouveau drapeau provincial et il est à l'honneur lors du défilé qui traverse le quartier Saint-Pascal.    

Aujourd'hui, on ne pourrait pas imaginer une fête nationale sans le fleurdelisé.   

10. Les festivités sur les Plaines   

Claude Léveillée, Yvon Deschamps, Jean-Pierre Ferland, Gilles Vigneault et Robert Charlebois au spectacle 1 fois 5, le 21 juin 1976, au parc du Bois-de-Coulonge
Photo d'archives, Le Journal
Claude Léveillée, Yvon Deschamps, Jean-Pierre Ferland, Gilles Vigneault et Robert Charlebois au spectacle 1 fois 5, le 21 juin 1976, au parc du Bois-de-Coulonge

En 1976, inspirés par une ardeur nationaliste particulièrement enthousiaste quelques mois avant l'élection du Parti québécois, les organisateurs des festivités de la Saint-Jean organisent un grand spectacle (1 fois 5).    

Il a lieu au Bois-de-Coulonge le 21 juin et sur le Mont-Royal le 24.    

Probablement inspiré du grand spectacle de la Superfrancofête (J'ai vu le loup, le renard, le lion) présenté sur les Plaines deux ans auparavant, il réunit Robert Charlebois, Gilles Vigneault, Claude Léveillée, Yvon Deschamps et Jean-Pierre Ferland.    

On estime à l'époque que 125 000 spectateurs s'étaient rendus au Bois-de-Coulonge.    

On ne le savait pas encore, mais on venait de lancer une tradition qui se poursuit encore aujourd'hui, soit celle d'un méga-spectacle présenté sur les plaines et auquel prennent part de nombreux artistes de renom.    

Bonne fête nationale!   

Un texte de Jean-François Caron, historien  

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