/opinion/blogs
Navigation

Les soins de fin de vie de l’Église Saint-Cœur-de-Marie

Les soins de fin de vie de l’Église Saint-Cœur-de-Marie
Photo d'archives

Coup d'oeil sur cet article

Bonjour,

Dans la santé, on parle d’euthanasie ou encore de soins de fin de vie ou soins palliatifs pour les êtres humains. En culture, on utilise les mêmes pratiques, mais on n’en parle pas beaucoup. Ainsi, plusieurs églises meurent tranquillement, comme celle de Saint-François d’Assise. Certaines prennent 12 ans avant de mourir, comme l’église Saint-Vincent-de-Paul. Le procédé est bien simple. Un promoteur achète l’église en question. Il ne la chauffe pas l’hiver, laisse des fenêtres ouvertes pour permettre au gel et autres éléments de faire leur œuvre sur le ciment, ou des ouvertures pour permettre à d’éventuels rôdeurs d’en briser l’intérieur. Pour des raisons de sécurité, on autorise la démolition de l’église tout en demandant de garder la façade. Et puis, on démolit. La façade reste un peu, puis encore en invoquant la sécurité, on la démolit. On a fait cela avec l’église SVDP.

On a fait quasiment la même chose avec la chapelle des Franciscaines située à proximité de Saint-Cœur-de-Marie; une des seules églises avec un dôme à Québec. Une réelle beauté intérieure, selon l’artiste chargé d’enlever tous les objets de valeur. Il ne reste que la façade, un peu comme un cadavre qu’on garde pour mieux voir ce que l’on a perdu. Le ministère de la Culture et des Communications (MCC) ne peut pas grand-chose. Il n’a pas de vision à long terme de l’aménagement de l’espace à proximité d’édifices intéressants, comme on l’a bien vu pour les grands domaines de Sillery. Il accompagne même les promoteurs dans le processus d’accaparement des domaines en leur expliquant comment faire pour assurer la construction d’énormes bâtiments de condos.

Le MCC sous Christine St-Pierre a donné 600 000$ pour la préservation de la tourelle de l’église SCDM, il y a plusieurs années. Comment se fait-il qu’aujourd’hui, on en demande la démolition totale? Quelle perte d’argent public! Comment le MCC peut-il se justifier? On ne peut sans doute sauver toutes les églises, car il y en a beaucoup. Mais a-t-on pensé aux reconversions, à la planification d’utilisations alternatives, à l’élaboration d’un plan général s’appliquant à toutes les églises? Une église n’est pas juste un bâtiment comme les autres. Il s’agit d’un endroit «sacré» dans l’aménagement; un lieu où l’on va, mais où on ne reste pas, un peu comme une bibliothèque, un cimetière, un théâtre, une école, un musée, etc. L’aménagement à cet endroit est particulier. On ne transforme pas cela bêtement en blocs à condos privés. L’espace est public et il a été pensé en fonction d’un usage public.

L’église SCDM est située au sommet de la Grande-Allée. Il s’agit donc d’une construction «phare» dans la ville, d’un point de repère. On pourrait en faire notamment, un musée, puisque le MNBAQ manque de place, malgré un nouveau pavillon.

Mais peut-être que la structure est trop abîmée. Tantôt les vibrations du trafic lourd, tantôt le risque d’un effondrement sur la côte d’Abraham, là, le gel par une faute de la Ville... Les excuses sont bonnes pour passer à l’euthanasie. Quelles seront celles que GM Construction invoquera pour l’église SFDA? Finis les soins de confort ou de fin de vie. Allez, on jette tout à terre et on passe à autre chose. Peu importe le style du bloc à condos, ce sera aussi plat que l’est l’Étoile. Et on ne gardera même pas de structure, de façade. Le promoteur sait compter et sait que si la façade est conservée, son entretien exigera des frais substantiels. Un autre attrait de la Grande-Allée disparaîtra et celle-ci deviendra plus morne encore. On a déjà démoli 2 églises (chapelle des Franciscaines et Saint-Patrick) pour de beaux condos, en oubliant Notre-Dame-du-Chemin, une immense église près du IGA sur le chemin Sainte-Foy, et une autre sur le terrain d’un centre d’hébergement à l’ouest du même IGA. Les touristes aiment sans doute voir des blocs à condos. Pas moi!

Demain, c’est la mise à mort de l’église SCDM. On ne débranche pas le respirateur, car toutes les administrations de l’État s’en sont désintéressées depuis longtemps. C’est un laissez-faire lent, parce que l’État, dans son plus haut lieu, est d’accord avec la disparition de cette église. C’est le dernier geste qui fait mal, la lame de la guillotine qui tombe, lorsqu’il devient évident à tous que l’église ne sera plus là, qu’on ne peut plus revenir en arrière. C’est la confirmation de ce que l’on savait tous un jour qui allait se produire. Comme des petits vieux qu’on parque dans les CHSLD, qui n’ont plus de vie, mais qui prennent 15 à 20 ans avant de l’officialiser.

Bonne soirée. Demain, je serai triste. Encore une fois...

Serge Routhier
Québec