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Le savoir-faire québécois à bon prix pour les Japonais

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Bombardier ne touchera pas plus de 170 millions de dollars américains pour céder un trésor du génie québécois, la gamme de jets régionaux CRJ, au géant japonais Mitsubishi.

C’est là l’impact net de la transaction sur le bilan financier de Bombardier, a calculé mardi l’analyste Benoit Poirier de Desjardins.

Le prix de vente est de 550 millions $ US, mais il faut en soustraire 400 millions $ US de passifs financiers que Bombardier devra assumer au cours des quatre prochaines années.

Il s’agit d’engagements que l’avionneur avait pris à l’égard d’acheteurs pour garantir la valeur résiduelle des appareils.

De son côté, Mitsubishi assumera pour 200 millions $ US de ces garanties. Mais l’entreprise de Tokyo recevra également la participation de Bombardier dans son « programme de titrisation d’avions régionaux », qui vaut 180 millions de dollars américains.

Finie, la production

La production du CRJ cessera à la fin de 2020, de sorte que les 400 travailleurs affectés à l’assemblage des avions perdront leur emploi. Les 1200 autres employés du programme, y compris 300 au Québec, seront transférés à Mitsubishi.

« On est confiants qu’on va être capables de repositionner l’ensemble de ces employés-là » ailleurs chez Bombardier, chez Airbus pour l’A220 ou dans d’autres entreprises aéronautiques, a déclaré le PDG de Bombardier, Alain Bellemare, en conférence de presse à Mirabel, où est assemblé le CRJ.

« C’est la fin d’une époque et c’est extrêmement malheureux », s’est tout de même désolé David Chartrand du Syndicat des machinistes.

Bon pour Mitsubishi

L’acquisition du CRJ permet à Mitsubishi d’éliminer un concurrent, mais surtout de mettre la main sur un réseau de ventes et de soutien bien établi. Rappelons que la multinationale s’apprête à commercialiser son propre jet régional, le SpaceJet.

« Acheter le programme CRJ à ce prix donne à Mitsubishi un raccourci très abordable. Ils semblent avoir obtenu une bonne entente », a indiqué au Journal l’analyste Richard Aboulafia du Teal Group.

M. Bellemare a reconnu que Mitsubishi tenait grandement au CRJ.

« Mitsubishi a fait du SpaceJet une priorité nationale, a-t-il noté. Ils investissent des milliards de dollars dans cette plateforme-là et c’était évident que le CRJ pouvait leur apporter les connaissances et les compétences qui peuvent vraiment les aider à faire de ce programme-là un succès. »

Le dirigeant a tout de même assuré que la transaction représentait « une création de valeur importante » pour les actionnaires de Bombardier. Le CRJ « perdait des sous », a-t-il rappelé.

« On a eu une belle ride avec le CRJ et on doit en être vraiment fiers », a insisté Alain Bellemare.

Le CRJ en bref

Photo courtoisie

Entrée en service : 1992

Lieu de production : Mirabel

Employés : 1600, dont 700 au Québec

Appareils livrés : 1899

Carnet de commandes : 42

Perte d’exploitation prévue en 2009 : 25 M$ US

Sources : Bombardier, Desjardins