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Enfin la civilisation!

Heureux dans la dépense

Enfin la civilisation!
JEAN-FRANCOIS DESGAGNES/JOURNAL

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La pauvreté ne doit rien empêcher. Le gouvernement Legault l’a bien compris. Il faut faire preuve d’optimisme, d’aveuglement s'il le faut et se lancer sur les rails du progrès quoiqu’il en coûte.

De toute manière, qui sait combien coûteront ces projets multimilliardaires tombant ces jours-ci sur la tête des bienheureux fiscalisés comme la mitraille traverse celle des canards... 

Alors ce ne sera pas un tramway mais deux. Pis, un métro et un train électrique. En sus d’un pont, d’un tunnel et d’un TGV. Qui dit mieux? Même le Qatar n’oserait pas nous défier au poker... 

Il ne manque qu’un métro dans la capitale, un métro aérien, amphibie jusqu'à Lévis. Le maire Labeaume doit se morfondre maintenant que les dés sont jetés. Il a manqué d'ambition, sous-estimé l'enthousiasme des caquistes devant la cote de crédit...  

Avec un métro, comme à Montréal, Québec aurait pu prétendre à la modernité, se décomplexer, enfin relier le Complexe G et l’Agence du Revenu, assurer la liaison entre la queue et la trompe de l’éléphant. Les fonctionnaires de l'État-Aspirateur seraient enfin comblés.  

Son tramway, un bidule soi-disant structurant, né d’une immaculée conception post-électorale, c’est bien plus un retour en arrière. 

Enfin la civilisation!
Photo courtoisie, Ville de Québec

Tandis qu’un métro, alors là, on serait davantage dans le legs éternel aux générations taxables. Mais personne n’avait imaginé les caquistes transformés si vite en rois de la dépense. Plutôt en rois des emprunts.  

On dirait que le prix de toute chose est secondaire. Les additions se dissolvent dans l’abstrait comme des données personnelles chez Desjardins. Pfft! Tout est parti!  

Ce n’est plus le fric qui motive les décisions politiques. C’est la nouveauté qui mène le monde, et le Québec n'échappe pas à la tendance. La nouveauté qui fait d'abord consensus chez ceux qui ont droit aux micros... 

Il faut désormais se projeter vers l’avant-projet, verbaliser les désirs les plus progressistes et plaire à n’importe quel prix. 

Au diapason de son époque, le ministre des Transports, François Bonnardel, a été d’une candeur exemplaire, jeudi. «Les coûts, a-t-il dit, vous les aurez»! 

Cela n’a pourtant pas grande importance. Les projets se multiplient, s’additionnent, se télescopent aux bulletins de nouvelles avec une subjectivité romantique déconcertante. 

Dans les chaumières hypothéquées, c’est la joie, l’émerveillement; on voudrait applaudir la bouche pleine.  

Enfin, se dit-on, enfin le progrès! Enfin la civilisation! 

Depuis des mois, le gouvernement, les experts et les prétendants de toutes sortes jacassent, débattent et pavent la voie à la dépense. 

Bien peu évoquent les factures à payer. Peut-être craint-on d’être disqualifié, d’être accusé de nuire au progrès.  

Enfin la civilisation!
Photo Le Journal de Montréal, Martin Chevalier

Peut-être aussi que ce désintéressement pour le fric vient-il du fait que la plupart des «invités» au débat public n’ont jamais à s’en soucier, accrochés eux-mêmes aux flancs de l’État comme des rémoras au ventre des baleines... 

On parle du PTI ou du PQI entre gens de bonne volonté. On ajoute au Programme triennal d’immobilisations comme on grossit à coups d’emprunts le Plan québécois d’infrastructures.  

Et on oublie volontiers notre malaise devant les routes en ruines et les trottoirs défoncés. L’important, c’est le neuf... 

La province des Québécois restera donc sans doute parmi les plus heureuses qui soit. Avec les Maritimes. Et ça n’a rien à voir avec la péréquation. On est comme ça, nous, heureux dans la dépense. 

Cette année, on empruntera une douzaine de milliards. Et ce n’est qu’un début.