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L’examen ministériel de mathématique de 6e année jugé trop difficile

Des enseignants lancent un véritable «cri du cœur»

L’examen ministériel de mathématique de 6e année jugé trop difficile
PHOTO D'ARCHIVES, JEAN-FRANÇOIS DESGAGNÉS

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Des enseignants lancent un véritable «cri du cœur» : l’examen de mathématique de sixième année était beaucoup plus long et plus difficile cette année, un verdict confirmé par une experte qui comme les profs s’explique mal ce qui justifie une telle épreuve à la fin du primaire.

«Cette année, c’était le comble», lance Évelyne Langlois, qui enseigne en sixième année dans une école de la Montérégie.

L’épreuve ministérielle de mathématique de sixième année comprend huit sections, qui s’échelonnent sur cinq jours à la mi-juin (voir encadré), pour un total d’une dizaine d’heures.

Cette année, le nombre d’étapes à franchir pour compléter l’examen était plus grand que dans l’épreuve de quatrième secondaire, a constaté Mélanie Tremblay, professeure en didactique des mathématiques à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR).

«Le nombre d’étapes a royalement augmenté. Il me semble assez évident que les élèves ont dû manquer de temps pour les résoudre, affirme Mme Tremblay, qui déplorent que les épreuves ministérielles deviennent des «éteignoirs» pour les élèves.

Les enseignantes de sixième année Chantal Bertrand et Évelyne Langlois ont fait circuler une vidéo sur les réseaux sociaux afin d’inciter leurs collègues à transmettre au ministère de l’Éducation leurs commentaires sur l’examen de mathématique, jugé particulièrement difficile cette année.
Photo Daphnée Dion-Viens
Les enseignantes de sixième année Chantal Bertrand et Évelyne Langlois ont fait circuler une vidéo sur les réseaux sociaux afin d’inciter leurs collègues à transmettre au ministère de l’Éducation leurs commentaires sur l’examen de mathématique, jugé particulièrement difficile cette année.

Les enseignantes avec qui Le Journal s’est entretenu le confirment. Dans les classes, le niveau d’anxiété a monté d’un cran, certains élèves ont craqué. Elles affirment être d’accord avec les évaluations, mais dénoncent la formule, jugée trop exigeante.

Des profs «indignés»

Il s’agit d’un avis partagé par plusieurs enseignants, qui se sentent «insultés» et «indignés», affirme Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ. Cette épreuve ministérielle suscite une «levée de boucliers» chaque année, mais rien ne change, malgré les commentaires des enseignants, déplore-t-elle.

L’épreuve de juin 2019 est la goutte qui a fait déborder le vase, ajoute Mme Scalabrini, qui parle d’une «écoeurantite aiguë» dans les rangs des enseignants de sixième année. «Est-ce que l’examen sert à vérifier le niveau d’anxiété des élèves ou leurs apprentissages?», lance-t-elle.

La FSE réclame la création d’un comité de travail afin que des changements soient mis en place dès l’an prochain. «On ne veut pas revivre juin 2019», lance Mme Scalabrini.

Le nombre de situations d’application à résoudre dans le cadre de l’épreuve de mathématique pourrait facilement être réduit de moitié, souligne de son côté Mme Tremblay.

La grille de correction est aussi particulièrement sévère, indique des enseignantes, puisqu’une une seule erreur de calcul fait passer un élève de la note A à B.

Il a été par ailleurs été impossible d’obtenir une réaction de la part du ministère de l’Éducation à ce sujet mercredi.


Un véritable «marathon» pour les élèves et les enseignants

Avec les examens ministériels, la fin d’année scolaire représente un véritable «marathon» pour les élèves de sixième année, déplorent des enseignants.

En sixième année, dès la fin mai, les élèves consacrent une semaine à l’examen de français en lecture, une semaine à l’examen de français en écriture et une autre semaine à l’examen de mathématique.

Avant de se frotter aux épreuves ministérielles, les élèves ont dû compléter d’autres évaluations dans chacune des matières afin de compléter leur troisième et dernière étape.

«On passe plus de temps à évaluer qu’à enseigner», déplore Odette Plante, une enseignante de sixième année.

Les enseignantes avec qui Le Journal s’est entretenu remettent en question la pertinence de ces évaluations, qui ne reflètent pas nécessairement le potentiel de leurs élèves puisqu’ils sont en «surcharge», ajoute sa collègue, Chantal Bertrand.

Plus exigeant qu’à l’université

Mélanie Tremblay, professeure à l’Université du Québec à Rimouski, considère aussi qu’on en demande beaucoup à ces enfants pour leur jeune âge.

«Notre système éducatif est aussi sinon plus exigeant envers nos élèves du primaire qu’envers nos étudiants universitaires. Quand on parle d’évaluation ministérielle, c’est gros pour l’élève», affirme-t-elle.

Un marathon aussi pour les profs

De son côté, Mme Bertrand souligne que le «marathon» est aussi bien réel pour les enseignants. Cette année, l’enseignante a consacré une trentaine d’heures à la préparation et à la correction des épreuves ministérielles.

La charge de travail est si importante que plusieurs enseignants délaissent la sixième année, déplore-t-elle : «Les épreuves ministérielles brisent les ailes de certains enseignants qui vont préférer changer de niveau.»

La politique sur la réussite éducative, dévoilée par l’ancien ministre Sébastien Proulx en juin 2017, prévoyait la mise en place d’un chantier de modernisation de l’évaluation des apprentissages.

Il a été impossible de savoir mercredi si ce chantier a été mis en branle.

Examen de mathématique de 6e année

  • Un questionnaire
  • 1 situation-problème à résoudre
  • 6 situations d’application
  • Cinq jours de la même semaine pour compléter l’épreuve, à la mi-juin
  • En moyenne une demi-journée par jour consacrée à l’épreuve, pour un total d’une dizaine d’heures
  • Le résultat compte pour 20% de la note finale de fin d’année