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Manque de sauveteurs pour les piscines: les baby-boomers à la rescousse

Les dirigeants de centres aquatiques courtisent des adultes pour contrer la pénurie de main-d’œuvre étudiante

La nageuse et sauveteuse Dania Belisle a prodigué des soins à Thomas Gagnon, hier, lors d’une simulation à l’Université Laval, à Québec, où un projet pilote aura lieu afin de combler la pénurie de main-d’oeuvre qui frappe ce domaine.
Photo Simon Clark La nageuse et sauveteuse Dania Belisle a prodigué des soins à Thomas Gagnon, hier, lors d’une simulation à l’Université Laval, à Québec, où un projet pilote aura lieu afin de combler la pénurie de main-d’oeuvre qui frappe ce domaine.

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Le Québec pourrait manquer de sauveteurs pour les 10 prochaines années, si bien qu’on appelle à la rescousse les retraités et les décrocheurs pour surveiller les piscines et les plans d’eau.

«On est dans un creux de vague pour les 10 prochaines années. D’ici là, il faut innover et il faut être créatif», lance la présidente de l’Association des responsables aquatiques du Québec, Lucie Roy.

La pénurie de travailleurs n’épargne pas les centres aquatiques qui peinent à recruter des sauveteurs et des moniteurs pour assurer la sécurité des baigneurs. Selon la quinzaine de responsables contactés à travers le Québec, ce manque de main-d’œuvre se fait déjà sentir depuis un peu plus d’un an.

Le phénomène s’explique entre autres par la popularité grandissante des cours dans l’eau comme le zumba, le yoga et l’aquaforme qui nécessitent l’ajout de sauveteurs. Les exigences particulières des jeunes travailleurs y sont aussi pour quelque chose.

De septembre à mai

Si on réussit généralement à pourvoir, de peine et de misère, les postes pour l’été grâce aux étudiants de 15 à 24 ans, le gros du problème est de trouver des sauveteurs de septembre à mai.

Pour remédier au problème, dès septembre, un projet pilote orchestré par l’Association des responsables aquatiques du Québec prévoit d’offrir une formation continue qui s’adresse aux retraités et décrocheurs à Québec.

Ces nouveaux sauveteurs seront brevetés en mars 2020. Si le projet porte ses fruits, il sera étendu ailleurs en province.

D’autres villes, comme Sainte-Julie, souhaitent aussi attirer des baby-boomers dès cet été pour une formation.

«Il faut promouvoir ces emplois comme étant des postes très stimulants et très valorisants pour une deuxième carrière ou comme préretraite, par exemple. Il faut innover, on n’a pas le choix», explique la coordonnatrice aquatique à l’Université Laval, Caroline Gilbert.

Du jamais-vu

D’après plusieurs coordonnateurs, jamais cette industrie n’a eu autant de mal à remplir toutes ses plages horaires.

«Pour la première fois cette année [2018-2019], on a eu de la difficulté à pourvoir nos postes de soirs et de week-ends [durant l’année scolaire]. On a dû annuler trois cours. Sur 800 à 1000 cours, c’est peu, mais nous n’avions jamais fait ça auparavant. C’est peut-être la pointe de l’iceberg», décrit le directeur général du Centre de la culture et du sport de Sainte-Julie, Éric Hervieux.

Fait semblable du côté de Saint-Hyacinthe, toujours en Montérégie, où pour la première fois, une des huit piscines extérieures doit fermer ses portes pendant quelques week-ends, faute de personnel.

Un non-sens pour le maire de la ville, Claude Corbeil.

«On veut offrir des services à la population. L’an prochain, on ne veut pas faire face à la même situation», affirme-t-il.

Toutefois, les personnes du milieu n’ont pas l’intention de diminuer leurs exigences malgré la pénurie.

«Il faut être formé pour aller récupérer une personne qui est immergée. On ne veut pas niveler vers le bas», assure Mme Roy.

Des jeunes aux exigences bien précises

Caroline Gilbert, Coordonnatrice
Photo Simon Clark
Caroline Gilbert, Coordonnatrice

Ne pas travailler les soirs, avoir un week-end libre ici et là pour une virée entre copains, un congé pour un voyage à Cuba : les jeunes sauveteurs multiplient les demandes qui compliquent la vie de leurs employeurs.

«Quand j’ai commencé comme responsable aquatique en 1997, les employés nous demandaient rarement moins de 15 heures par semaine. Maintenant, il y en a qui nous demande que cinq heures par semaine», explique le responsable aquatique de Val-d’Or, Marc Lafortune.

Même son de cloche du côté de Québec où la coordonnatrice aquatique de l’Université Laval, Caroline Gilbert, doit parfois engager des étudiants qui ne demandent pas plus de trois heures par semaine.

La situation est telle qu’il faut parfois deux fois plus d’employés qu’auparavant pour combler les mêmes quarts de travail, selon les responsables contactés par Le Journal.

Il s’agit d’une des raisons de la pénurie de sauveteurs et de moniteurs que vit le milieu.

Gros bout du bâton

Le manque de main-d’oeuvre qui sévit sur le marché du travail en général incite les employeurs à les courtiser.

Les jeunes travailleurs ont ainsi le gros bout du bâton lorsqu’ils font des demandes particulières, note des coordonnateurs de centres aquatiques.

Ils ont le luxe de pouvoir accepter le boulot qui répond le mieux à leur agenda ou à leurs souhaits.

Bien difficile donc de refuser un congé à un salarié ou encore de ne pas embaucher un candidat qui ne veut travailler que trois heures par semaine, malgré les maux de tête que ça cause aux patrons.

Innovation

Que ce soit pour un voyage outre-mer ou une soirée pour étudier, les employés peuvent profiter à bon escient de cette pénurie pour satisfaire leurs besoins.

«D’ici 10 ans, il faut innover et il faut être créatif. Le milieu est intéressant, dynamique. Et l’offre [de différents cours] ne diminuera pas», conclut la présidente des responsables aquatiques du Québec, Lucie Roy.