/finance/opinion/columnists
Navigation

Le coup d’Air Canada

Calin Rovinescu
Photo Reuters Calin Rovinescu

Coup d'oeil sur cet article

Avant de vous faire part de mes inquiétudes, Monsieur Calin Rovinescu, je tiens à vous féliciter.

Un, le prix payé, soit 520 millions $, me semble relativement un bon marché.

Deux, Air Canada met ainsi le grappin sur le chef de file de l’industrie des voyages vacances au Canada.

Trois, l’achat de Transat représente pour vous et vos actionnaires une très bonne affaire, puisque Transat est l’une des plus grandes entreprises de tourisme intégrées au monde.

Et de plus, vous avez la chance d’avoir le premier ministre François Legault (ex-fondateur de Transat) de votre bord.

Comme vous savez, lors de l’annonce initiale (en mai) de votre offre d’achat sur Transat, faut-il le rappeler, le premier ministre avait déclaré que c’était « une bonne nouvelle » pour le Québec, faisant ainsi référence au fait qu’Air Canada a son siège social à Montréal.

Permettez-moi maintenant de vous faire part de mes inquiétudes.

LE FRANÇAIS

Monsieur Rovinescu, vous savez comme moi qu’Air Canada a mauvaise réputation en ce qui concerne l’utilisation du français à bord de ses vols.

Mon collègue Philippe Orphali rappelait récemment qu’Air Canada arrivait, bon an mal an, toujours en tête parmi les entreprises qui font l’objet du plus grand nombre de plaintes au Commissariat aux langues officielles du Canada.

Mettez-vous à la place des Québécois francophones qui vont maintenant voyager à bord des avions Air Transat... d’Air Canada !

Ils craignent que le personnel d’Air Transat subisse à moyen terme la mauvaise influence d’Air Canada.

LA CONCURRENCE

Dans votre communiqué, vous affirmez que « les marques Air Transat et Transat seront maintenues en parallèle aux marques Air Canada, Air Canada Rouge et Vacances Air Canada ».

C’est bien ! Mais cela ne garantit en rien que les marques Transat vont continuer à faire une vive concurrence aux marques Air Canada.

Malheureusement, en termes d’offres et de prix, les clients de Transat et ceux d’Air Canada courent maintenant le risque de se retrouver grandement perdants avec cette fusion.

LA RATIONALISATION

Que vous conserviez à Montréal le siège social et les principales fonctions de Transat, convenons que c’est bien le moindre des engagements que pouvait faire Air Canada.

Toutefois, si j’étais à la place des employés de Transat, je commencerais à m’inquiéter.

Comme toute entreprise qui acquiert un concurrent, Air Canada va mettre en place des mesures de rationalisation afin de réduire le dédoublement de services et de dépenses en vue de hausser la rentabilité de sa « nouvelle » filiale. Qui écopera ?

LE PRIX D’ACHAT

En terminant, Monsieur Rovinescu, je suis vraiment étonné de voir le conseil d’administration de Transat accepter votre offre d’achat sans que vous ayez eu à bonifier le prix initialement offert de 13 $ l’action.

J’ai hâte de voir si, à ce prix-là, les principaux actionnaires de Transat vont déposer leurs blocs d’actions, à savoir la firme Letko Brosseau (19,3 % des actions), le Fonds de solidarité FTQ (12 %) et la Caisse (6 %).

Surtout quand on sait que Letko Brosseau, qui est également le principal actionnaire d’Air Canada, trouvait cette offre à 13 $ nettement insuffisante.

À suivre...