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Un sommet dominé par des ignorants ou des assassins

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Tous les participants du G20 ne sont pas ignorants, dictateurs ou assassins. Mais le cœur du G20 d’Osaka est dominé par eux. Sur la photo officielle du G20, l’assassin qui dirige l’Arabie saoudite, Mohammed Ben Salmane, posait bien en évidence entre Donald Trump et Shinzo Abe.

Trump s’est surpassé dans les âneries en s’interrogeant sur la loyauté du Japon en cas d’attaque militaire contre les États-Unis. Vladimir Poutine a lancé une charge à fond de train contre le libéralisme que son ami dictateur Xi Jinping a dû apprécier. Justin Trudeau, relégué à la table des enfants, a été obligé de demander à papa Trump de le défendre contre le président chinois. Le contraste entre le G20 rêvé par Paul Martin en 1999 et celui de 2019 est saisissant.

1. En quoi le G20 est-il différent aujourd’hui de ce qu’il était à sa fondation ?

L’ancien premier ministre du Canada, Paul Martin, un des architectes à l’origine du G20, voulait réunir les chefs d’État des 20 plus grandes économies du monde pour faciliter la résolution des grandes crises économiques internationales. C’était aussi pour le Canada une façon de conserver une place parmi les grands pays du monde. Le G20 demeure une occasion privilégiée de rencontres entre les grands dirigeants. Mais il n’y a plus de vision commune de l’économie mondiale. Et le Canada n’y joue aucun rôle important en raison du manque de formation et d’expérience de Trudeau en politique internationale.

2. Quels sont les rapports de force dans ce G20 ?

Le plus inquiétant dans ce G20 est l’incroyable position de faiblesse des principaux dirigeants des pays démocratiques face aux dictateurs. Trump est un ignorant en politique internationale et il souffre de narcissisme. Angela Merkel et Theresa May sont sur leur départ. L’Italie, un des moutons noirs de l’Europe, fricote avec la Chine. En Inde, Narendra Modi s’enfonce dans l’hypernationalisme. Quant à Justin Trudeau... Ah ! Justin Trudeau... Restent Emmanuel Macron et Shinzo Abe. Mais Macron est affaibli par des divisions intérieures et Shinzo Abe, qui est l’hôte de la conférence, doit s’efforcer de conserver un rôle d’arbitre. Inversement, Xi Jinping, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan sont toujours très forts, malgré quelques problèmes dans leurs pays respectifs.

3. Quels sont les bons côtés de ce sommet ?

Tout n’est pas sombre dans ce G20. Le gouvernement canadien aurait trouvé des appuis en Europe contre les comportements inacceptables de la Chine. Les gouvernements chinois et américain continuent à se parler et à négocier. Les dirigeants qui participent au sommet discutent les uns avec les autres, au moins de manière informelle. Discuter régulièrement avec des rivaux favorise la paix.

4. À quoi ressemblera le nouvel ordre international ?

Le nouvel ordre international qui émerge est à l’opposé de l’idéal de libre-échange et de coopération des fondateurs du G20. La rivalité entre la Chine et les États-Unis oriente le monde vers une nouvelle bipolarité. Cette rivalité s’observe en particulier dans le domaine des nouvelles technologies, au point où il est possible de parler d’un début de guerre scientifique mondiale.

5. Quel est l’intérêt du Canada à ces sommets ?

Le Canada doit se rapprocher des autres moyennes puissances, tout en gardant une excellente relation avec les États-Unis. Mais il n’y a rien de très bénéfique à espérer du G20, tant que les dictateurs, les ignorants et les assassins domineront ses réunions.