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Des consultations à 275$ dans le confort de votre salon

Des omnipraticiens hors RAMQ se déplacent chez les patients ou à leur travail

Docteur Catherine Thomas-Guy
Photo Pierre-Paul Poulin Médecin de famille au privé, la Dre Catherine Thomas-Guy traite les patients directement chez eux ou à leur travail. Avec elle sur la photo, sa patiente montréalaise Franca Segneri, âgée de 88 ans, qu’elle traite depuis quelques années.

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Si la médecine à domicile est souvent considérée comme un vestige du passé, une entreprise privée qui offre ce service est tellement populaire qu’elle recrute des docteurs en leur promettant de voir moins de patients qu’au public, mais avec le même revenu.

« Les patients attendent chez eux, ils ne sont pas impatients. J’ai l’impression que ça leur fait un petit velours. C’est le médecin qui vient, ça change la dynamique ! », confie la Dre Catherine Thomas-Guy, qui travaille pour 514-DOCTEUR depuis 2002.

Patients variés

Depuis 1991, la compagnie offre un rare service de médecine à domicile dans la région de Montréal. Malgré le coût élevé d’une visite médicale (275 $, sans limites de temps), l’entreprise est tellement populaire qu’elle veut recruter un ou deux autres médecins. Actuellement, trois docteurs y travaillent.

« Moins de patients, moins de suivis, même revenus » : la publicité promet même un chauffeur privé au docteur.

« On manque tellement d’effectifs [au public] qu’il faut être prudent avec le développement de ces services-là en parallèle, réagit le Dr Sylvain Dion, vice-président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. C’est sûr qu’ils répondent à un certain besoin, mais il ne faut pas perdre de vue les besoins collectifs. »

Policière en patrouille

À ce propos, la Dre Thomas-Guy, qui a racheté l’entreprise en 2015 avec son conjoint, dit avoir choisi cette voie pour la médecine à domicile. Une pratique rare au public.

« Ça me permet de faire la médecine que j’ai le goût de faire », dit celle que Le Journal a accompagnée durant une matinée.

Malgré les frais élevés, l’entreprise estime que la clientèle représente toute la population (40 % ont plus de 70 ans). Les rendez-vous sont offerts en 24 heures.

Fait à noter : les médecins se déplacent aussi sur le lieu de travail des patients.

« Que ce soit un avocat au centre-ville, un prof à l’école. J’ai déjà fait une policière dans sa voiture pour une bronchite ! », dit la médecin de 48 ans, qui considère que son revenu est équivalent au public.

Mieux qu’en cabinet

Évidemment, cette docteure voit moins de patients (5-6 par jour) qu’un omnipraticien du public. Mais, avec le vieillissement de la population, la Dre Thomas-Guy prévoit une hausse de l’attrait pour ce service.

« Le fait d’aller à la maison peut régler plus de problèmes, dit-elle. Il y a plein de choses qu’on ne voit pas en bureau, qu’on voit à la maison. »

Une chose est sûre, l’omnipraticienne ne retournera pas en clinique de sitôt.

« On est plus disponibles quand on arrive. [...] Tu ne peux pas faire ça en clinique, c’est un patient après l’autre. »

Davantage de déplacements à prévoir

Les médecins de famille devront davantage prôner la visite médicale à domicile pour répondre aux besoins des personnes âgées dans le futur, avoue la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ).

Actuellement, moins de 10 % des actes médicaux se font à domicile, estime la FMOQ.

Service peu développé

« C’est marginal », avoue le Dr Sylvain Dion, vice-président du syndicat.

Pourtant, ce service est très apprécié des personnes âgées qui ont du mal à se déplacer, surtout l’hiver. Avec le vieillissement de la population, les médecins devront ajuster leur pratique, pense la FMOQ.

« C’est un enjeu important que les médecins aillent de plus en plus visiter leurs patients à domicile », avoue l’omnipraticien, qui offre ce genre de rendez-vous dans Chaudière-Appalaches.

Actuellement, plusieurs facteurs découragent les médecins à sortir de leur cabinet (temps perdu, accessibilité du matériel, travail en solo, etc.)

Sans compter que cette pratique va dans le sens contraire de la récente réforme en santé, qui encourage les médecins à voir plus de patients.

Mieux payés

« Mais il faut redonner du gallon à cette pratique-là », croit fermement le Dr Dion.

« Il faut trouver le juste équilibre. Il va falloir que les médecins de famille se disent qu’ils doivent aller donner les services dans le milieu de vie des patients. Qu’ils ne pourront pas toujours venir dans notre bureau. »

Pour encourager les médecins, la FMOQ a rehaussé le tarif des visites à domicile depuis quelques années.

Malgré tout, cette pratique est rare, constate la Dre Catherine Thomas-Guy, qui se fait à l’occasion appeler par le réseau public, qui manque de ressources.

« Ils ne sont pas capables de trouver personne. [...] Le public appelle le docteur du privé pour faire ça, c’est triste, dit-elle. Mais c’est une rareté. »