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« Le plus meilleur pays du monde » ?

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Hier, jour de la fête du Canada, je repensais à la légendaire description qu’a déjà faite du pays l’ancien premier ministre Jean Chrétien, dans le français approximatif qui lui était si particulier.

J’entendais, par exemple, les récriminations constantes de Radio-Canada pour obtenir plus d’argent, puis celles de notre monde du cinéma qui crie famine à tout moment ou conteste chaque nomination qu’on fait à la tête des organismes responsables. Comment, alors, ne pas s’interroger sur les mots de Jean Chrétien ?

L’opinion de nos cinéastes semble si différente. À peine quelques mois après sa nomination comme directrice de Téléfilm, ils accusaient Christa Dickenson de mal connaître leur réalité, même si elle est parfaitement bilingue et a passé des années sur l’autre rive de l’Outaouais. Ils la blâmaient aussi pour des coffres vides compromettant le tournage de plusieurs longs métrages.

La semaine dernière, c’était au tour des cinéastes de l’Office national du film de lancer les hauts cris. Clamant qu’ils reçoivent des honoraires de misère, ils s’en sont pris au commissaire Claude Joli-Cœur dont le mandat vient d’être prolongé de trois ans.

UN BON COUP DE PABLO RODRIGUEZ

À la tête des protestataires se trouvait la réalisatrice Pascale Ferland. Pour sa recherche sur la chanteuse Pauline Julien, elle n’a touché, dit-elle scandalisée, que 32 000 $. C’est pourtant le salaire annuel moyen d’un travailleur à temps partiel (32 107 $). Son film, Pauline Julien, intime et politique, est un appel en faveur de l’indépendance du Québec. Cela en dit long sur l’indépendance dont jouissent les cinéastes de l’ONF.

Pour tirer madame Dickenson et Téléfilm d’embarras et pour apaiser la grogne des cinéastes, Pablo Rodriguez, le ministre du Patrimoine, a réussi contre toute attente à dégoter 7,5 millions $ du Conseil du trésor. De son côté, la directrice a gratté les fonds de ses tiroirs et trouvé 2,5 millions $.

Le Canada n’est peut-être pas aux yeux des cinéastes « le plus meilleur pays au monde », mais c’est sûrement celui où ils ont auprès de l’État une influence inversement proportionnelle au public qu’ils attirent dans les salles.

DU TEMPS DE STEPHEN HARPER

Depuis l’ère de Stephen Harper pour qui la culture semblait une préoccupation mineure, Radio-Canada a obtenu un supplément budgétaire de 675 millions $ et le Fonds des médias, Téléfilm et l’ONF, plusieurs millions de plus chacun. Quant au Conseil des Arts, son budget atteindra 360 millions $ en 2021. Sous le gouvernement Trudeau, il aura donc doublé. Le Québec reçoit la plus grosse part du gâteau, plus de 68 millions $, cette année. C’est deux millions de plus que l’Ontario.

Dans ma chronique de jeudi dernier, j’ai dénoncé l’apparente inertie de nos gouvernements à l’égard des géants du web. Je l’ai fait avec des mots très durs qui pourraient laisser croire que j’ignore la difficulté que rencontrent les gouvernements à ponctionner les revenus de ces géants, qui n’ont aucune présence physique dans la plupart des pays.

Les entreprises du numérique sont passées maîtres dans l’art de l’optimisation fiscale. Elles privent ainsi notre pays d’impôts sans lesquels pour rester « le plus meilleur pays au monde » et soutenir notre culture, il faudra puiser de plus en plus dans les poches du citoyen. Voilà ce qui me rend très impatient.