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Le pot légal ne gêne pas les criminels

Une agence du gouvernement fédéral prétend qu’ils profitent de la pénurie de stock licite à travers le pays

Le pot légal ne gêne pas les criminels
AFP

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Le crime organisé ne s’est pas étouffé avec la légalisation du cannabis au pays et n’en subira pas d’effets nuisibles avant au moins trois ans.

C’est le constat sans lunettes roses du très crédible Service canadien de renseignements criminels (SCRC) dans un rapport récent sur l’état du marché des drogues et dont Le Journal a obtenu copie.

Au contraire, « la pénurie actuelle de cannabis licite au Canada donne aux groupes du crime organisé un avantage concurrentiel » en attendant « que le stock légitime soit disponible », d’après le SCRC.

Le gouvernement Trudeau disait vouloir « retirer des milliards [...] des poches des criminels » en légalisant le pot à des fins récréatives, le 17 octobre dernier.

« Pas dans un avenir rapproché »

Mais près de neuf mois plus tard, le virage libéral n’a pas fait mal aux 293 bandes criminelles canadiennes qui s’enrichissent sur le marché noir de la marijuana et du haschisch.

« Il n’y a probablement eu aucune incidence mesurable sur la part du marché des groupes du crime organisé et il n’y en aura probablement pas dans un avenir rapproché », estime l’agence relevant de la Gendarmerie royale du Canada qui renseigne tous les organismes d’application des lois au pays.

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Le SCRC croit « peu probable » que les grosses organisations criminelles comme les Hells Angels et la mafia en souffrent parce qu’elles tirent aussi des revenus d’autres drogues plus lucratives comme la cocaïne, l’héroïne et la méthamphétamine.

C’est « à long terme », soit « dans trois ans et plus », qu’on peut prévoir un recul du pot illégal, d’après ce rapport produit au printemps.

Des failles exploitées

Le SCRC confirme une faille du système décriée par la police de Montréal : « des associés ou intermédiaires de plusieurs groupes du crime organisé [sont] détenteurs de licences » de Santé Canada pour produire du cannabis à des fins médicales.

Cela fait d’eux « les mieux placés pour profiter de toute pénurie dans le marché légitime ».

En mars dernier, Le Journal rapportait que c’était le cas de cultivateurs de marijuana associés à la pègre asiatique de Montréal.

L’avocat Maxime Guérin, du Groupe SGF – consultants en cannabis, qui conseille des entrepreneurs de l’industrie légale du pot, trouve la situation ironique.

« Il n’y a pas beaucoup plus d’efforts pour éradiquer le marché noir depuis le 17 octobre 2018, mais on encadre beaucoup les producteurs légaux. Le poids entre les deux est clairement au désavantage du marché légal », a-t-il dit.

D’après lui, le marché illicite restera « en avance » au Québec tant que la SQDC n’aura pas baissé ses prix, mis fin à ses ruptures de stock et haussé son offre de produits, ainsi que leur quantité.

Des extraits du rapport

« Environ 44 % des groupes du crime organisé [au Canada] étaient impliqués dans le marché du cannabis jusqu’à la mise en œuvre de la Loi sur le cannabis. »

« Presque tous ces groupes sont aussi impliqués dans au moins un autre marché de drogue, ce qui signifie que la légalisation du cannabis ne les perturbera pas, compte tenu de leurs autres sources de revenus. »

« Les groupes du crime organisé offrent des prix inférieurs à ceux du marché légitime à certains endroits afin de garder leur part du marché illicite. »

« Le nombre de groupes du crime organisé impliqués dans le marché du cannabis devrait diminuer progressivement [...], dans trois ans et plus, quand l’approvisionnement du marché légal augmentera. »

« À long terme, les groupes du crime organisé impliqués dans le marché du cannabis se tourneront vers la cocaïne, la méthamphétamine et le fentanyl afin de contrebalancer le déplacement de leurs parts de marché [...]. »

Des chiffres du marché

  • 293 : nombre de groupes du crime organisé impliqués dans le marché canadien du pot l’an dernier avant la légalisation de cette drogue
  • 54 : groupes criminalisés liés au pot illégal dénombrés au Québec par le Service canadien de renseignements criminels. On en comptait 78 en Colombie-Britannique et 76 en Ontario
  • 6 $ : prix moyen du gramme de cannabis illégal au Québec, le plus bas au pays. Dans les autres provinces, il varie entre 7 $ et 11 $