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Mettre fin aux énormes subventions du jeu vidéo

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Il me semble que s’il est vrai que nous sommes au Québec en très grave pénurie de main-d’œuvre, ce que nous répète inlassablement le patronat, alors le gouvernement caquiste devrait arrêter de subventionner toutes sortes d’entreprises afin de créer de l’emploi. Au contraire, le pragmatisme dont se réclame la CAQ devrait l’inciter à couper dans le gras des subventions.  

Déjà en 2011, le chef de la Coalition avenir Québec, monsieur François Legault, voulait «faire le ménage dans les 95 crédits d’impôt (en fait des subventions en argent que l’entreprise reçoit, qu’elle paie ou pas de l’impôt) et déductions fiscales destinés aux entreprises. Ces mesures incitatives privent le fisc d’environ 4 milliards de dollars par année (sans compter les tarifs bonbons d’électricité)» (La Presse, 4 juin 2011).    

À ce jour, la CAQ n’a pas fait le ménage dans ces généreuses subventions versées aux entreprises ayant plutôt mis l’accent sur la modernisation des chauffeurs de taxi, la maternelle 4 ans — même si on manque de classes et de professeurs — la baisse de la taxe scolaire qui profite principalement aux nantis, la loi sur la laïcité, etc. Lors de son premier budget en 2019, la CAQ, loin de faire le ménage, en a rajouté en consentant des baisses d’impôts aux entreprises grâce à la nouvelle politique d’amortissement accéléré et en continuant d’ouvrir le robinet aux mines, aux papetières, etc. Le ménage n’a pas non plus été fait dans les gros salaires des médecins et sans le scandaleux prix des médicaments qui plombe le coût de la santé publique et dans le prix astronomique des billets d’avion au Québec imposé par le quasi-monopole Air Canada qui va se renforcer encore plus avec l’achat d’Air Transat.    

Les bonnes nouvelles de création de jobs  

Plein d’entreprises étrangères opérant dans le secteur du jeu vidéo se sont installées au Québec afin de profiter de la main très visible de l’État québécois qui défraie 37,5% du montant des salaires versés en plus de l’aide consentie à l’investissement et à d’autres choses.   

Des bonnes nouvelles du genre :  

- «Jeux vidéo : une centaine de nouveaux emplois pour Square Enix à Montréal»;   

- «Effets visuels. Scanline VFX va créer 300 emplois à Montréal»;    

- «Jeux vidéo. Altagram annonce son arrivée à Montréal».    

Mais des emplois qui coûtent très cher en fonds publics...  

On vit plus dans un système de socialisme de marché que d’économie de marché. Le gouvernement du Québec dépense des centaines de millions de l’argent des Québécois chaque année en subventionnant allègrement des entreprises étrangères sans aucune donnée et sans savoir si ça rapporte ou pas. L’idéologique prime sur le réalisme et les doléances des lobbyistes importent plus que le bien commun.   

Vous voulez une preuve? Alors en voici une qui implique qu’une seule entreprise du jeu vidéo: «Ubisoft, milliardaire des subventions. Les crédits d’impôt (subventions en argent) au Québec garantis jusqu’en 2027».    

Au premier paragraphe de l’article rédigé par Sylvain Larocque du Journal, on peut lire ceci: «Après avoir reçu 1,1 G$ depuis 2005 en crédits d’impôts et subventions au Canada, la multinationale française Ubisoft dépendra de l’aide gouvernementale du Québec jusqu’en 2027, au moins». Bravo !   

Ce qui a fait dire au président de l’entreprise Coveo, monsieur Louis Têtu, que Ubisolft est la plus grosse sangsue de l’économie québécoise. On pourrait ajouter dans le lot Bombardier et SNC-Lavalin qui ne doivent pas être très loin derrière, si elles ne sont pas carrément devant...   

On vante ça, mais on n’a pas de chiffre  

On subventionne au pif sans savoir si c’est bon ou pas pour le Québec. Encore en 2017, les libéraux Jérôme-Forget, Bachand et Audet ainsi que les péquistes Landry et Marois vantaient les mérites de ce bar ouvert : «Jeu vidéo. Cinq ex-ministres des Finances défendent le crédit d’impôt (c’est-à-dire les subventions en «cold cash»).   

Même en 2013, l’ex-première ministre du Québec, Pauline Marois, était heureuse d’annoncer d’autres investissements des studios d’Ubisoft accompagnés de juteuses subventions sans toutefois être «en mesure de chiffrer les recettes fiscales générées par les emplois subventionnés». «Des emplois dispendieux. 500 postes au Québec créés par Ubisoft. L’entreprise investit 373 M$ avec l’aide du provincial» (Le Journal de Montréal, 1er octobre 2013).    

Le Québec peut bien être moins riche  

Oui, avec de telles politiques, le Québec peut bien être moins riche qu’ailleurs en Amérique du Nord. Nos élus sont sur le pilote automatique et connectés aux demandes patronales. Ils manœuvrent à l’aveuglette: «Le crédit d’impôt versé aux entreprises de jeu vidéo n’est pas rentable, tranche le CIRANO».    

Même les patrons des firmes québécoises Stingray et Investir au Canada, messieurs Éric Boyko et Mitch Garber, s’opposent à cette saignée de fonds publics: «Multimédia. Éric Boyko dénonce les crédits d’impôt généreux aux entreprises étrangères» et «Fiscalité. Les crédits technos ont fait leur temps, dit Mitch Garber».    

Et rions un peu des gros poissons que nous sommes  

Tout est si beau en campagne électorale. C’est seulement à ce moment que les politiciens donnent priorité au bien commun et à la population. Une fois élus, ils se métamorphosent et changent du tout au tout. Cela inclut tant les caquistes, les libéraux que les péquistes.    

J’en ai sorti quelques drôles juste pour vous. Dire qu’on mord toujours à l’hameçon :   

- «Québec (PQ) songe à éliminer d’ici 20, 25 ans les crédits d’impôt aux entreprises» (Le Devoir, 16 décembre 2002). Admettez qu’elle est savoureuse celle-là ! Pourquoi juste dans 20 ou 25 ans?   

– «Québec (PLQ) révisera les programmes d’aide aux entreprises. L’exercice pourrait (c’est pas sûr?) se traduire par une diminution des dépenses publiques» (Le Devoir, 20 avril 2010). Le PLQ a coupé avec vigueur dans tous nos programmes sociaux et a plutôt décidé d’en donner plus aux entreprises. Une question de choix public.    

- Et enfin : «Le banquier Daoust (malheureusement décédé) va fermer le robinet» (Le Devoir, 20 septembre 2014). Appelez le plombier, le robinet coule!!!