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Un péage pour le troisième lien?

Un péage pour le troisième lien?
Photo Simon Clark

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À la fin des années 1990, des élus de Lévis avaient à leur tour relancé l’idée d’un tunnel entre les deux rives. Mais dans leur esprit, on ne pouvait passer à côté du principe d’utilisateur-payeur.

C’est ce que m’avait rappelé l’ex-ministre et ex-maire de Lévis, Jean Garon, lors d’un entretien téléphonique dont j’ai conservé l’enregistrement, quelques mois avant son décès en 2014.

Toujours aussi favorable au projet, M. Garon m’avait rappelé que le principe d’utilisateur-payeur était essentiel pour « autofinancer le projet » et ainsi éviter d’avoir recours «aux maudites subventions» encore une fois.

Pour M. Garon, les camionneurs qui doivent se rendre au port de Québec n’hésiteraient pas à verser le péage pour économiser du temps et accéder directement par l’est. Il était aussi d’avis que le système de transport en commun, s’il devait passer par le tunnel, devrait assumer un péage.

L’élu accordait aussi beaucoup d’importance au respect des coûts prévus, alors que les projets de tunnels accusent souvent d’importants dépassements, comme recensé par des études scientifiques.

En 2014, la Chambre de commerce de Lévis, qui avait relancé le projet, parlait d’un coût de 500 M$. Depuis ce temps, le projet a été réévalué à 4 G$ dans une étude, coût qui est susceptible de grimper avec l’inflation et bien d’autres facteurs.

Débat à venir

J’ai aussi eu l’occasion d’échanger avec le fils de Jacques Daoust, défunt ministre des Transports. Sans faire référence au troisième lien, le père d’Étienne Daoust lui avait expliqué qu’au Québec, le péage ne s’applique pas lorsqu’on remplace une infrastructure existante.

Dans le cas d’une nouvelle infrastructure majeure qui augmente la capacité routière – peu importe laquelle –, un péage était toutefois de mise. Si on analyse le tout aujourd’hui, ce serait donc le cas pour un troisième lien.

C’est ce qui explique pourquoi il n’y a pas de péage à Montréal sur l’échangeur Turcot, le pont Champlain et l’échangeur Dorval, au contraire des autoroutes 25 et 30 où le principe d’utilisateur-payeur est en fonction.

Québec et Montréal

La question se pose alors : pourquoi appliquer une règle à Montréal, mais pas à Québec? Doit-on mettre un péage pour le troisième lien, ou encore enlever ceux des autoroutes 25 et 30 par souci d’équité? Un bon politicien doit aussi prendre des décisions difficiles et impopulaires, pour le bien commun.

Jusqu’à maintenant, le gouvernement Legault s’est bien gardé d’ouvrir la porte à la possibilité d’avoir recours au principe d’utilisateur-payeur pour le troisième lien. Le débat n’en fera pas moins surface lorsqu’on saura combien de milliards $ on pigera dans les poches des contribuables québécois.

Tout cela pour un projet dont le besoin n’a pas été évalué – et qui n’est absolument pas démontré –, dont les études ne sont pas terminées, et dont le bien-fondé – régler les problèmes de congestion routière – ne repose sur aucun fondement scientifique.