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Autopsie d’une défaite

Après le naufrage
Photo courtoisie Après le naufrage, Frédéric Bastien, Éditions Boréal

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Quelque dix mois après la pire défaite subie par le Parti québécois, avec seulement 17 % du suffrage populaire et dix députés élus, on se questionne toujours sur le sens et le pourquoi de cette débâcle.

L’auteur de cet essai, Frédéric Bastien, l’a vécue de l’intérieur puisqu’il était de la garde rapprochée du chef du PQ, Jean-François Lisée. Il a une tout autre façon d’analyser les faits que celle de son chef d’alors.

Lisée, ce politique « brillant, clair, presque époustouflant », s’attribue une note presque parfaite dans cette campagne électorale qui a mené à la défaite que l’on sait. Grâce à son brio, semble nous dire l’ancien chef du PQ, il a réussi sauver les meubles. Le revers était inéluctable, clame-t-il après coup, les électeurs avaient choisi la CAQ pour se débarrasser des libéraux. Mais la question demeure : pourquoi le Parti québécois n’a-t-il pas réussi à incarner cette volonté de changement ? Pour Lisée, affirme Bastien, « c’est la faute aux médias, à la fourberie de QS durant la tentative de convergence, à la malchance, au désir de changement, à la fin du bipartisme, etc. C’est la faute à tout et à n’importe quoi... sauf à Jean-François Lisée. »

Bastien, au contraire, pense que le manque de fermeté du PQ sur des enjeux aussi importants que l’immigration, le multiculturalisme et la question constitutionnelle a contribué à laisser toute la place à la CAQ. Et il va s’expliquer, en retraçant les grandes lignes de notre histoire récente, qui commence avec la victoire du parti de René Lévesque en 1976.

Selon l’historien, le mouvement souverainiste a connu plusieurs stratégies et courants de pensée, entre 1976 et aujourd’hui, selon les tendances et humeurs que lui imposaient ses différents dirigeants. Il passe en revue les grandes étapes du Québec moderne, du rapatriement de la constitution de 1982 à la crise des accommodements religieux, en passant par le lac Meech, le scandale des commandites et la commission Gomery.

Bastien en profite pour dresser un bilan des réactions, certaines choquantes et surprenantes, à propos de discussions inappropriées, voire répréhensibles, entre le pouvoir judiciaire et le pouvoir politique, révélées dans son livre, La bataille de Londres, ce qui suscitera une motion unanime de l’Assemblée nationale réclamant « que toute la lumière soit faite sur les événements qui ont conduit à la proclamation de la Loi constitutionnelle de 1982 ».

Intolérants ?

Pourquoi accuse-t-on si facilement d’intolérance les Québécois qui s’opposent au multiculturalisme canadien ? se demande-t-il. C’est qu’une partie importante des intellectuels québécois « ont complètement intégré le logiciel trudeauiste du Canada de 1982 ». On parle désormais de « l’interculturalisme québécois », l’autre côté de la médaille multiculturelle, « une idéologie visant à banaliser le statut du peuple québécois au Québec ».

Il évoque aussi l’épisode affligeant du référendum de 1995, où il a été prouvé qu’« Ottawa a instrumentalisé l’immigration contre le nationalisme québécois comme les autorités coloniales l’avaient fait jadis en tentant de noyer les Canadiens français dans une masse d’immigrants britanniques ». Quant à l’argent, le gouvernement fédéral a dépensé des millions de dollars en s’immisçant dans la campagne référendaire, « violant ainsi la loi québécoise sur les dépenses référendaires », comme l’a démontré la commission Gomery. Conclusion : « Les Québécois n’ont aucune raison particulière de se sentir coupables d’intolérance. »

Il explique comment le paradigme de la lutte des classes a été remplacé par une nouvelle dynamique où « les minorités raciales, les immigrants, les femmes, les homosexuels, les transgenres », ceux qu’on rassemble maintenant sous le vocable « diversité » et qu’on associe à la gauche diversitaire, jouent un rôle prépondérant dans les nouveaux combats à venir.

Bastien reproche au PQ son flirt avec cette gauche où il se classera toujours bon deuxième, derrière QS. « Il faut redonner aux Québécois une véritable option nationaliste », plaide-t-il avec optimisme, en conclusion, en élaborant un plan d’action pour susciter un renouveau du mouvement souverainiste.