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Deux cancers ne l’ont pas arrêté

La chimiothérapie n’a pas convaincu un médecin de délaisser son cabinet

vieux médecins
Photo Héloïse Archambault Âgé de 72 ans, le Dr Pierre Pilon a traversé deux cancers en 2011 et 2012, et continue à pratiquer la médecine à Mont-Tremblant. Amateur de chasse et de pêche, il ne travaille que trois jours par semaine cet été pour profiter de son chalet.

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MONT-TREMBLANT | Malgré deux cancers en deux ans, un omnipraticien de 72 ans n’a jamais songé à prendre sa retraite. Il a même continué à travailler durant un traitement de chimiothérapie.

« Je venais travailler avec ma bouteille de chimio dans le dos ! » raconte en souriant le Dr Pierre Pilon, âgé de 72 ans.

« Je me suis dit : ils vont me soigner, je vais guérir. Je n’ai pas eu peur de mourir », confie-t-il.

Médecin de famille à Mont-Tremblant depuis 48 ans, ce passionné ne songe toujours pas à cesser de pratiquer.

Pourtant, l’heure de la retraite aurait pu sonner en 2011, après un diagnostic de cancer qui l’a mis au repos forcé.

« J’ai arrêté un bout, avoue-t-il. La semaine où je recevais de la chimiothérapie, c’était correct [pour travailler]. La semaine suivante, j’avais un peu de misère », se rappelle ce père de famille.

L’année suivante, Pierre Pilon a été frappé à nouveau par le cancer, qui s’est attaqué à un autre organe. Aujourd’hui guéri, cet « optimiste de nature » n’a jamais voulu arrêter de travailler.

60 ans, c’est trop jeune

« Je n’y pense pas. J’aime ça, j’aime mes patients ! » dit-il. Or, il ne travaillera que trois jours par semaine cet été, une première dans sa carrière.

D’ailleurs, Pierre Pilon ne comprend pas ceux qui prennent leur retraite avant 60 ans.

« Je me dis : c’est jeune, franchement. La société a besoin de monde. À 55 ans, t’es au max de ta productivité », confie celui qui a aussi été le maire de Mont-Tremblant durant 18 ans, jusqu’en 2013.

Originaire de la Montérégie, le Dr Pilon a fait toute sa carrière à Mont-Tremblant. Amateur de chasse, de pêche et de ski, il est tombé en amour avec la région dès le début de sa pratique, en 1972.

« Ici, les gens sont très respectueux (...) et ils ne sont pas trop nerveux. Il y a deux lumières dans la ville, ils n’arrivent pas stressés ! » dit en riant celui qui suit encore 2000 patients.

Moins malades aujourd’hui

En retraçant les grandes lignes de sa carrière, Pierre Pilon se rappelle que les patients étaient très malades au début des années 1970, peu après l’arrivée de l’assurance-maladie universelle (1967).

« La première année, j’ai trouvé sept ou huit cancers du col de l’utérus, alors qu’on n’en voit presque plus aujourd’hui. Les femmes n’avaient jamais eu d’examen gynécologique ! relate-t-il. Les gens ne se faisaient pas soigner, ils attendaient d’être très malades. »

Or, même s’il se dit comblé par sa profession, le médecin s’avoue inquiet pour ses patients. Il constate que la région manque de médecins de famille, et que la relève est rare. Malgré son âge avancé, il accepte d’ailleurs de suivre de nouveaux patients très malades.

« Les jeunes [médecins] viennent voir, mais ils ne restent pas », dit-il.

Quant à l’avenir, le Dr Pilon espère continuer à pratiquer avec la même passion, tant qu’il le pourra.

« Quand on parle de transférer mes REER, ça me fait penser que je suis rendu à l’âge de prendre ma retraite ! sourit-il. Mais, je n’y pense pas vraiment. »

Le manque de médecins est préoccupant

Le manque de médecins reste problématique dans certaines régions du Québec, comme dans les Laurentides où quelque 46 000 personnes attendent toujours d’avoir un médecin.

À Mont-Tremblant, les médecins d’une clinique s’inquiètent de la situation. En juin, TVA Nouvelles s’est rendu à la clinique Centre Médical, qui comptait sept médecins de famille il y a quelques années, mais qui n’en a plus que trois maintenant. De plus, deux d’entre eux ont 69 et 72 ans et cumulent quelque 5000 patients.

Lorsqu’on demande au Dr Jean Champagne, qui a 3000 patients, s’il va pratiquer encore longtemps, il dit réfléchir à cette possibilité.

« On prend les années une par une, a confié le médecin âgé de 69 ans. J’avoue qu’on commence à y penser sérieusement à prendre la retraite, il ne faut pas attendre d’être malade. »

Difficile d’attirer les jeunes

Dans les Laurentides, le taux d’inscription à un médecin de famille est de 80 %. Certains secteurs, comme Sainte-Agathe-des-Monts, sont justement mieux servis que d’autres, et ce, même si la ministre de la Santé offre 50 millions $ aux médecins de famille pour qu’ils voient plus de patients.

Le Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) des Laurentides fait des pieds et des mains pour attirer de nouveaux médecins, mais demande maintenant du renfort.

Chaque année le gouvernement détermine les plans régionaux d’effec­tifs médicaux.

Pour les Laurentides, le nombre maximal de nouveaux médecins est fixé à 20, mais le CISSS affirme qu’il en faudrait beaucoup plus.

« L’an dernier, nous n’avons eu que 20 postes pour les nouveaux finissants. Le nombre pourrait aller jusqu’à 70 médecins pour être capable de remplir tous les besoins », dit la Dre Lynda Thibeault, directrice des services professionnels au CISSS des Laurentides.

La déception a été grande cette année alors qu’il n’y aura que 23 médecins supplémen­taires.

- AGENCE QMI