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Elle se sent jugée de travailler à 79 ans

Dre Raymonde Chartrand
Photo PIerre-Paul Poulin Après 50 ans de carrière, la Dre Raymonde Chartrand célébrera ses 80 ans ce mois-ci. Malgré cela, elle continue de travailler environ 40 heures par semaine. 

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Même si elle est toujours passionnée par son travail, une médecin spécialiste du CHUM qui fêtera bientôt ses 80 ans se sent jugée par la société, qui l’incite à prendre sa retraite.

« Je me sens gênée. Je ne sais pas pourquoi, c’est la société qui me dit : T’es encore là ? Je me sens jugée », avoue la Dre Raymonde Chartrand.

Une pionnière

« Tout le monde me regarde de travers, je commence à me sentir mal un peu », dit-elle.

La fameuse phrase : « Allez-vous prendre votre retraite ? » revient de plus en plus dans le bureau de Raymonde Chartrand, au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Pourtant, cette pionnière de la médecine nucléaire, qui célébrera ses 80 ans le 29 juillet, brise tous les stéréotypes de l’octogénaire.

Dans les années 1960, elle est devenue la toute première femme « nucléiste » au Québec grâce à des formations aux États-Unis. Ici, la spécialité a été créée en 1969.

Contrairement aux travailleurs qui comptent les années avant de pouvoir prendre leur retraite, le travail occupe une place majeure dans sa vie.

« Il y avait des gens qui me disaient : “Je veux prendre ma retraite à 55 ans”. Moi, à 55 ans, je pensais à développer quelque chose ! » dit-elle, abasourdie.

Bâtir un département

Au cours de ses 50 ans de carrière, la Dre Chartrand a évolué avec la médecine nucléaire, une passion trouvée par hasard dans un livre qui parlait de la radioactivité.

Et même si la profession a longtemps été un univers masculin, cette mère de trois enfants ne s’est jamais laissé impressionner.

Entre 1970 et 1976, elle était la seule spécialiste de son département à l’hôpital Saint-Luc, qu’elle a elle-même développé.

« Au début, je n’avais même pas de bureau, j’étais assise à côté d’un lavabo ! » se rappelle la femme originaire de Godmanchester, en Montérégie.

Et malgré le déménagement au nouveau CHUM en 2017, cette grand-mère n’a même pas songé à s’arrêter.

« Mes parents ont toujours travaillé, jusqu’à leur mort presque. J’ai toujours pensé que c’est plus sain, que ça stimule », pense-t-elle.

Or, voilà une dizaine d’années que la spécialiste réfléchit à la retraite. Une des difficultés est de trouver un remplaçant fiable avant son départ.

Même si elle est encore en forme, la Dre Chartrand a ralenti le rythme depuis janvier et travaille environ 40 heures par semaine. Retraité, son mari s’occupe de la maison et lui prépare ses repas.

« Quand il y a quelque chose à faire, c’est mon mari qui le fait ! » dit-elle, s’avouant tout de même « bosseuse ».

« Une journée à la fois »

Et malgré la pression exercée par ses enfants pour se retirer, Raymonde Chartrand a renouvelé sa licence annuelle de pratique en avril.

« Je me suis toujours dit : “Une journée à la fois” », dit-elle.

Parmi les autres passions qui l’attendent, le jardinage l’occupera dans sa maison de campagne. Et cuisiner des biscuits et de la tarte aux bleuets pour ses petits-enfants.

« Je ne reste pas trop à rien faire. Je me sens un peu coupable », avoue-t-elle.