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Le vrai défi du true crime québécois

Image tirée du Dernier soir, une série documentaire qui s’intéresse au meurtre de Diane Déry et Mario Corbeil à Longueuil en 1975.
Photo courtoisie Image tirée du Dernier soir, une série documentaire qui s’intéresse au meurtre de Diane Déry et Mario Corbeil à Longueuil en 1975.

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Les documentaires d’enquête jouissent d’une énorme popularité depuis quelques années. Particulièrement aux États-Unis, où Serial (2014) et Making A Murderer (2015) continuent de soulever les passions. Cet été, le Québec succombe au mouvement avec l’arrivée du Dernier soir, une série d’investigation qui explore un double homicide sordide et non résolu perpétré à Longueuil en 1975.

Pourquoi cette vague de true crime a-t-elle mis autant de temps avant d’atteindre la Belle Province ? Parce qu’il s’agit d’un genre qui n’est pas facile à porter à l’écran, particulièrement quand on dispose de moyens typiquement québécois, répond Monic Néron. « Ça prend du guts et une envie viscérale de travailler jour et nuit », affirme la journaliste derrière Le dernier soir.

Diffusé sur ICI Tou.tv Extra jeudi, Le dernier soir examine une affaire tombée dans l’oubli : celle du meurtre de Diane Déry, 13 ans, et Mario Corbeil, sauvagement abattus par balles au cours d’une balade en motocyclette. Produite par Guillaume Lespérance (Tout le monde en parle, Dernière chance) pour A Média, la série essaie de pousser ce dossier un peu plus loin au moyen de témoignages des familles des victimes, de policiers, de journalistes, de témoins et d’experts en scènes de crime.

« Il fallait trouver une histoire qui pouvait s’étaler sur plusieurs épisodes et ensuite aller cogner aux portes des diffuseurs pour qu’ils nous laissent la chance de creuser au préalable, explique Monic Néron. Ça prenait énormément de courage, d’audace et d’imagination pour nous laisser faire. Parce qu’il n’y avait aucune garantie au départ. L’histoire pouvait s’arrêter du jour au lendemain. C’était très aléatoire. Ça nous a donné du fil à retordre et des nuits d’insomnie jusqu’à la toute fin. »

« Les gens sont curieux de voir ce qu’on est capables de faire au Québec, ajoute la productrice au contenu du Dernier soir, Manuelle Légaré. Parce que c’est différent des États-Unis. Ce n’est pas les mêmes règles, les mêmes moyens... On va être comparés aux productions de Netflix parce qu’on joue dans les mêmes talles, mais ce n’est pas la même game. »

Image tirée du Dernier soir, une série documentaire qui s’intéresse au meurtre de Diane Déry et Mario Corbeil à Longueuil en 1975.
Photo courtoisie

Plaies encore vives

Réalisé par Frédéric Nassif, le premier épisode du Dernier soir n’est pas particulièrement facile à regarder. Bien qu’on parle d’un crime vieux de quatre décennies, les familles ressentent intensément – encore aujourd’hui – la douleur d’avoir perdu des êtres chers de manière aussi cruelle. Regarder les parents de Diane relater avec accablement les événements précédant sa mort est loin d’être une partie de plaisir. Et entendre le père de Mario craquer en qualifiant son fils de « petit ange » est tout aussi crève-cœur.

Monic Néron admet avoir peiné à quelques reprises à rester de marbre devant des témoignages aussi bouleversants. « J’ai l’habitude d’interviewer des gens qui ont vécu des drames, indique l’ex-chroniqueuse judiciaire de Puisqu’il faut bien se lever au 98.5 FM. La différence ici, c’est qu’on a côtoyé ces gens sur une longue période. Ils nous ont fait confiance en espérant qu’en fin de compte, ça donne quelque chose. C’est sûr que c’est plus difficile d’avoir la tête froide. »

Image tirée du Dernier soir, une série documentaire qui s’intéresse au meurtre de Diane Déry et Mario Corbeil à Longueuil en 1975.
Photo courtoisie

Comme une fiction

Comme toute bonne production du genre, Le dernier soir emprunte aux codes des feuilletons de fiction en offrant des rebondissements qui tiennent le téléspectateur en haleine d’épisode en épisode. Monic Néron et Manuelle Légaré se défendent toutefois d’avoir tenté de transformer ce drame familial en divertissement estival. Preuve à l’appui, la série n’offre aucune reconstitution. Les deux femmes ont préféré s’en tenir aux images d’archives.

« La série est brute, souligne Monic Néron. Ce qu’on voit, c’est ce qu’on a vécu au cours du tournage, de façon presque chronologique. On n’en rajoute pas. On n’en a pas beurré épais. On voulait explorer la piste du true crime avec humanité, respect et rigueur. »

« Ça reste une enquête, poursuit Manuelle Légaré. C’est un show de contenu ; ce n’est pas un trip de réalisateur. On n’a pas placé des choses. On n’a pas fait de mise en scène. »

Image tirée du Dernier soir, une série documentaire qui s’intéresse au meurtre de Diane Déry et Mario Corbeil à Longueuil en 1975.
Photo courtoisie

Objectif accompli ?

Pour éviter toute forme de divulgâcheur, nous tairons la conclusion du dernier épisode du Dernier soir. Contentons-nous plutôt de souligner que Monic Néron et Manuelle Légaré semblent avoir bouclé cette aventure de deux ans avec satisfaction. « L’objectif, c’était d’aller le plus loin qu’on pouvait dans l’enquête, soutient Monic Néron. On a fait ce qu’on pouvait. Dans un monde idéal, on aurait voulu passer les menottes à quelqu’un ! Mais je pense qu’on a une piste de réponse. Est-ce que les policiers vont prendre la balle au bond ? Ça reste à voir. »


► Le dernier soir est diffusé sur ICI Tou.tv Extra.

► Au moins deux autres séries québécoises d’investigation seront diffusées au cours des prochains mois : Meurtriers sur mesure sur Club illico et Sur les traces d’un tueur en série à Canal D.