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«Le roman vrai d’Alexandre» d'Alexandre Jardin: l’histoire de ses mensonges

Alexandre Jardin
Photo courtoisie, Audrey Dufer Alexandre Jardin

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Fini de jouer : arrivé dans la cinquantaine, le talentueux et coloré Alexandre Jardin a pris son courage à deux mains et passe aux aveux dans son nouveau livre, Le roman vrai d’Alexandre. Sans faux-semblants, sans maquillage, il décortique ses mensonges et révèle le côté sombre de sa vie personnelle, aux antipodes de la vie extravagante qu’il évoquait dans ses best-sellers.

Enlever son armure rend vulnérable... et Alexandre Jardin était dans ses petits souliers, à la veille de la sortie du livre que son éditeur habituel a choisi de ne pas publier. «Je n’ai jamais eu aussi peur de ma vie, avant la sortie d’un livre...», dit-il, d’entrée de jeu.

Depuis la publication de son livre Des gens très bien, il s’est aligné sur la vérité, et était déjà sur une lancée. «Inévitablement, il fallait que ça arrive... mais c’est comme si j’enlevais toutes mes protections d’un coup. Ça fout la trouille ! Tout à coup, il n’y a aucune forme de tricherie possible. À la fois, je suis très à l’aise sur le fond, et terrorisé.»

Il a choisi lui-même de faire des aveux, de parler de dépression, de ses deux mariages difficiles, d’une enfance marquée par les traumatismes. Libérateur? «Si... mais ça peut être à la fois libérateur et terrifiant. Mais le fait de sortir radicalement d’un personnage... dans la vie publique, personne n’écrit ce genre de livre, personne n’écrit l’histoire de ses mensonges. Les gens passent leur temps à essayer de maintenir la cohérence de leur personnage public. Ils détestent quand on les prend en défaut. Et en général, ils passent aux aveux quand il y a une affaire médiatique ou judiciaire. Pourquoi? Parce qu’on a peur de souffrir. Le mensonge, ça sert à ça.»

«J’étais en train de dépérir»

Alexandre Jardin note que les conséquences du mensonge et de la fabulation, à long terme, sont tragiques, parce que «le mensonge nous enferme, nous dévitalise, nous coûte de la vie».

«Moi, j’étais en train de dépérir, comme tous les gens enfermés dans leur personnage. Le succès est extraordinairement toxique.»

En même temps... son livre est un roman. Pas un essai, pas des mémoires, ni une autobiographie. Il a donc une part de liberté. «C’est exact. Mais il se trouve que le réel est dix fois plus romanesque. En réalité, en rajouter, déformer – le fameux “mentir vrai” d’Aragon – est dix fois moins intéressant que la réalité profonde des êtres. Le vrai romanesque, il est là.»

Différent

Dans Le roman vrai d’Alexandre, il écrit que ce qu’il vivait dans le privé était complètement différent des personnages de ses romans. Mais un roman n’est-il pas là pour ça, pour sortir du réel? «À partir du moment où j’ai commencé à publier sur ma famille, sauf Des gens très bien, qui est un livre absolument vrai, de la première ligne jusqu’à la dernière, mais tous les autres... Quand vous publiez un livre comme Le roman des Jardin ou Le Zubial, et que vous recomposez entièrement votre famille, là, vous entrez dans la folie.»

Il explique qu’imaginer des anecdotes familiales et écrire des livres comme ceux-là était sur le coup très soulageant, mais a fini par faire de lui «un absent de ma vie».

Changer

«À un moment, il a fallu tout faire exploser : changer de vie, divorcer, changer d’éditeur, changer de système d’écriture, changer de rapport avec le réel. C’est extraordinaire, ce qui s’est passé. J’ai décidé d’écrire ce livre pour moi, pour m’en sortir, pour sauver ma peau, et pour commenter une époque. J’ai décidé d’écrire contre moi, de m’attaquer, de détruire le personnage. Et peut-être que la personne apparaîtra, au fil des pages.»

  • Alexandre Jardin est romancier et scénariste.
  • Il est l’auteur d’une vingtaine de livres, dont les best-sellers Le Zèbre, Fanfan, Le roman des Jardin et Des gens très bien.
  • Il sera à Québec l’automne prochain dans le cadre du festival littéraire Québec en toutes lettres.

EXTRAIT

Le roman vrai d’Alexandre, Alexandre Jardin, Éditions de l’Observatoire, 314 pages
Photo courtoisie
Le roman vrai d’Alexandre, Alexandre Jardin, Éditions de l’Observatoire, 314 pages

«À vingt-trois ans, consterné d’être moi, j’épouse donc une blonde H.

La même année, en 1988, je publie Le Zèbre. L’histoire d’un notaire qui, après quinze ans de vie maritale lambine, se décide à lutter contre le mou du quotidien. Fantasque par réflexe, cet homme regarde l’amour comme un sérum contre l’ennui. Il part à la reconquête de sa moitié.

Ce roman à la fois gai et tragique est très exactement l’inverse de notre jeune vie conjugale, alors qu’en public, je me prétends l’égal de mon héros.»

– Alexandre Jardin, Le roman vrai d’Alexandre, Éditions de l’Observatoire