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«Crow» d'Ian Manook: quête de justice aux confins de l’Alaska

Crow
Photo courtoisie Crow
Roy Braverman, Éditions Hugo Thriller, environ 370 pages

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Second tome de la nouvelle trilogie américaine de Ian Manook, Crow, écrit sous le pseudonyme de Roy Braverman, décrit une quête exaltante de justice aux confins de l’Alaska. L’auteur s’est donné le défi d’écrire cette histoire en respectant les codes du nature writing, ce qui fait que le territoire sauvage de l’Alaska devient un personnage à part entière, aux côtés d’hommes et de femmes aux caractères bien trempés.

Dans Crow, une chasse à l’homme commence par l’arrivée en Alaska d’un couple de jeunes voyageurs innocents.

Acceptant de suivre un inconnu leur promettant une visite inoubliable du territoire, ils connaissent une issue fatale. Elle, en robe de mariée, un corbeau dans le ventre, et lui, plaqué à un arbre par un tir d’arbalète. En Alaska, c’est la consternation, et entre les ours et les loups qui rôdent, la quête s’amorce.

«C’est une trilogie pour laquelle j’ai décidé d’écrire de trois façons différentes», explique Ian Manook, en entrevue.

«Le premier, Hunter, je l’ai écrit de la façon qu’on appelle hard-boil américain. Le deuxième, Crow, je l’ai écrit à la façon du nature writing. Et je viens de commencer le troisième, Freeman, qui va être écrit un peu dans le style sudiste, comme James Lee Burke. En fait, l’idée, c’était d’écrire sur trois endroits différents des États-Unis que j’aime bien, où j’ai voyagé, et, en même temps, de me lancer un défi littéraire d’adapter mon écriture à chacun des trois territoires.»

Avec Crow, il voulait donc faire une suite de Hunter, et l’écriture d’une façon différente, avec, en filigrane, une réflexion sur la justice. «Dans le premier livre, le thème, c’était que tout chasseur devient un jour la proie de quelqu’un d’autre. Dans Crow, le thème, c’est quand la justice devient vengeance, qu’est-ce que devient la justice, ou l’innocence.»

Le nature writing, un style d’écriture qui se retrouve dans Crow, est une école américaine qui fait du territoire le personnage principal, explique-t-il. «C’est une idée que je défends depuis longtemps : les gens sont façonnés par leur environnement. Le lien des personnages avec la nature, avec leur environnement, avec leur habitat, est primordial. Et l’environnement devient un des personnages principaux du livre. Dans Crow, les chaînes de montagnes de l’Alaska deviennent un personnage principal.»

Nature grandiose

Il fait voyager ses lecteurs aux confins du territoire, décrivant une nature grandiose et des habitants coriaces. «J’ai passé beaucoup de temps, dans l’écriture, à décrire le paysage, pour qu’on arrive à comprendre les personnages à travers les paysages qu’ils habitent.»

Ian Manook connaît bien l’Alaska et y a séjourné, de la même façon qu’il a visité les Appalaches dans Hunter, et la Louisiane, pour Freeman.

«Ce qu’il y a d’impressionnant avec l’Alaska, c’est que c’est vraiment la dernière frontière. C’est l’endroit où, encore maintenant, un peu comme dans le film Into the Wild, des gens vont s’affronter à eux-mêmes dans des conditions extrêmes.»

La dernière frontière

Il poursuit. «Avant, on disait que la dernière frontière, c’était la Californie. Maintenant, c’est l’Alaska, à cause du climat, qui est terrible, par la faune, qui est dangereuse, par le mode de vie. C’est vraiment ça qui a motivé chez moi l’Alaska comme territoire du nature writing. L’Alaska, pour moi, c’est vraiment le dernier territoire d’aventure.»

Dans ce livre, il souhaitait également donner des rôles très forts, qui sont habituellement réservés aux hommes, à des femmes.

«Le shérif est une femme, le trappeur est une femme. Et le rôle traditionnel de la belle est attribué à un homme. Et le personnage arménien, le collecteur de dettes qui est dans tous mes livres, j’ai une sympathie particulière pour lui parce que je suis d’origine arménienne. C’est mon préféré.»

L’énergie de l’écriture et le sens de l’action de Ian Manook sont phénoménaux et son style est percutant, dynamique. Il explique que c’est probablement lié au fait qu’il travaille sans plan, ce qui l’oblige, dit-il, à construire quelque chose qui est toujours nerveux.

Crow
Photo courtoisie, Françoise Manoukian

► Roy Braverman est le pseudonyme de Ian Manook.

► Le troisième tome de cette trilogie américaine sortira en 2020 et s’appellera Freeman.

► Il écrit aussi une grande saga historique familiale arménienne.

EXTRAIT

«Longhorn Sally les repère tout de suite. D’ailleurs, ils ne se cachent pas. Le chef de meute cent mètres plus bas sur la route. Les deux jeunes mâles cent mètres plus haut derrière elle. Sally reste à l’abri, dans son pick-up, le temps d’évaluer la situation. Les loups sont en position de défense. Ils protègent un territoire et ce n’est pas normal. Ils auraient dû traverser la route. Même si la scientifique a embarqué le corps de la mariée, ils auraient dû être attirés par ce qui reste de sang dans la neige.»

– Roy Braverman, Crow, Éditions Hugo Thriller