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Les occasions manquées

<b><i>Simili</i></b><br />
Dominique Strévez La Salle<br />
XYZ, 256 pages.
Photo courtoisie Simili
Dominique Strévez La Salle
XYZ, 256 pages.

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Avec quelle habileté l’auteur de Simili passe d’un récit à l’autre pour nous amener à une finale coup de poing !

Au départ, on est dans la « petite vie », celle étriquée si souvent mise en scène dans la fiction québécoise, dans les romans comme au cinéma.

L’auteur Dominique Strévez La Salle nous entraîne dans une carrière, en fait un « pit de sable », pas très loin de Saint-Silence, petite ville perdue et fictive de l’Outaouais. S’y retrouvent des ados dont le portrait relève du déjà-vu : désœuvrés, futurs décrocheurs, « buzzés » par l’alcool, le hash et les pilules, adeptes d’une sexualité sans romantisme...

Un personnage sort toutefois du lot : Michelle Lamirande, 18 ans. Elle fait comme les autres, sans pourtant totalement leur ressembler. Pas étonnant que Gabriel Mayrand, bollé et néanmoins cool, lui tourne autour.

Au quart du récit, changement de registre, c’est Gabriel qui est tout à coup en vedette.

Le temps a passé ; l’ado est devenu un jeune professionnel à l’emploi de Sapio-nex, grande firme montréalaise spécialisée dans le marketing social. Chez Sapio-nex, pour faire vendre des piles, on ne les montre pas : on vante plutôt le mode de vie qui vient avec. Rien de plus tendance dans le monde des communications !

Gabriel épingle ce milieu qu’il exècre avec un réjouissant cynisme : les jeux infantilisants imposés aux employés pour stimuler l’esprit d’équipe, tout comme le bla-bla corporatif pour « faire évoluer la conscience humaine » alors qu’il s’agit seulement de faire vendre.

Sauf qu’il faut bien gagner sa vie, surtout quand on a gaffé lourdement pendant des études qui devaient vous transformer en anthropologue prestigieux.

D’ailleurs, même s’il fait tout pour saboter sa carrière chez Sapio-nex, voilà qu’on lui confie un mandat où il pourra travailler seul, à son rythme : débusquer les fraudeurs de l’aide sociale.

Ça lui tiraille un peu la conscience, mais le mandat a un autre atout : des primes au rendement – « au nombre de têtes ». Assez élevées pour enfin se libérer de ses dettes d’études et s’installer pour de bon avec la belle Caroline, qu’il doit sûrement aimer à force de vivre à ses côtés.

Cruelle histoire

Le plan ira rondement jusqu’à un nouveau dossier. Il a pour nom « Michelle Lamirande ». Le roman prend alors encore un autre tournant.

Grâce aux développements technologiques (inquiétant passage du livre !), Gabriel peut suivre pas à pas sa passion de jeunesse. Pendant que Michelle prend vie sous nos yeux, lui revisite leur passé à Saint-Silence. Le récit amusant est devenu amoureux.

Et la question se pose : est-ce que les occasions manquées peuvent se rattraper ?

Le roman virera encore de bord. Mais on ne le comprendra qu’à la toute fin, alors que les trames du récit se fondent.

Et sans l’avoir vu venir, en seulement quelques mots, on est sonnés. On réalise d’un seul coup dans quelle cruelle histoire, parfaitement maîtrisée, l’auteur nous a fait plonger.