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Il se dit mal évalué et poursuit le Collège

D’anciens étudiants en audioprothèse de Rosemont dénoncent les méthodes d’un ex-professeur

Maximilien Cossette raconte avoir été évincé du programme d’audioprothèse après cinq ans. Médaillé de la Gouverneure générale du Canada pour ses notes au secondaire, il est aujourd’hui étudiant aux HEC afin de devenir comptable.
Photo Dominique Scali Maximilien Cossette raconte avoir été évincé du programme d’audioprothèse après cinq ans. Médaillé de la Gouverneure générale du Canada pour ses notes au secondaire, il est aujourd’hui étudiant aux HEC afin de devenir comptable.

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Un ancien étudiant poursuit le Collège de Rosemont parce qu’il a dû abandonner le programme d’audioprothèse en raison de la correction injuste d’un ex-professeur, allègue-t-il.

« Il faisait exprès de m’empêcher d’avancer », dit Maximilien Cossette, qui a étudié au Collège de Rosemont de 2009 à 2013.

M. Cossette souhaitait devenir audioprothésiste. Le Collège de Rosemont était le seul endroit où un programme technique était offert dans ce domaine au Québec à l’époque.

Il a dû abandonner après cinq ans, car il avait atteint le temps maximal pour compléter le programme en raison de ses échecs dans les cours d’un professeur, allègue-t-il dans une poursuite entamée en 2017.

Les tentatives d’entente à l’amiable ayant échoué ce printemps, une date de procès a été fixée pour janvier 2020, indique Catherine Sénéchal, l’avocate qui représente M. Cossette.

Erreurs « volontaires »

Selon la requête, le professeur Gilles Cagnone, aujourd’hui retraité, avait une méthode d’évaluation « discrétionnaire ». Il aurait ainsi attribué des notes en fonction d’un « préjugé défavorable » plutôt que de critères objectifs.

Par exemple, le professeur lui aurait un jour dit qu’il était le seul du groupe à n’avoir pas répondu correctement à une question. Mais par la suite, d’autres étudiants lui auraient appris qu’eux non plus ne l’avaient pas réussie.

M. Cagnone aurait fait plusieurs erreurs « volontaires » dans le calcul de sa note finale, peut-on lire dans la poursuite.

« La direction des études n’a absolument rien fait », dit M. Cossette en entrevue avec Le Journal. Et ce, malgré ses plaintes répétées et celles d’autres étudiants, affirme-t-il.

Il a d’ailleurs soumis son dossier au comité de révision de notes, qui a conclu en 2014 qu’il avait été évalué de façon juste, relate-t-il.

Or, il aurait fallu comparer sa copie avec celle des autres puisque le professeur pouvait faire échouer l’ensemble du groupe pour ensuite gonfler les notes de certains étudiants, explique-t-il.

Mauvaises intentions

« Il pouvait attribuer quatre points à des étudiants pour une question qui ne valait qu’un point », et vice versa, indique le document.

Devant ces gestes « mal intentionnés », l’étudiant affirme avoir « redoublé de courage » et mis « tout son temps pour étudier la matière des cours de Gilles Cagnone, et ce, au détriment de ses autres cours », peut-on lire dans la requête.

« Psychologiquement, ça a été très dur », dit M. Cossette, qui s’est longtemps senti incompétent. Il dit avoir mis du temps avant de faire confiance aux profs dans son nouveau parcours aux HEC.

Selon lui, le Collège a fait preuve de laxisme puisqu’il n’a pas appliqué sa politique voulant que tous soient évalués de façon semblable.

M. Cossette réclame 279 130 $ plus intérêts pour les pertes financières et les dommages moraux occasionnés. Joint au téléphone, Gilles Cagnone rappelle que cet étudiant a eu accès à tous les recours possibles. « Il a aussi échoué avec un autre prof », ajoute-t-il.

Le Collège de Rosemont ne souhaite pas commenter le dossier.

 

D’autres étudiants se sont plaints de ce prof

Des étudiants ont réussi à ce que le prof nommé dans la poursuite ne soit plus seul avec eux en classe tant son enseignement et son attitude étaient selon eux inappropriés.

« Il était baveux. Il était très à l’aise de nous traiter comme des enfants », se souvient une personne aujourd’hui diplômée en audioprothèse.

Cette personne préfère garder l’anonymat, car Gilles Cagnone est considéré comme un « pionnier » dans le milieu.

L’audioprothésiste dit avoir obtenu une note de 95 % dans un des cours.

« J’ai vu qu’il avait fait des erreurs. Il aurait dû me donner 88 % ou 90 % ».

Puis, lors d’un autre examen, presque toute la classe a échoué. « C’était tellement difficile de comprendre ce qu’il voulait. Ça n’évaluait même pas les connaissances. J’ai trouvé ça injuste et très frustrant ».

À l’automne 2017, la cohorte s’est donc mobilisée afin que le Collège leur affecte un autre professeur.

Pas la cause, dit-il

« Je ne pense pas vraiment être la cause du problème », a réagi M. Cagnone, qui rappelle que l’audioprothèse est un domaine exigeant et complexe.

« Les gens revanchards, ça ne m’intéresse pas », lance-t-il.

« Il y a une grande pression sur le système d’éducation [...] On n’a pas tous les mêmes valeurs », conclut-il.

À la suite des nombreuses plaintes reçues, la direction aurait alors annoncé qu’elle « prenait une action appropriée ». M. Cagnone a continué à leur enseigner, mais en présence d’une autre personne.

Le Journal a également parlé à deux autres ex-étudiants qui ont abandonné le programme dans les années 2010. Ils ont aussi l’impression que Gilles Cagnone faisait réussir ceux « dont il aimait la face ».

« Dans ma cohorte, nous n’avons pas eu ce genre de problème avec [lui] », nuance toutefois une ex-étudiante qui a terminé le programme en 2018.

Par ailleurs, M. Cagnone a été blâmé par son Ordre professionnel en 2005 pour avoir omis d’étalonner son audiomètre et de répondre aux correspondances du syndic.

Lors des audiences, M. Cagnone a démontré « le peu de sérieux qu’il accorde à la plainte disciplinaire dont il est l’objet. Cela inquiète [...] Sa conduite devrait pouvoir servir d’exemple à ses étudiants », indique le jugement.