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Trois fois plus de risque de mourir d’un traumatisme en région qu’en ville

Une étude de l’Université Laval pointe les délais d’intervention et le manque de ressources spécialisées comme facteurs de risque en région.

Trois fois plus de risque de mourir d’un traumatisme en région qu’en ville
Photo d'archives, Agence QMI

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Les gens des régions victimes de traumatismes sont trois fois plus à risque de mourir s’ils sont soignés en milieu rural plutôt qu’en ville, dévoilent des chercheurs de l’Université Laval dans une nouvelle étude aux données frappantes.

Ayant recensé 80 000 cas d’accidents survenus sur une période de quatre ans au Québec, le Dr Richard Fleet et son équipe en viennent à la conclusion que les patients en régions ont moins de chance de s’en sortir que les autres. En fait, le risque de mortalité est 3,4 fois plus élevé chez ces patients que chez ceux qui seront traités dans les hôpitaux des centres urbains.

«Ce n’est pas normal de perdre des patients qui auraient pu survivre autrement», lance le médecin, qui n’apprécie pas ces chiffres aussi élevés. «Il ne faut pas oublier qu’il y a 20% de la population du Québec qui vit en région.»

Délais trop longs

L’une des causes de ce risque élevé demeure les délais d’intervention allongés par les longues distances. Si l’on ne pourra jamais diminuer ce facteur, on pourrait tout de même donner plus de chances aux patients, croient les chercheurs, qui rappellent l’importance du temps dans ce genre d’intervention.

«On pourrait bonifier la formation des paramédicaux, par exemple par des projets pilotes en traumatologie. On pourrait leur permettre d’effectuer certains actes qui sauveraient des vies», croit le Dr Fleet, qui cite aussi l’utilisation d’hélicoptères ou la télémédecine comme des pistes de solutions.

Réagissant à l’étude, le président de la Fédération des travailleurs du préhospitalier du Québec (FPHQ) croit effectivement que ces formations en région pourraient aider. Daniel Chouinard cible toutefois les fameux horaires de faction comme enjeu numéro 1.

«C’est 10 à 15 minutes au moins qu’on ajoute à chaque intervention en horaire de faction. Quand on sait que le temps sauve des vies, il y aurait là du temps à sauver», estime Daniel Chouinard, précisant que le travail entrepris par le gouvernement dans la dernière année doit absolument se poursuivre.

Manque de ressources

Le manque de ressources et d’équipements spécialisés est également cité par l’étude du Dr Fleet. En effet, 60% des urgences d’hôpitaux situés en région se trouvent à plus de 150 km d’un centre spécialisé en traumatologie, une distance critique pour les patients.

«Oui, l’acquisition d’équipements nécessite des investissements, mais si on ne peut pas répondre aux besoins sur place, il faut transférer les patients, ce qui est également dispendieux. Il faut réfléchir aux investissements nécessaires pour diminuer ces transferts qui ne rendent service à personne», souligne le chercheur de l’Université Laval, rappelant le caractère injuste de cet écart entre les niveaux de soins.

Un avis que partage Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades.

«Tous les citoyens québécois paient pourtant les mêmes impôts et devraient avoir droit aux mêmes attentions médicales et préhospitalières», martèle ce dernier.

Des statistiques inquiétantes pour les patients en région

En déficit de spécialistes:

- 35% des hôpitaux n’ont pas d’anesthésiste;

- 27% n’ont pas de chirurgien général;

- 62% n’ont pas de spécialiste en médecine interne;

- Aucun n’a de neurologue.

Et d’équipement:

- 23% des hôpitaux n’ont pas d’unité de soins intensifs;

- 31% n’ont pas d’appareil de tomodensitométrie (CT scan);

- Aucun n’a d’appareil d’imagerie par résonance magnétique (IRM).