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L'équilibriste

François Legault teste les limites de «l'autonomisme provincial»...

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Photo Simon Clark

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Le conseil de la Fédération qui s’ouvre en Saskatchewan risque de montrer à quel point le PM du Québec est un habile équilibriste.

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Photo Agence QMI, Mario Beauregard

Entre l’arbre et l’écorce

On doit bien l’admettre, François Legault est un drôle d’oiseau parmi les autre PM qui participent au Conseil de la fédération. Certains le perçoivent comme un vil conservateur identitaire, à la limite de l’intolérance, lui qui a fait adopter l’une de ses promesses phares, celle de la laïcité.

D’autres, le bloc conservateur auquel appartient le premier ministre hôte du conseil de la Fédération par exemple, voient en Legault un politicien assez loin de leur camp, celui qui ose traiter l’or brun du Canada « d’énergie sale », comme le ferait un politicien de gauche dans le Canada anglais. 

Bien que François Legault vienne d'annoncer son intention de se ranger du côté de ceux qui contestent la taxe sur le carbone, plusieurs observateurs ont fait remarquer que le PM québécois n'a pas été invité à la petite réception des «Bleus» à l'initiative du premier ministre de l'Alberta Jason Kenney. Dommage, pas de chapeau de cowboy pour le chef de la CAQ.

François Legault, le paradoxe ambulant

Et pourtant, cela ne devrait étonner personne; cet ex-ministre du Parti québécois, de l’école des « caribous pressés », a opéré une transformation impressionnante au cours des dernières années. 

Une minutieuse opération réussie. Le patient se porte bien. Très bien même. Il trône au zénith de la santé politique... pour le moment. 

Les limites de « l’autonomie provinciale »

Le PM du Québec François Legault arrive au Conseil de la fédération dans des dispositions bien différentes que celles qui caractérisaient son prédécesseur, Philippe Couillard.

Si Couillard faisait tout en son pouvoir afin d’éviter de froisser ses collègues canadiens, la chose est bien différente dans le cas du chef de la CAQ. 

Il indispose la gang au complet en refusant net le passage du « pétrole sale » au nom de l’absence d’acceptabilité sociale au Québec; il met le feu aux poudres en légiférant sur la laïcité au nom de la prérogative du Québec de se gouverner en ces choses; il défend bec et ongle sa décision de recourir à la clause nonobstant. 

Chaque fois, on peut y voir des gestes d’affirmation de « l’autonomisme » si cher à la CAQ. Bien des péquistes ont d’ailleurs joint le parti de Legault en y voyant un moindre mal, une petite lueur, après 15 ans de génuflexion libérale envers la fédération canadienne. 

Au moment d’écrire ces lignes, alors que l’encre n’est pas encore sèche sur la version papier de la loi 21, déjà des groupes sont en train de plaider en cour supérieure afin de la faire invalider. Il se pourrait bien que le pouvoir de légiférer du Québec se heurte rapidement à la lourde main législative du Canada. 

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Le Journal de Québec

Déjà que certains premiers ministres ailleurs dans le Canada font du passage de l’oléoduc une sorte de condition à la distribution de la péréquation; une manière de mettre de la pression sur le gouvernement Legault (et créer, volontairement, de manière pernicieuse, du ressentiment envers le Québec). 

Et n’excluons pas une petite crisette linguistique dont le conflit entre la Commission scolaire English Montreal (CSEM) et le gouvernement pourrait être l’étincelle. La réaction épidermique du PM Legault (ce dernier indiquant que ce pourrait être une bonne raison d’abolir les commissions scolaires!) à la volonté de la CSEM d’empêcher le transfert de deux écoles a été très mal accueillie dans les cercles anglophones du Québec. Sans surprise. 

Pour le moment, la digue de l’autonomisme tient bon, mais la pression est forte. Sans mouvement sécessionniste digne de ce nom au Québec, on se gêne moins, dans le ROC, pour dénigrer, attaquer, voire mépriser la province récalcitrante. 

Suffit de porter attention au concert de mépris qui est balancé, quotidiennement, en provenance du ROC, pour intimider le gouvernement Legault dans le dossier de la laïcité. 

Faut être fait fort pour endurer ça. 

François Legault marche sur un fil de fer, habilement, mais sa marge de manœuvre est très limitée. M’est avis que les limites de « l’autonomisme » ne tarderont pas à se faire sentir. 

C’est à se demander de quel côté tombera l’ex-caribou devenu premier ministre si le fil vient qu’à lâcher.