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Les alliances improbables

Angela Mancini Angela Mancini
Michaël Nguyen / JdeM Michaël Nguyen / JdeM

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La Commission scolaire English-Montreal (CSEM) n’a pas obtenu son injonction pour bloquer le transfert de deux de ses écoles anglophones à la commission scolaire francophone de la Pointe-de-l’Île (CSPI), et c’est tant mieux! Il demeure toutefois quelques zones d’ombre dans cette guérilla juridique entreprise par la communauté anglophone qui méritent d’être éclaircies.  

La lenteur de la juge Poulin à débouter la requête de la CSEM s’explique mal, alors que de toute évidence la requérante ne pouvait démontrer le tort irrémédiable, le caractère irréversible et l’urgence d’agir en les circonstances qui sont les conditions nécessaires à l’émission d’une injonction temporaire en attendant de statuer sur le fond. En l’occurrence, la prétention de la CSEM est à l’effet qu’il y a violation de la charte canadienne des droits par le ministre de l’Éducation du Québec parce qu’il s’attaquerait au droit de la minorité linguistique d’être instruite dans sa langue. Cette lenteur à rendre une décision laisse supposer qu’au-delà des règles de droit, les impacts politiques ont dû être soupesés par le tribunal et qu’il n’a trouvé aucune prise pour accommoder la communauté anglophone.   

L’argumentaire de la CSEM pour conserver la propriété de ses écoles s’est principalement articulé autour du droit garanti à la minorité anglophone d’avoir les services d’éducation dans sa langue et que la décision du ministre mettait en péril ce droit. Les raisons résistent mal à l’analyse, car en aucun cas un enfant anglophone ne se verra forcer de fréquenter une école francophone et d’y être instruit dans cette langue. L’inconvénient réside principalement dans le déménagement des enfants anglophones des deux écoles transférées à la CSPI dans d’autres écoles de la CSEM et d’un parcours plus long pour s’y rendre, ce que vivent déjà des milliers de jeunes Québécois dans de multiples commissions scolaires.    

En fait, la communauté anglophone se désole encore, après tant d’années, de l’adoption de la loi 101 qui force les immigrants à fréquenter les écoles francophones. L’acharnement à vouloir conserver leurs écoles reflète surtout une volonté de pouvoir un jour recommencer à accueillir les enfants d’immigrants et poursuivre la tranquille assimilation du Québec à la langue de la majorité canadienne.   

Les médias ont laissé entendre que la CSEM jouissait du soutien de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) et de la Société des Acadiens du Nouveau-Brunswick (SANB) dans son recours contre Québec. En écoutant, sur les ondes de Radio-Canada, une entrevue donnée par le président de l’AFO, Carol Jolin, nous n’entendions aucun soutien à la requête en injonction de la CSEM. La préoccupation de ce dernier touchait beaucoup plus la remise en question de l’existence des commissions scolaires, celui-ci étant convaincu que les volontés québécoises de les abolir trouveraient écho dans sa province. Il appréhende que leur disparition ramène les appétits insatiables de la majorité anglophone d’assimiler sa communauté.    

Les ententes de collaboration entre les communautés minoritaires du Québec, de l’Ontario et du Nouveau-Brunswick laissent tout de même pantois, car elles donnent l'impression qu’elles sont toutes trois confrontées aux mêmes enjeux et au risque de disparaître. Contrairement aux minorités francophones des autres provinces, les anglophones du Québec jouissent de droits, de privilèges et d’institutions qui dépassent largement leur poids démographique historique, pendant que les transferts linguistiques du français vers l’anglais s’imposent dans la réalité pour les deux autres provinces.    

Le gouvernement Legault et son ministre se réjouissaient de la décision du tribunal après que le premier ministre eut fustigé la Commission scolaire de déposer un tel recours la semaine dernière. Celui-ci trouvera peut-être enfin un peu de mérite à ces contre-pouvoirs qui forcent à aller plus loin dans la compréhension des enjeux et qui, ultimement, peuvent conforter ses positions. La démocratie n’est pas que source d’embêtements, elle est aussi génératrice d’équité et de justice.