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Loranger plaide coupable, mais... il partage le blâme

Le maire dit avoir été mal conseillé par le greffier de la Ville

Accusé de s’être placé en situation de conflit d’intérêts, le maire de L’Ancienne-
Lorette, Émile Loranger, s’est présenté au palais de justice de Québec avec son avocat, hier, afin d’enregistrer un plaidoyer de culpabilité pour divers manquements à l’éthique.
Photo JEAN-FRANCOIS DESGAGNES Accusé de s’être placé en situation de conflit d’intérêts, le maire de L’Ancienne- Lorette, Émile Loranger, s’est présenté au palais de justice de Québec avec son avocat, hier, afin d’enregistrer un plaidoyer de culpabilité pour divers manquements à l’éthique.

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Émile Loranger a plaidé coupable, hier, à trois chefs d’accusation pour des manquements à l’éthique. Il estime toutefois qu’il n’est pas l’unique responsable de son malheur et en a gros sur le cœur contre le greffier de sa ville.

Le procès de quatre jours qui était planifié n’aura jamais eu lieu. Plusieurs des 15 chefs d’accusation à l’origine ont été fusionnés alors que d’autres ont été retirés à la suite d’une entente entre les procureurs.

Après avoir clamé son innocence dans les médias, Émile Loranger a finalement reconnu sa culpabilité pour trois entorses à l’éthique, soit des conflits d’intérêts manifestes. Il a l’intention de lire une lettre d’excuses lors d’une éventuelle séance du conseil municipal.

La Commission municipale du Québec (CMQ) lui reprochait d’avoir participé à des votes qui le concernaient personnellement en décembre dernier. Les résolutions portaient sur une demande d’enquête sur son propre comportement, dans la foulée d’une plainte de harcèlement psychologique qui s’est réglée hors cour.

Le maire de L’Ancienne-Lorette a été avare de commentaires, à sa sortie de la salle d’audience hier. Il a préféré attendre que le juge administratif rende sa décision, prochainement, avant de commenter la conclusion de cette affaire. Les avocats ont suggéré de façon commune une suspension sans solde de 60 jours, alors que la sanction maximale est de 90 jours.

Interrogatoire de 138 pages

M. Loranger avait toutefois livré le fond de sa pensée, quelques mois plus tôt, aux enquêteurs de la CMQ. Dans une déclaration assermentée de 138 pages, versée au dossier de la cour et rendue publique hier, le maire s’en prend au greffier de sa municipalité, Me Claude Deschênes, qui l’avait mal conseillé selon ses dires.

« Je lui ai posé la question : “Je peux-tu voter ?” Il dit : “Je ne peux pas répondre à ça.” Vous savez, moi, ma personne de référence, c’est le greffier. Mais il me dit : “Je le sais pas.” Bien, crisse ! [...] Coudonc ! le greffier, il en avait-tu fumé du bon, osti ? C’est quoi qu’il lui a pris là ? » avait déclaré M. Loranger.

« Je ne me dégage pas de mes responsabilités. Sauf que, dans la vie, il faut bien se fier à quelqu’un qui est supposé d’être compétent pour te conseiller. Je ne prétends pas tout connaître, tout savoir », peut-on lire dans les transcriptions de son interrogatoire. « C’est un bon gars, Claude. Mais les situations stressantes, d’après moi, il n’est pas fait pour vivre ça. D’après moi, il a paniqué », ajoute-t-il.

Preuve vidéo incontestable

En entrevue avec Le Journal, en mars, le maire s’était pourtant dit « non coupable » sur toute la ligne. Il a expliqué brièvement son changement de cap, hier.

« On ne peut pas dire que je n’ai pas voté contre la résolution, c’est sur la vidéo [de la séance du conseil] alors je l’ai reconnu... Dans ce genre de dossier là, il faut toujours prendre la balance des inconvénients. Je pense qu’on a trouvé une bonne solution pour tout le monde », a-t-il déclaré.

Quelle sanction pour Loranger ?

♦ Les parties ont suggéré une suspension sans solde de 60 jours.

♦ Si la suggestion est entérinée, M. Loranger ne pourra siéger à aucun conseil, comité ou commission de la municipalité ou d’un autre organisme (en tant que maire) ni recevoir une rémunération, une allocation ou toute autre somme durant cette période.

♦ M. Loranger s’engage aussi à lire une lettre d’excuses à la première séance ordinaire du conseil suivant la décision.

Impressionné par la gestion de crise de Gilles Lehouillier

Émile Loranger dit avoir fait une « grosse erreur » en se retirant temporairement de la vie publique, l’an dernier. Il a même conseillé au maire de Lévis de ne pas suivre son exemple lorsque des allégations de harcèlement psychologique contre lui ont éclaté au grand jour.

Interrogé par une enquêteuse de la Commission municipale en février dernier, le maire de L’Ancienne-Lorette a avoué qu’il regrettait amèrement de s’être « laissé convaincre » de céder son siège à sa collègue et « amie » Sylvie Falardeau, durant la tempête médiatique.

« Je n’aurais pas dû », a-t-il déclaré sous serment, qualifiant son geste de « première grosse erreur de sa vie ». « Qu’est-ce qui vous fait dire que vous auriez dû rester en poste ? » lui demande alors celle qui l’interroge. « Gilles Lehouillier... », répond-il du tac au tac, visiblement impressionné par la gestion de crise de son homologue de Lévis.

« Il est resté en poste. C’est ça qu’il doit faire. D’ailleurs, je l’ai appelé pour lui dire : “Gilles, reste en poste.” J’aurais dû rester en poste, faire face à la musique et garder mes fonctions, et affronter ça, si c’était à refaire. Mais le recul du temps est toujours un mauvais conseiller. »

Plaintes jugées irrecevables

Rappelons que les trois plaintes de harcèlement psychologique contre le maire de Lévis ont finalement été jugées irrecevables le mois dernier, en raison du délai de prescription.

Les plaignantes avaient exprimé leur profonde déception dans la foulée du rejet des plaintes. Le maire Lehouillier, lui, a toujours clamé son innocence, affirmant qu’elles étaient motivées par un sentiment de vengeance.

La plainte contre le maire Loranger s’est plutôt soldée par une entente à l’amiable avec la plaignante, son ancienne chef de cabinet Marie-Ève Lemay.

Des adversaires écorchés

Durant son interrogatoire, Émile Loranger a par ailleurs écorché de proches collaborateurs à la Ville et des adversaires politiques avec des mots d’église et le franc-parler qu’on lui connaît.

Outre le greffier (voir autre texte), il décoche une flèche au directeur de l’urbanisme de la municipalité qui est « lent, osti », peut-on lire. Il dit aussi qu’il ne veut « plus rien savoir » de Sylvie Papillon, une conseillère municipale qui faisait auparavant équipe avec lui.

Quant à son adversaire, le conseiller Gaétan Pageau, il se vide le cœur longuement. « Vous savez, quand il est venu au monde, il ne devait pas vivre, il ne devait pas survivre. Son père s’en est occupé. Il était en adoration envers son père. Ça fait qu’en 1983, quand j’ai battu son père [aux élections], monsieur Pageau m’en a voulu beaucoup. Il était jeune à ce moment-là. Il a promis de se venger.

« [Gaétan] Pageau, il veut avoir ma peau, mais moi, ma peau, je la garde, je suis bien dedans. Tant que j’ai la conviction que j’ai rempli ma job dans l’intérêt de mes citoyens », a-t-il ajouté.