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En cour pour leurs pantalons de clown

Des policiers veulent garder leur droit de se déguiser comme moyen de pression

En cour pour leurs pantalons de clown
Photo Pierre-Paul Poulin

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Des policiers mécontents de la loi leur interdisant de porter pantalons de clown, chapeaux de cowboy ou chandails roses ont saisi les tribunaux pour l’invalider.

« L’action d’altérer collectivement leurs uniformes permet aux policiers de transporter sur la place publique le débat sur leurs conditions de travail », peut-on lire dans la poursuite rendue publique hier au palais de justice de Montréal.

Comme ils n’ont pas le droit de faire la grève, plusieurs policiers municipaux ont pris l’habitude de modifier leur uniforme lorsque vient le temps de négocier leur convention collective ou de faire valoir leurs revendications. Et cela ne date pas d’hier.

Mais dans les dernières années, ces « moyens de visibilité » ont beaucoup fait parler d’eux, comme lorsque des agents de la police de Montréal ont été vus en pantalons de clown aux funérailles de l’ancien premier ministre Jacques Parizeau, en 2015.

« Histoire collective »

Or, depuis octobre 2017, les policiers n’ont plus le luxe de modifier leur uniforme en raison de la loi 20 votée à l’Assemblée nationale. Et en cas d’infraction, un agent de la paix peut écoper d’une amende variant de 500 $ à 3000 $ par jour.

Pour la Fédération des policiers et policières municipaux du Québec, ainsi que pour la Fraternité des policiers et policières de Montréal, cette interdiction brime leur liberté d’expression et d’association, sans compter que leur pratique n’a « jamais causé de problèmes aux diverses opérations ».

« Ne pas porter l’uniforme dans son intégralité [...] constitue une pratique et un usage solidement implantés dans l’histoire collective des Québécois », est-il indiqué dans la poursuite.

Chartes

De surcroît, des tribunaux ont déjà tranché en leur faveur, peut-on lire dans le document de cour.

« Il s’agit d’une activité protégée par les chartes des droits et libertés parce qu’il s’agit de la liberté d’expression, affirment les deux organismes. Les seules personnes véritablement indisposées [...] sont les dirigeants des municipalités et des corps de police pour lesquels les moyens en question constituent un irritant. »

À moins d’un règlement à l’amiable, la demande sera présentée prochainement à un juge. Le ministère de la Sécurité publique n’a pas rendu l’appel du Journal.

Des exemples de moyens de pression depuis 45 ans

1974

Les policiers de Laval troquent les pantalons réglementaires pour des jeans.

1984 - 1985

Les policiers de Montréal refusent de porter le képi et choisissent la casquette de baseball et des jeans.

2003 - 2005

Les policiers de Québec portent des pantalons « de combat », un brassard jaune et une casquette.

2006

Les policiers du Nunavik portent des vêtements civils.

2007 - 2008

Les policiers de Mascouche arborent un brassard.

2014

Les policiers de Bromont remplacent les pantalons réglementaires par des pantalons de type « cargo ».

2014

Les policiers de Richelieu–Saint-Laurent mettent des pièces d’uniforme non réglementaires.

2014 - 2016

En cour pour leurs pantalons de clown
Photo courtoisie

Les policiers de Châteauguay portent un chapeau et des bottes de cowboy, avec un macaron en forme d’étoile.

2014 - 2017

Les policiers de Montréal enfilent des pantalons de clown, accompagnés d’une casquette rouge et d’un autocollant sur leur veste pare-balles, notamment aux funérailles de Jacques Parizeau.

2017

Les policiers de Granby s’habillent avec des pantalons de type « camouflage ».

2017

En cour pour leurs pantalons de clown
Photo Chantal Poirier

Les constables spéciaux troquent leur chemise pour un t-shirt rose.