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Talibaniser le Québec

Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation, accompagné de Malala Yousafzai, la jeune prix Nobel de l’année 2014.
Photo Twitter, @jfrobergeQc Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation, accompagné de Malala Yousafzai, la jeune prix Nobel de l’année 2014.

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Depuis quelques jours circule sur les réseaux sociaux une photo du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge, accompagné de Malala Yousafzai, la jeune prix Nobel de l’année 2014 originaire du Pakistan, qui s’est fait connaître pour son combat pour l’éducation des filles. Cette photo fait jaser. Car Malala porte un sari, c’est-à-dire une forme de voile.

Très vite, les adversaires de la loi 21 ont cru y voir l’occasion de s’en prendre au gouvernement Legault en tweetant à répétition le commentaire suivant : même si elle est prix Nobel de la paix, Malala ne pourrait enseigner dans une école québécoise à cause de son voile.

Des libéraux, comme Marie Montpetit, Christine Saint-Pierre et Hélène David, des solidaires comme Gabriel Nadeau-Dubois et des militants « Inclusifs » se croyant moralement supérieurs s’en donnaient à cœur joie.

Malala

Le ministre Roberge a correctement répondu en rappelant que ce serait « un immense honneur » si Malala enseignait ici, mais qu’il lui expliquerait « qu’au Québec, comme c’est le cas en France [...] et dans d’autres pays ouverts et tolérants, les enseignants ne peuvent pas porter de signes religieux dans l’exercice de leurs fonctions ».

Mais les médias sociaux étaient déjà partis en délire, et cela même au Canada anglais, où les commentaires désobligeants à l’endroit du Québec ont explosé.

Aucune surprise. Le racisme antiquébécois est le seul autorisé au Canada anglais. Mieux encore : il est valorisé, car c’est dans sa prétention vertueuse à combattre l’intolérance québécoise que le Canada anglais aime se grandir.

Mais c’est Shree Paradkar, une chroniqueuse au Toronto Star, qui a remporté la palme du propos le plus odieux en assimilant le gouvernement du Québec à celui des talibans. On rappellera que les talibans pratiquaient en Afghanistan une forme de totalitarisme barbare sexiste et archaïque.

Le raisonnement est le suivant : les deux gouvernements dicteraient un code vestimentaire aux femmes. Demander aux employés de l’État en situation d’autorité de ne pas afficher de signes religieux ostentatoires sur les heures de travail et imposer la burqa aux femmes, c’est la même chose.

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On rirait méchamment devant tant d’idiotie si ce propos n’était pas représentatif d’un certain état d’esprit dominant au Canada anglais. Ne l’oublions pas, ce dernier se fait une fierté d’accepter et même de promouvoir le niqab, le voile intégral, au nom de l’émancipation des minorités et de l’émancipation féministe. Le niqab représenterait la possibilité pour les minorités de se définir sans l’approbation de la majorité. Il représenterait aussi le droit pour les femmes de s’habiller comme elles le veulent.

Comme dirait OSS 117, je connais cette théorie.

Résister

Retour à la photo. Il faut l’admettre, les élites médiatiques du Canada ne résistent pas à la tentation de notre diabolisation. Auparavant, elles nous nazifiaient, maintenant, elles nous talibanisent, mais chaque fois, elles nous transforment en monstres.

Il y aura d’autres insultes de telle nature.

Devant cela, il faut faire et laisser braire. Ce n’est quand même pas une abrutie haineuse du Toronto Star qui va nous dire ce que nous devons penser de nous-mêmes.