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Ces politiciens aux pieds d’argile

Denis Coderre
Photo Chantal Poirier Denis Coderre

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Si la télévision et les réseaux sociaux sont les principaux artisans de l’élection de la plupart des politiciens, en revanche, ces médias leur font des pieds d’argile.

Un seul mandat suffit souvent pour qu’ils s’effondrent, emportés par les médias qui les avaient élus. Les exemples de ceux qui sont victimes de ce cycle implacable sont de plus en plus nombreux.

À Montréal, par exemple, aucun maire n’a été aussi omniprésent que Denis Coderre. Les deux premières années de son mandat, tous ses partisans auraient parié leur chemise sur une réélection facile. L’affaire de la « course électrique », montée en épingle par les médias et poussée à son paroxysme par les réseaux sociaux, a eu raison de lui.

Partis troisièmes au départ de la course électorale de 2015, mais fouettés par la popularité explosive de Justin Trudeau, les libéraux furent élus avec une confortable majorité. Les caméras de télévision ont propulsé l’image de Justin et sa famille aux quatre coins du monde, pendant que Facebook et les autres réseaux numériques la multipliaient sur les écrans de millions de tablettes et de téléphones. Encore une fois, le colosse érigé par les réseaux sociaux s’est avéré avoir des pieds d’argile.

TOUTE UNE CÔTE DEVANT LUI

Devenu soudain réservé et presque invisible, Trudeau pourra-t-il convaincre les électeurs qu’il n’est pas qu’une image, mais un leader capable d’idées de fond ? Ironie du sort, il devra y arriver en utilisant la télévision et les réseaux sociaux, ceux-là mêmes qui l’ont si bien servi au départ et tellement desservi par la suite.

Depuis une vingtaine d’années, nos politiciens ont beaucoup utilisé la télévision. Aucun n’a été si bien récompensé que feu Jack Layton dont deux apparitions à Tout le monde en parle ont suffi pour raviver son parti en dormance au Québec et enflammer les réseaux sociaux. Les médias furent beaucoup plus ingrats à l’égard de Thomas Mulcair dont la « balloune » s’est dégonflée aux portes du pouvoir.

En plus de miner la confiance dans les médias traditionnels, les médias sociaux minent la confiance des électeurs dans les hommes et les femmes qui exercent le pouvoir. Ils créent les politiciens et ils les déboulonnent au premier faux pas ou à la moindre déclaration imprudente. Jamais la cote des personnalités politiques n’a été aussi basse que depuis la popularisation des réseaux sociaux.

LE CAS FRANÇOIS LEGAULT

De tous les leaders d’Occident, François Legault est l’un de ceux dont la cote de popularité est la plus haute. Près de 60 %, selon la plupart des sondages. Se pourrait-il qu’il doive en partie sa popularité au fait qu’il soit un très médiocre communicateur et qu’il fasse des réseaux sociaux une courte utilisation ?

Les temps ont beaucoup changé depuis la première élection de Jean Drapeau, mais je me rappelle que l’ancien maire de Montréal avait attribué sa défaite de 1957 à son omniprésence dans les médias. Réélu en 1960, il s’est fait très discret par la suite. Il s’est retiré en 1986 après avoir été réélu sans interruption durant 26 ans.

Les hommes et les femmes politiques d’aujourd’hui auraient intérêt à réfléchir sérieusement aux conséquences de leur omniprésence dans les médias, en particulier sur les réseaux sociaux.