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Sommes-nous encore un peu catholiques?

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Il y avait quelque chose d’un peu triste à voir circuler les photos du décrochage du crucifix de l’Assemblée nationale avant-hier. C’était apparemment le prix à payer pour obtenir la Loi sur la laïcité de l’État. En d’autres mots, dans le grand compromis devant conduire à la laïcité, la majorité historique francophone devait sacrifier un symbole, et c’était celui-là.

N’en faisons pas un drame. C’était apparemment nécessaire. N’en faisons pas la bonne nouvelle du siècle non plus. Et profitons-en pour nous demander simplement si, comme peuple, nous sommes encore un peu chrétiens.

Contrairement à ce que l’on croit aujourd’hui, une religion n’est pas qu’un système de croyance en une réalité surnaturelle. C’est aussi une façon de voir le monde, une manière de penser l’être humain, un ensemble de rites, des références partagées. Autrement dit, une religion est aussi une culture qui structure en profondeur les mentalités collectives et la société.

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Culture

Notre société en témoigne. On peut avoir cessé de croire depuis longtemps en Dieu ou en la résurrection du Christ et demeurer profondément marqué par l’imaginaire du catholicisme. C’est ce qu’on appelle le catholicisme culturel.

Mais une religion déconnectée de toute transcendance ne saurait durer sans s’assécher et perdre progressivement sa raison d’être. Si son pilier spirituel en vient à s’effondrer, le monde qu’il a engendré se décomposera aussi. À tout le moins, il aura de moins en moins de sens pour nous.

N’est-ce pas ce dont nous sommes témoins de plus en plus ? Du baptême aux funérailles en passant par le mariage, les grands rituels balisant l’existence associés au catholicisme ont de moins en moins de sens pour le commun des mortels. Il suffit de voir des Québécois rassemblés dans une église pour comprendre que même la récitation du Notre Père leur est désormais quelque peu étrangère.

Mais, quoi qu’on en dise, l’être humain a besoin de croire en quelque chose. Car, comme le disait Chesterton, lorsque l’homme cesse de croire en Dieu, il ne se met pas à croire à rien, mais à croire à n’importe quoi.

On le voit aujourd’hui. Les religions compensatoires se multiplient. Les uns associent leur crainte de la fin des temps à un étrange écologisme apocalyptique. Les autres trouvent dans le véganisme le cadre pour mener une vie hyperréglementée et moralisatrice, comme le permettait le catholicisme le plus rigoriste du monde d’hier. D’autres, surtout ces dernières années, se sont tournés vers les sectes, où la religion se présente souvent dans sa forme la plus littérale, en plus d’offrir un cadre communautaire étouffant l’individualité. En Europe, certains se laissent tenter par l’islam.

Croyances

En d’autres mots, quand une religion meurt, d’autres religions apparaissent. Cela ne se fait pas immédiatement. La recomposition religieuse prend du temps et peut sembler anarchique. Mais il se pourrait bien que devant les croyances nouvelles, on en vienne un jour à se rappeler avec quelque tendresse notre vieille religion chrétienne.